Construction Navale
Meyer Werft, nouveau leader mondial de la construction de paquebots

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Meyer Werft, nouveau leader mondial de la construction de paquebots

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C'est fait, le constructeur naval allemand dépasse désormais son concurrent italien Fincantieri, auquel il succède comme numéro 1 mondial sur le segment de la croisière. Ce changement de « leadership » est intervenu après la confirmation de la commande de Royal Caribbean chez Meyer Werft et la livraison par Fincantieri, fin avril, du Carnival Magic (130.000 tonneaux, 1846 cabines) et de L'Austral (10.700 tonneaux, 132 cabines). Leader incontesté depuis des années de la construction de paquebots, le groupe italien ne compte plus que six navires dans son carnet de commandes. Il s'agit du Costa Favolosa (114.000 tonneaux, 1506 cabines), livrable en juillet prochain ; puis du Carnival Breeze (130.000 tonneaux, 1845 cabines), du Costa Fascinosa (114.000 tonneaux, 1506 cabines) et du Riviera (65.000 tonneaux, 630 cabines), qui seront achevés en 2012. Pour le moment, il ne reste ensuite à Fincantieri que les deux nouveaux navires commandés pour Princess Cruises, le Royal Princess (141.000 tonneaux, 1800 cabines) et un sistership, livrables en 2013 et 2014. Alors que la production a significativement baissé dans les chantiers italiens, Fincantieri doit, de toute urgence, engranger de nouvelles commandes.

 (© : MEYER WERFT)
(© : MEYER WERFT)

A l'inverse, Meyer Werft voit son chantier de Papenburg tourner à plein régime. Le groupe allemand, qui a livré en avril l'AIDAsol (71.000 tonneaux, 1087 cabines), va bientôt mettre à flot le Celebrity Silhouette (122.000 tonneaux, 1443 cabines), dont l'entrée en service est prévue en juillet. En 2012, Meyer Werft livrera trois autres gros paquebots, les Disney Fantasy (128.000 tonneaux, 1250 cabines), AIDAmar (71.000 tonneaux, 1087 cabines) et Celebrity Reflection (126.000 tonneaux, 1515 cabines). Puis, en 2013, deux autres navires sortiront de Papenburg : La nouvelle unité de NCL (143.000 tonneaux, 2000 cabines) et un sistership de l'AIDAmar. Enfin, en 2014, Meyer Werft doit livrer un second paquebot pour NCL et le premier d'une nouvelle classe lancée par Royal Caribbean dans le cadre du projet Sunshine. Ce navire de 158.000 tonneaux et 2050 cabines sera sans doute suivi en 2015 d'un sistership, qui fait l'objet d'une option dans le contrat récemment signé avec le chantier allemand. Ainsi, la valeur du carnet de commandes de Meyer Werft (hors option) dépasse désormais les 6 milliards de dollars.

Vue du nouveau navire de NCL   (© : MEYER WERFT)
Vue du nouveau navire de NCL (© : MEYER WERFT)

STX et Fincantieri à la peine

Franchissant sans difficulté le cap de la crise de 2008, Meyer Werft a, en quelques années, laissé dans son sillage les groupes STX et Fincantieri. Le premier, constitué des sites finlandais ex-Aker Yards (Turku, Rauma et Helsinki) et des chantiers de Saint-Nazaire (rachetés en 2006 à Alstom), a fait l'objet en 2008 d'un raid boursier à la suite duquel il est passé sous le contrôle du groupe sud-coréen STX. Aujourd'hui, son activité dans la croisière est difficile. Les chantiers finlandais n'ont plus un paquebot à construire, le dernier (Allure of the Seas) ayant été livré fin 2010. Quant à Saint-Nazaire, le site sort tout juste d'une importante période de sous-activité. Son carnet de commandes comprend actuellement deux unités de 139.000 tonneaux et plus de 1700 cabines livrables en 2012 à MSC Cruises et la compagnie libyenne GNMTC (dont le navire pourrait être proposé à un autre armateur en raison de la situation en Libye), ainsi qu'une unité de luxe, l'Europa 2 (39.000 tonneaux, 258 cabines), qui doit être achevée début 2013. Le chantier nazairien fonctionne donc à vue et doit absolument décrocher de nouvelles commandes pour assurer sa pérennité. Détenu par l'Etat italien, Fincantieri rencontre, quant à lui, une situation de plus en plus précaire. Le groupe public, qui bénéficie depuis 20 ans des innombrables commandes passées par le géant américain Carnival (Carnival Cruise Lines, Costa, Princess, P&O, Holland America, Cunard) est touché de plein fouet par la réduction des investissements de son client principal. Fincantieri cherche à se diversifier mais, alors que le projet de privatisation du constructeur n'a toujours pas abouti, ses effectifs, comme son outil industriel (8 chantiers), seront très probablement rationalisés. D'ores et déjà, le chômage technique touche des centaines de salariés, les sites d'Ancône et de Castellamare di Stabia n'ayant même plus de navires à construire.

L'AIDAsol, livré en avril   (© : MEYER WERFT)
L'AIDAsol, livré en avril (© : MEYER WERFT)

Le succès d'un groupe familial

Dans un contexte de concurrence très forte, il n'est pas inintéressant de remarquer que le seul constructeur qui tire son épingle du jeu n'est ni celui qui était coté en bourse et est aujourd'hui contrôlé par un conglomérat international, ni celui (ou ceux) qui a (ont) bénéficié d'un très important soutien de l'Etat actionnaire. Fondé en 1725, Meyer Werft est détenu depuis six générations par la même famille, Bernard Meyer ayant pris la barre de la société en 1982. Quatre ans plus tard, Papenburg négociait le virage historique de la croisière, en livrant le paquebot Homeric, le 6 mai 1986. Depuis, le chantier allemand a achevé 29 autres paquebots et doit encore en réaliser au moins 8 d'ici 2014. Ce succès tient indiscutablement à la politique industrielle de la société et à un certain esprit visionnaire. Meyer Werft bénéficie aujourd'hui d'une excellente réputation, tant pour la qualité des produits livrés que pour les bonnes relations entretenues entre la direction et les syndicats. Cette stabilité sociale a, d'ailleurs, sans doute permis, dans certains cas, de marquer la différence par rapport à la concurrence. Le groupe a, dans le même temps, su soigner ses relations avec une clientèle particulièrement diversifiée. Il est, ainsi, le seul constructeur à travailler simultanément avec les trois leaders mondiaux de la croisière (Carnival via AIDA, Royal Caribbean via RCI et Celebrity et NCL), tout en parvenant à séduire d'autres armateurs comme P&O (Oriana, Aurora) ou plus récemment Disney Cruise Line.

Le Celebrity Silhouette dans la forme de construction   (© : MEYER WERFT)
Le Celebrity Silhouette dans la forme de construction (© : MEYER WERFT)

Une politique d'investissements soutenue par les collectivités

Dans le même temps, Meyer Werft a su se doter d'un outil industriel très performant. Sa gigantesque forme de construction couverte, unique en Europe, est un véritable atout, permettant de travailler au mieux quelque soient les conditions météorologiques. Début 2009, l'achèvement de l'extension de 120 mètres du « building dock II », qui mesure désormais 504 mètres de long, a permis à Papenburg de s'adapter à l'accroissement de la taille des navires. L'outil industriel, dans son ensemble, a bénéficié de lourds investissements destinés à améliorer la qualité du travail réalisé et renforcer la compétitivité. Dans cette perspective, les bureaux d'études ont, par exemple, été totalement modernisés avec l'adoption en 2010, pour les outils de conception assistée par ordinateur, de la solution V6 de Dassault Systèmes, dont le logiciel CATIA était déjà utilisé par Meyer Werft. Ce dernier est également très actif en matière de ressources humaines, avec d'importants programmes de formation et d'apprentissage afin de maintenir et transmettre un savoir-faire de haut niveau, tout en adaptant son personnel aux nouvelles techniques.

 (© : MEYER WERFT)
(© : MEYER WERFT)

Le groupe allemand doit également son succès au soutien politique, plus particulièrement celui des collectivités locales. Très impliquées dans la vie industrielle et dotées de puissants moyens financiers, celles-ci ont appuyé la stratégie de développement de Meyer Werft. Enfin, le groupe a pu s'appuyer sur un secteur maritime puissant et très bien structuré en Allemagne, où l'on trouve un important réseau d'entreprises liées à la construction navale, mais aussi des armateurs et des banques spécialisées. Celles-ci ont, sans doute, eu un rôle important dans l'élaboration de solutions de financement, qui conditionnent la signature de contrats.

Le Disney Dream, livré  en décembre dernier (© : MEYER WERFT)
Le Disney Dream, livré en décembre dernier (© : MEYER WERFT)

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