Construction Navale
Meyer Werft, planche de salut de Turku ?

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Meyer Werft, planche de salut de Turku ?

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Des négociations sont en cours avec le constructeur allemand Meyer Werft en vue d’une reprise du chantier de Turku. C’est ce qu’a annoncé le gouvernement finlandais le week-end dernier. « Les deux parties sont fermement engagées dans les négociations en cours, mais elles en sont toujours à leurs débuts », a indiqué Jan Vapaavuori, ministre finlandais de l’Economie.

En grande difficulté, faute de nouvelles commandes ou de projets suffisamment rentables, STX Finland, dont la faiblesse de trésorerie rend les prêts des banques et l’élaboration de montages financiers délicats, a déjà décidé de fermer son site de Rauma pour concentrer son activité à Turku. Mais cette mesure n’est pas suffisante et, alors que la volonté de désengagement du groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding est avérée, l’Etat finlandais tente de trouver un repreneur afin d’assurer la survie du plus grand chantier du pays. Ce sauveur pourrait donc être Meyer Werft, solution logique que nous évoquions en mars dernier. Car le chantier allemand, détenu par la famille Meyer est désormais à l'étroit dans son fief de Papenburg.

 

 

Le chantier de Papenburg (© MEYER WERFT)

Le chantier de Papenburg (© MEYER WERFT)

 

 

Répondre à la saturation et au problème de taille de Papenburg

 

 

Sa localisation à l’intérieur des terres, avec pour seul accès à la mer la rivière Ems, pose des problèmes de gabarit. Malgré l’agrandissement du site ces dernières années et le dragage de la voie d’eau communiquant avec la mer du nord, Papenburg demeure limité quant à la taille des navires construits (notamment leur largeur, qui doit tenir compte des écluses jalonnant l’Ems) et le nombre d’unités pouvant être livrées chaque année. Afin de disposer de capacités supplémentaires, la reprise de Turku représente une opportunité non négligeable. D’autant que le chantier finlandais dispose d’une cale de construction de 365 mètres de long pour 80 mètres de large, la seule en Europe, avec celle de Saint-Nazaire, à permettre l'assemblage des plus grands paquebots du monde, en l’occurrence les unités de la classe Oasis of the Seas.

Autre avantage à un éventuel rapprochement, l’armateur de ces géants, le groupe américain RCCL, numéro 2 mondial de la croisière, est avec ses différentes filiales un client historique des Finlandais et des Allemands. Ainsi, Turku, à qui l’on doit notamment les cinq Voyager of the Seas (138.000 GT, 1550 cabines), les trois Freedom of the Seas (158.000 GT, 1800 cabines), mais aussi les deux premiers Oasis of the Seas (225.000 GT, 2700 cabines) réalise actuellement deux paquebots pour TUI Cruises, alors que Papenburg est chargé de construire trois unités du type Quantum of the Seas pour Royal Caribbean International. Cette compagnie, principale filiale de RCCL, s’oriente résolument vers les très grands paquebots et, avec les Quantum, Meyer Werft atteint ses limites. 

 

 

Le Quantum of the Seas en construction (© MEYER WERFT)

Le Quantum of the Seas en construction (© MEYER WERFT)

 

 

Alors que le chantier finlandais dispose de belles infrastructures, bien que des investissements seront probablement nécessaires pour maintenir sa compétitivité (on pense aux moyens de levage notamment depuis que Saint-Nazaire dispose de son nouveau portique, deux fois plus puissant que l’ancien, du même gabarit que celui de Turku), les deux entreprises sont aussi assez proches culturellement. Outre une augmentation de capacité, Meyer Werft peut aussi espérer, en reprenant un chantier du nord de l’Europe, entreprendre une diversification de son activité, par exemple dans le secteur offshore.

 

 

Turku à l'époque des Oasis of the Seas et Allure of the Seas (© STX FINLAND)

Turku à l'époque des Oasis of the Seas et Allure of the Seas (© STX FINLAND)

 

 

Le carnet de commandes des deux chantiers

 

 

Pour mémoire, le carnet de commandes de Meyer Werft comprend actuellement sept grands paquebots, livrables dans les quatre prochaines années. Le premier, Quantum of the Seas (167.800 GT, 2090 cabines), sera remis en octobre prochain à RCCL et suivi, en 2015 et 2016, par deux sisterships. Papenburg doit également livrer, en 2015 et 2017, les Norwegian Escape et Norwegian Bliss (163.000 GT, 2100 cabines), commandés par la compagnie américaine NCL, dont l’un des coactionnaires, le groupe asiatique Star Cruises, va  également faire construire en Allemagne deux grands paquebots de 150.000 GT et 1600 cabines, livrables en 2016 et 2017. Il faut ajouter que Meyer Werft possède également le chantier Neptun Werft de Rostock, qui produit des navires de croisière fluviaux et tourne à plein régime avec les Longships (135 mètres, 95 cabines) de Viking River Cruises, dont il livre une dizaine d’unités chaque année.

Du côté de Turku, le chantier finlandais ne compte dans son carnet de commandes que les deux paquebots de 99.700 GT et 1250 cabines de la compagnie allemande TUI Cruises, société commune de RCCL et TUI. Le premier, Mein Schiff 3, doit être baptisé le mois prochain à Hambourg, alors que le second, en construction, sera livré au printemps 2015. 

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