Construction Navale
Meyer Werft veut se rapprocher d’autres constructeurs européens

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Meyer Werft veut se rapprocher d’autres constructeurs européens

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Le constructeur allemand, l’un de ceux qui se portent actuellement le mieux en Europe, se prépare à d’importants « changements stratégiques ». C’est ce que la direction a annoncé aux salariés le 14 janvier, dévoilant sa volonté d’engager « des coopérations et partenariats avec d’autres chantiers européens ».  L’objectif est de mieux résister à la concurrence internationale, notamment asiatique, en mutualisant les moyens, par exemple dans le domaine de la recherche et du développement, mais aussi en mettant en place des échanges de savoir-faire. Une approche qui nécessite plus qu’un simple accord de coopération. Elle ne peut aboutir que par une solide alliance stratégique, et pourquoi pas capitalistique, pour permettre une confiance mutuelle.  

La décision de la direction de Meyer werft a été prise avec le soutien du land de Basse Saxe, où est installé Papenburg, le site principal du constructeur (qui a aussi un chantier à Rostock spécialisé notamment dans les navires de croisière fluviaux, les petits ferries et tankers), ainsi qu’IG Metall. Le puissant syndicat allemand a donné son aval à cette stratégie, à la condition que l’emploi soit garanti en Allemagne. La direction s’y est engagée, expliquant que « la condition de base d’un tel partenariat est qu’elle renforce Papenburg et en aucun cas ne l’affaiblisse ».

Pour l’heure, Meyer Werft n’a pas explicité la nature du ou des rapprochements envisagés (prise de participations, achat ou simples accords de coopération) ni cité le ou les partenaires avec lesquels il souhaite s’allier. Mais le constructeur a précisé que « les candidats devront avoir un savoir-faire particulier en termes de technologie et d’expérience dans les marchés des grands navires de croisière, de l’offshore,  des navires de recherche et des bateaux de charge ». Les possibilités sont donc restreintes au groupe italien Fincantieri, ainsi qu’à STX Europe, qui se décompose en deux entités indépendantes : le chantier STX France de Saint-Nazaire et STX Finland à Turku.

 

 

Turku en 2009, avec l'Oasis of the Seas et l'Allure of the Seas (©  STX FINLAND)

Turku en 2009, avec l'Oasis of the Seas et l'Allure of the Seas (©  STX FINLAND)

 

 

La logique d’une reprise des Finlandais

 

 

L’option finlandaise parait, à priori, la plus logique et la plus simple. Après la fermeture cette année de son second site à Rauma, STX Finland se concentre à Turku, où se trouve le plus grand chantier du pays. Un ensemble industriel capable de réaliser les plus gros paquebots du monde, à l’image de l’Oasis of the Seas et de l’Allure of the Seas (361 mètres, 227.700 GT, 2700 cabines), qui en sont sortis en 2009 et 2010. Les grandes infrastructures de Turku sont, précisément, ce qui manque à Papenburg où, malgré les très gros investissements réalisés ces dernières années pour accroître la capacité de production et réaliser des navires plus gros, le chantier demeure limité dans ses possibilités d’extension. Sans oublier le fait qu’il se trouve loin de la mer et que les paquebots doivent descendre la rivière Ems, bordée d’écluses et offrant un tirant d’eau comme une largeur contraints. Un rapprochement avec STX Finland permettrait donc d’accroître les capacités industrielles de Meyer Werft, dont la grande cale de construction est actuellement saturée jusqu’en 2016. Avec la possibilité de réaliser des paquebots encore plus imposants. Alors que le savoir-faire des chantiers finlandais est reconnu et que le niveau de finition des navires réalisés à Turku est au plus haut standard, les Allemands pourraient profiter de la situation financière très délicate de STX Finland, qui n’a plus que deux paquebots dans son carnet de commandes et, faute de trésorerie et de perspectives suffisantes, éprouve les plus grandes difficultés à lever des fonds pour de nouveaux projets (comme l’a récemment prouvé la suspension de la commande de deux ferries pour Scandlines). Désormais rationalisé et apte, dans le contexte actuel, à réaliser d’importants efforts de productivité, Turku pourrait être racheté à très bon prix.

 

 

Le chantier de Saint-Nazaire  (©  STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le chantier de Saint-Nazaire  (©  STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

 

Manque de confiance dans les Français ?

 

 

La seconde hypothèse, portant sur un rapprochement avec STX France, parait plus complexe. Techniquement, les deux industriels jouent dans la même cour, l’outil industriel pourrait être comme à Turku mutualisé et, soyons francs, une alliance entre Saint-Nazaire et Papenburg aurait de l’allure. Toutefois, dans la pratique, les cultures sont très différentes. On le sait, les Allemands sont, de manière générale, très critiques sur la manière dont les Français gèrent leur industrie et l’interventionnisme de l’Etat, pas toujours à bon escient, constitue pour eux un véritable épouvantail. Mais ce qui est encore plus effrayant et surréaliste outre-Rhin, ce sont les relations sociales dans l’Hexagone. Alors qu’en Allemagne, économie et social sont étroitement liés, avec des syndicats particulièrement au fait des contraintes entrepreneuriales et menant les négociations avec le patronat sur une base très pragmatique, les conflits, blocages et rapports de force à la française font peur. Ce qui se passe actuellement à Saint-Nazaire autour des accords sur la compétitivité en est un exemple.

En somme, les Allemands n’ont guère confiance dans la capacité des Français à faire les efforts de productivité et de rationalisation qu’ils considèrent indispensables au maintien de la compétitivité. Or, la position de Meyer Werft est très claire : Face aux baisses de commandes et à la concurrence internationale, notamment asiatique sur les navires de commerce, « les chantiers allemands et européens sont face à de grands défis. Cette année, on s’attend à d’éventuelles faillites et des restructurations. C’est seulement avec un savoir-faire, une productivité et une flexibilité accrus dans la construction de navires complexes que les chantiers européens ont une chance ».  

 

 

Le chantier Fincantieri de Monfalcone  (©  FINCANTIERI)

Le chantier Fincantieri de Monfalcone  (©  FINCANTIERI)

 

 

Fincantieri : la voie de la diversification et de l’international

 

 

Reste la possibilité d’un rapprochement avec Fincantieri. Sur le papier, on imagine assez mal les noces du constructeur allemand avec son homologue italien, là encore pour des questions culturelles et de gestion d’entreprise. D’un côté, il y a Meyer Werft, une entreprise familiale très rigoureuse et, de l’autre, un groupe public italien qui n’arrive pas, pour des questions politiques et syndicales, à rationaliser son outil industriel, clairement en surcapacité. Malgré tout, Fincantieri demeure avec Meyer Werft le leader mondial de la construction de paquebots et dispose avec l’Etat italien d’importantes capacités de financement. De plus, et c’est un point crucial, les Italiens sont les seuls à avoir su se diversifier et s’internationaliser. Fincantieri est, ainsi, présent aux Etats-Unis, où il travaille notamment pour la marine américaine, et le groupe a pris le contrôle, en 2013, de STX OSV. Devenue Vard, cette ancienne filiale de STX Europe (maison mère de STX Finland et actionnaire principal de STX France) est l’un des grands concepteurs et constructeurs de navires offshore. Une très belle société qui dispose de bureaux d’études et de chantiers en Norvège, mais aussi de sites en Roumanie, au Brésil et au Vietnam. Une alliance éventuelle pourrait donc permettre à Meyer Werft de diversifier son offre, alors que son activité, aujourd’hui exclusivement concentrée sur les paquebots, constitue un talon d’Achille en cas de revirement du marché de la croisière. D’autre part, Allemands et Italiens pourraient s’entendre pour se développer à l’international avec, pourquoi pas, un projet de grand chantier en Asie. Il s’agit là d’une simple hypothèse mais l’idée n’est pas aberrante compte tenu de l’importance du marché chinois et de la menace que représentent les constructeurs en Extrême-Orient. Avec un chantier local, les Européens pourraient, en fait, mieux maîtriser le danger et, avec les marges réalisées, investir dans la recherche et le développement pour préserver l’avance technologique des sites européens, qui se concentreraient sur les projets les plus innovants. 

 

 

Dans l’attente de clarifications 

 

 

Il sera donc intéressant de voir dans quelle voie s’oriente Meyer Werft,  sachant que plusieurs scénarii peuvent voir le jour, par exemple une reprise de Turku et une alliance avec Fincantieri. A moins qu’un terrain d’entente soit trouvé avec les Français. En somme, les jeux sont officiellement ouverts, mais sans doute beaucoup moins officieusement. Les Allemands ne sont en effet pas du genre à faire de grandes annonces sans projet solide et le soutien apporté par les politiques locaux, les syndicats et le Conseil d’administration au projet stratégique de la direction laisse penser que les discussions avec le ou les futurs partenaires de Papenburg sont déjà bien avancées. Voire qu’un accord est déjà sur le point d’être entériné. 

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