Marine Marchande
MICA Center : des militaires au service de la sûreté des navires de commerce

Reportage

MICA Center : des militaires au service de la sûreté des navires de commerce

Marine Marchande

Quelque part dans le sous-sol du château, dans la base navale de Brest. Trois salles, plusieurs zones géographiques sur les écrans des marins : golfe de Guinée, corne de l’Afrique, Méditerranée, Malacca… Des signaux AIS par centaines, des instructions en anglais, des silhouettes de navires, nous sommes au cœur du MICA Center (Maritime Information Cooperation and Awareness Center), le centre d’expertise français dédié à la sûreté maritime à compétence mondiale.

Depuis juin 2016, il veille en permanence pour recenser, analyser les évènements sur toutes les mers et pour être présent auprès des équipages et des armateurs, quand il s’agit d’informer sur une situation sécuritaire ou pour les assister en cas d’incident. « C’est la réponse sécuritaire française face aux enjeux maritimes internationaux », résume le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier, préfet maritime et commandant de la zone maritime Atlantique. « En mai dernier, alors que nous faisions visiter le MICA Center à des représentants des armateurs français, nous avons assisté en direct à un incident. Un navire, qui se trouvait dans le golfe de Guinée, a vu arriver sur lui des skiffs, vraisemblablement armés. Il a immédiatement prévenu le MICA Center, qui a, en quelques instants, rassemblé toutes les informations pertinentes puis pris contact avec les autorités togolaises. Ces dernières ont tout de suite dépêché un patrouilleur qui a pu capturer les pirates ».

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Une salle du MICA Center est dédiée à la zone du golfe de Guinée. « C’est un dispositif issu de l’accord franco-britannique MDAT-GoG (Maritim Domain Awareness for Trade - Gulf of Guinea) et qui prévoit le suivi des actes de piraterie et de brigandage », précise le capitaine de corvette Mathieu, commandant en second du MICA Center. Ici 400 navires sont suivis au quotidien et plus de 950 sont inscrits pour bénéficier des renseignements et de l’assistance du centre, qui est accessible à tous ceux qui naviguent dans la zone, quels que soient leur pavillon ou leur nationalité. « Nous fonctionnons avec notre centre miroir qui se trouve à Portsmouth : les Britanniques font davantage l’interface avec les bords quand nous nous occupons plus de celles aves les autorités côtières majoritairement francophones ». Là encore, en plus d’un suivi documentaire, le centre peut rapidement basculer dans l’opérationnel.

« Au printemps, notre chef de quart a reçu un coup de fil d’un navire inscrit chez nous qui nous a relayé un appel VHF du navire Blue Marlin ». Ce dernier est un transporteur de colis lourds du groupe néerlandais Boskalis. Il venait de reprendre la mer en direction de Malte, après avoir déchargé sa cargaison dans les eaux guinéennes, quand a été abordé par un semi-rigide à bord duquel se trouvaient plusieurs pirates armés. Les vingt membres d'équipage ont alors réagi très rapidement et se sont enfermés dans la citadelle, lieu sécurisé disposant de moyens de communication, ainsi que de rations alimentaires. « Dès que nous avons eu l’alerte, nous avons relayé auprès du CSO (responsable de la sûreté) de l’armateur et contacté les centres de sécurité du Nigeria et de la Guinée Equatoriale ». Pendant que les autorités sur place organisent une intervention, les veilleurs du MICA contactent tous les navires dans un cercle de 50 milles autour du Blue Marlin pour les informer de la situation et leur conseiller de s’éloigner. Deux hélicoptères et la frégate Wele Nzas des forces armées guinéennes ont immédiatement été dépêchés, suivis par le patrouilleur espagnol Serviola, présent dans la zone. Des équipes d'intervention guinéennes et espagnoles ont pu monter à bord au lever du jour le lundi pour trouver un bateau vide. L'équipage a pu être libéré de la citadelle, sain et sauf.

 

Intervention espagnole à bord du Blue Marlin ( © ESTADO MAYOR DE LA DEFENSA)

Intervention espagnole à bord du Blue Marlin ( © ESTADO MAYOR DE LA DEFENSA)

 

« Ici, il y a vraiment deux piliers : l’information et l’action. D’un côté, nous devons recenser tous les évènements qui ont eu lieu en mer et être prêts à fournir aux navires de commerce toutes les informations dont ils ont besoin. Pour cela, nous travaillons en permanence avec nos sources civiles et militaires, en mer et à terre, mais également avec nos homologues dans le monde entier, comme les centres de Madagascar ou de Singapour, pour animer ce réseau d’information. Nous sommes ici capables de produire des analyses à long terme et des publications. Nous nous assurons toujours d’avoir et de relayer la meilleure compréhension possible des situations ».

Le MSC HOA est la cellule de sûreté dédiée à la piraterie dans la région de la corne de l’Afrique et est subordonné au commandement de l’opération Atalante de l’Union Européenne. Auparavant basé à Northwood, au Royaume-Uni, il a déménagé - Brexit oblige. Le QG opérationnel d’Atalante a établi ses nouveaux quartiers à Rota, en Espagne, d’où est commandée depuis le 29 mars l’EU-NAVFOR, la force aéromaritime européenne déployée au nord de l’océan Indien et en mer Rouge. Quant au centre de sécurité maritime de l’opération, le Maritime Security Center Horn of Africa (MSC HoA), il a été installé à Brest. « Ici, nous suivons environ 120 navires par jour. Il s’agit, là encore, de pouvoir répondre aux alertes, aux questions, d’assister à l’organisation des transits sur la zone. Entre les navires d’Atalante, des Tasks Force 150 et 151 de l’US Navy, il y a beaucoup de marines militaires dans la zone. Nous pouvons donc faire l’interface rapidement quand il y a besoin de protection militaire et même appeler directement Rota s’il y a une nécessité d’intervention rapide ».  

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Au MSC HOA, il y a, en plus des marins français, des militaire espagnols, belges et portugais. « C’est une illustration d’un cadre qui s’européanise », souligne l’amiral Lozier. En tout, une trentaine de militaires arment le MICA Center avec des spécialités diverses, guetteur, navigateur, électronicien, timonier « tous doivent avoir été à la mer, il faut absolument qu’ils puissent comprendre la situation dans laquelle se trouvent leurs interlocuteurs à bord. Et ils ont tous un bon niveau d’anglais, évidemment », ajoute le commandant Mathieu.

Dans la dernière salle, les zones géographiques sont plus diverses. « Ici, nous suivons toutes les zones intéressant les acteurs français du monde maritime, que nous suivons au titre de la coopération navale volontaire nationale ». Le contrôle naval volontaire est une démarche historique française qui permet l’échange d’informations dans le domaine de la sûreté (piraterie, terrorisme, trafics humains, cybercriminalité…). Actuellement 24 armements et 276 navires français sont suivis au quotidien par le MICA Center dans ce cadre, avec quatre zones prioritaires : l’océan Indien, le golfe de Guinée, l’Asie du Sud-Est et la Méditerranée.

 

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