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Michel L'Hour : « Une vraie urgence pour la protection du patrimoine subaquatique »

Interview

Michel L'Hour : « Une vraie urgence pour la protection du patrimoine subaquatique »

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Plus de 150 ministres et ambassadeurs se sont réunis cette semaine dans le cadre de la conférence internationale de l’Unesco sur le patrimoine culturel immergé. Un sujet qui peine à susciter l’adhésion des États membres mais autour duquel Michel L’Hour, directeur du Drassm, espère un rapide consensus… Il explique pourquoi. 


Quels sont les principaux enjeux de cette conférence ?

Déjà, on l’a souhaitée hors de Paris, dans un environnement maritime, de façon à favoriser des dialogues plus étoffés. L’objectif est de sensibiliser les pays qui ont ratifié la Convention de 2001 (*) mais qui n’ont pas encore créé de services spécialisés - et qui, du coup, n’ont pas vraiment donné de matérialité à la convention - et, surtout, d’inciter les pays qui ne l’ont pas encore ratifiée à, au moins, songer à le faire. Il faut comprendre que ce patrimoine culturel subaquatique, qui est la mémoire universelle de l’humanité tout entière, est tristement menacé. Aujourd’hui, il y a une vraie urgence à en assurer la protection.

Comment intéresser le grand public à ce patrimoine ?

Il est absolument indispensable que le grand public se l’approprie, bien qu’il soit, par essence, un peu invisible puisque tapi au fond de la mer, dissimulé par des laminaires ou recouvert par des sédiments marins. D’où l’importance, pour les scientifiques qui l’étudient, de communiquer vers le public, d’ouvrir leurs portes en grand, et d’expliquer pourquoi ce patrimoine n’est pas celui d’une poignée d’individus mais bien celui de l’humanité. Et c’est justement parce que c’est son héritage qu’il mérite d’être protégé.

De nouveaux sites d’épaves viennent d’être potentiellement repérés devant le goulet de Brest, dont peut-être celui de la Cordelière…

Nous menons depuis l’année dernière des campagnes de détection électronique sur la zone de l’avant-goulet de Brest pour tenter de retrouver les épaves de la Cordelière (le navire amiral de la Duchesse Anne) et du Régent (navire d’Henri VIII d’Angleterre), qui comptaient parmi les plus grands navires à l’époque de leur disparition, en 1512. Au cours de ces différentes prospections, on a découvert l’épave d’un navire contemporain de l’époque de la bataille navale mais qui n’est pas ce que nous cherchions. En tout état de cause, cela vérifie l’importance du patrimoine subaquatique de cette pointe de Bretagne que l’on aime tant. Et le besoin d’y poursuivre nos recherches.

* La Convention de l’Unesco sur la protection du patrimoine culturel subaquatique, adoptée en 2001 par une soixantaine de pays, vise à permettre aux états de mieux protéger leur patrimoine sous les mers.

Une interview de la rédaction du Télégramme