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Micky Arison, président de Carnival Corp, leader mondial de la croisière

Interview

Micky Arison, président de Carnival Corp, leader mondial de la croisière

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Exceptionnellement pour un média français, Micky Arison a accepté d'accorder une interview à Mer et Marine. A la tête d'un empire de 82 paquebots et 11.8 milliards de dollars de chiffre d'affaires, le président de Carnival Corporation contrôle le groupe créé en 1972 par son père. Ted Arison, l'un des fondateurs de Norwegian Cruise Line, en 1966, décide alors de lancer sa propre compagnie, avec le TSS Mardi Gras. Depuis, la flotte n'a cessé de s'accroître et Carnival a racheté, au fil des années, de nombreux armements. Le groupe possède aujourd'hui, outre Carnival Cruise Line, Costa Croisières, Princess, P&O, Cunard, Holland America, AIDA et The Yachts of Seabourn. Il a par ailleurs annoncé, fin 2006, la reprise du tour opérateur espagnol Iberojet. En tout, le groupe, valorisé à quelques 23.5 milliards d'euros, emploie 70.000 personnes, dont 60.000 navigants. Son plan de développement est colossal, avec 19 paquebots en commandes, dont les Costa Serena, Emerald Princess et AIDAdiva, qui seront livrés très prochainement.
Profitant de l'explosion du marché de la croisière, Carnival Corporation accroît donc sa flotte de manière significative. A l'occasion de la livraison du Carnival Freedom, dernier né de la famille des Fun Ships, nous avons demandé à Micky Arison quelles étaient les évolutions du marché, ce qu'attendaient les clients et quel potentiel représente aujourd'hui la croisière. Nous avons également souhaité savoir ce que le N°1 mondial du secteur pensait du Genesis, le paquebot géant de RCCL, et si le groupe, qui commande aujourd'hui ses paquebots chez Fincantieri et Meyer Werft, comptait revenir prochainement chez Aker Yards. Enfin, cet entretien fut l'occasion d'évoquer le développement du marché européen, et plus particulièrement français, ainsi que de revenir sur la stratégie de Carnival dans son rapprochement avec Iberojet.
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Mer et Marine : Le Carnival Freedom est l'aboutissement de 30 ans de croisière et de Fun Ships. Quelles ont été les évolutions et comment ce paquebot répond aux attentes des passagers ?

Micky Arison : En fait, Carnival Cruise Line est un produit qui évolue constamment. Nous avons apporté des améliorations et essayé de faire les choses un peu différemment mais la base du concept, avec un large choix d'activités, de types de restauration et de divertissement, est commune à tous les navires. Le Freedom, comme ses prédécesseurs, utilise au mieux sa grande taille pour offrir plus de possibilités de restauration, d'animation et de choix pour les passagers. Il n'y a donc pas de révolution avec ce navire par rapport à ses aînés. C'est une évolution de concepts éprouvés, tout en s'adaptant aux demandes des clients et à ce dont ils ont besoin.

Et qu'est ce que les clients attendent aujourd'hui en venant sur un paquebot, et notamment sur un navire de Carnival ?

Je pense qu'ils cherchent avant tout un environnement de qualité, un navire très propre, un bon service, une bonne nourriture et de bons divertissements, l'ensemble étant la base de vacances réussies. Ce qui fait souvent la différence avec d'autres modes de voyage, c'est le service et à bord, le personnel est vraiment très attentif vis-à-vis des passagers.

Le marché de la croisière ne cesse de se développer. Pensez-vous que cela va encore durer longtemps et quelles sont pour vous les potentiels de développement ?

Le taux de pénétration de l'industrie de la croisière par rapport aux autres modes de vacances est encore très faible dans de nombreux pays. C'est le cas en France où il se développe surtout au travers de Costa, l'une des compagnies de Carnival, qui est leader sur ce marché. Le Queen Mary 2 a, également, été construit en France mais chaque année, le taux de croissance de la croisière en France ne représente que la moitié de celui des Etats-Unis et d'autres pays européens. Le potentiel est donc énorme et nous continuons de travailler très dur pour développer Costa, mais aussi AIDA Cruises en Allemagne ou P&O au Royaume-Uni. Nous pensons que les possibilités de croissance sont vraiment très importantes, spécialement en France.

Parlons justement un peu de la France. Depuis plusieurs années, vous construisez la plupart de vos navires en Italie, à l'exception, vous l'avez dit, du QM2 pour votre filiale Cunard. Est-ce que vous êtes, en quelque sorte, mariés avec Fincantieri ou est-ce que dans les années à venir, vous pourriez commander des navires ailleurs et pourquoi pas revenir à Saint-Nazaire ?

Nous avons de très bonnes relations avec le groupe Aker Yards et les chantiers de Saint-Nazaire. Nous avons déjà construit chez Aker, en Finlande, 14 paquebots et nous continuons de parler ensemble. Ils sont aujourd'hui très occupés avec certaines compagnies, notamment MSC. Nous continuons toutefois à discuter, tout comme avec Meyer Werft en Allemagne et Fincantieri en Italie. On ne sait jamais, je ne serais pas surpris que dans l'avenir, nous puissions construire avec Aker.

Les navires sont de plus en plus gros. RCCL a notamment commandé l'année dernière le Genesis, un géant de 220.000 tonneaux. Vous-même vous aviez évoqué il y a quelques années la construction d'un très gros paquebot, le projet Pinnacle. Que pensez-vous désormais de ces géants ? Est-ce que le Genesis n'est pas un navire trop grand ?

Je ne suis pas sûr que le marché soit prêt pour ce genre de bateau, sur lesquels l'aspect opérationnel est un enjeu crucial. Aujourd'hui, nous n'avons en tous cas aucun projet pour construire un navire plus gros que le Queen Mary 2. Nous sommes à l'aise avec la taille et la capacité des navires de 3000 à 3500 passagers et nous ne planifions pas de navire du genre du Genesis. Pour nous, ce bateau est trop gros. Nous croyons dans certains produits et ce que nous construisons nous va très bien. Je suis certain que Royal Carribean fera un excellent travail sur le Genesis, mais ce type de bateau, ce n'est pas pour nous.

Concernant le marché européen. Vous avez déployé le Carnival Liberty en Méditerranée l'année dernière et le Carnival Freedom pour cette saison. Est-ce que cela ouvre la voie à un développement de votre flotte en Méditerranée, notamment pour proposer un nouvel itinéraire aux Américains qui sont habitués à ces navires dans les Caraïbes ?

Le Carnival Freedom est déjà opéré en Méditerranée jusqu'en octobre ce qui constitue le plus long déploiement d'un navire de notre flotte en Europe. Nous aurons, en juin 2008, une autre livraison, celle du Carnival Splendour, mais nous n'avons pas encore pris de décision finale sur l'endroit où le navire sera opéré, s'il traverserait l'Atlantique ou resterait en Europe. Toutefois, nous sommes toujours très présents en Europe au travers de nos filiales, qui continuent de se développer sur un marché très favorable.

Vous avez annoncé récemment la création d'une joint venture avec le groupe espagnol Iberojet. Quelle est votre stratégie au travers de ce rapprochement ?

Nous sommes déjà leader en Espagne au travers de Costa, en excluant les tours opérateurs Pullmantur et Iberojet. Nous pensons que la croissance peut être très importante sur le marché de masse en Espagne. L'alliance avec Iberojet est donc pour mener ce développement. Dès que la joint venture sera opérationnelle, nous développerons rapidement la flotte d'Iberojet. Une fois que la transaction sera terminée et que les autorités auront donné leur accord,vous verrez très rapidement notre plan d'expansion.
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Interview réalisée à Venise par Vincent Groizeleau - © Mer et Marine - Mars 2007

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