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Microplastiques : la fondation Tara Ocean et JAMBIO lancent une mission au Japon

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Après l’étude de la pollution plastique dans les fleuves d’Europe, la Fondation Tara Océan annonce le lancement au Japon d’une mission d’étude sur les microplastiques le long des côtes de l’archipel avec le réseau JAMBIO (Japanese Association for Marine Biology).

Le voilier scientifique Tara, qui parcourt le monde depuis 2003 pour étudier l’impact du changement climatique sur l’océan et les défis auxquels il fait face, a regagné fin 2019 son port d’attache à Lorient (Bretagne, France), après avoir parcouru, de mai à novembre 2019, les quatre façades maritimes de l’Europe, en vue d’étudier, en partenariat avec 17 laboratoires coordonnés par le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), la pollution plastique des neuf principaux fleuves d’Europe (Tamise, Elbe, Rhin, Seine, Èbre, Rhône, Tibre, Garonne et Loire). Les scientifiques de Tara (biologistes et écotoxicologues, chimistes et physiciens, océanographes et modélisateurs), ont prélevé 2700 échantillons sur 45 sites définis entre terre et mer.

Les objectifs précis de cette mission, la première de ce type, étaient d’identifier les sources de pollution, de comprendre la fragmentation des microplastiques dans les fleuves, de prédire leur dispersion vers l’océan, de définir leur toxicité et leurs impacts sur la biodiversité marine et la chaîne alimentaire. Les premiers résultats montrent qu’absolument 100% des prélèvements effectués contiennent des microplastiques : des microbilles et des « microplastiques secondaires » inférieurs à 5mm et similaires, estime-t-on, aux 5000 milliards de morceaux et de particules de plastiques flottant à la surface de l’océan. Pour Romain Troublé, Directeur général de la Fondation Tara Océan, « cette vaste proportion de microplastiques déjà impossible à collecter en mer et charriée par nos bassins versants et fleuves, rend impossible le nettoyage des fleuves. Les solutions contre cette hémorragie sont définitivement à terre. »

L’équipe scientifique de la mission Tara Pacific est partie pour une plongée sur les coraux dans la baie de Chichijima, Japon © Sarah Fretwell / Fondation Tara Océan 

La première mission Tara-JAMBIO au Japon sur les microplastiques

Établie au Japon, la Fondation Tara Océan va lancer, en 2020, une étude relativement similaire d’études sur la pollution des microplastiques le long des côtes de l’archipel en coopération avec le réseau national JAMBIO (Association japonaise pour la biologie marine), fondé en 2009.

Créé par le Shimoda Marine Research Center, l’Université de Tsukuba, et le Center for Marine Biology (Université de Tokyo), ce réseau rassemble 21 stations marines, de Hokkaido à Okinawa, aux infrastructures de recherche implantées sur toutes les côtes de l’archipel. Ses scientifiques et ceux de la Fondation Tara Océan, avec le soutien de leurs partenaires (Véolia et agnès b.), s’appuyant sur leur expérience commune dans la conduite d’études sur de vastes zones maritimes et océaniques – par exemple lors des échantillonnages de corail conduits par la goélette Tara dans les eaux du Japon en février-avril 2017 pendant l’expédition Tara Pacific – enquêteront sur la pollution plastique (microplastiques, parti-cules micrométriques et nanoplastiques) dans les eaux japonaises. « Nous espérons que d’autres partenaires nous rejoignent et nous aident, avec leur expertise, avec des fonds, à amplifier cette mission » précise Romain Troublé.

L’objectif est d’évaluer la pollution plastique et ses impacts potentiels sur la biodiversité des eaux côtières du pays, connues pour leur forte concentration en microplastiques alors qu’elles révèlent en outre une riche biodiversité. « Il s’agit aussi de sensibiliser l’opinion à la catastrophe environnementale qu’est la pollution plastique dans les eaux du Japon et aux menaces qu’elle fait courir aux océans », souligne Sylvain Agostini, chercheur à l’université de Tsukuba rattaché à la station marine de Shimoda. Le Japon est à l’extrémité nord d’un « point chaud de pollution plastique. » Celle-ci, charriée vers le large, alimente le « parc à ordures du Pacifique », le fameux vortex de déchets du Pacifique nord.

Déterminer les flux et les impacts potentiels sur la vie marine

À partir d’avril 2020, les échantillonnages de la mission JAMBIO-Tara seront effectués dans plusieurs stations marines : entre autres d’Akkeshi (Université de Hokkaido), à la station de biologie marine d’Oki (Université de Shimane), au centre de recherche d’Asamushi (University du Tohoku), au laboratoire de Tateyama (Marine and Coastal Research Center, Université d’Ochanomizu) ou au Centre de recherche de Shimoda (Université de Tsukuba). Chaque échantillonnage durera 3 à 4 jours – enquête et événements éducatifs inclus.

Un protocole commun fixé selon les directives internationales et validé par le Centre de recherche de Shimoda sera retenu pour l’échantillonnage des microplastiques dans la colonne d’eau et les sédiments, afin de déterminer leur quantité et les micro-organismes dont ils sont couverts. L’analyse des échantillons collectés aura lieu au sein des différents laboratoires partenaires comme celui du chercheur et bio-informaticien Hiroyuki Ogata (Université de Kyoto), membre de Tara Oceans depuis 2013.

Il s’agira, au final, d’évaluer et de définir les flux et les impacts potentiels de la pollution plastique sur la vie marine locale. Dans le droit fil des dispositions décidées par le G20, en juin 2019, à Osaka. « Les déchets marins sont un problème exigeant une action urgente au vu de ses impacts néfastes sur les écosystèmes » avaient alors alerté ses États membres.

Communiqué de Tara Oceans