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Migrants : accord franco-britannique pour contenir les traversées de la Manche

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Migrants : accord franco-britannique pour contenir les traversées de la Manche

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Alors que 121 migrants à bord de sept embarcations ont encore été secourus hier au large de Boulogne et Calais, les ministres de l’Intérieur britannique et français, Priti Patel et Gérald Darmanin, ont annoncé le week-end dernier un nouvel accord pour lutter contre les passeurs et essayer de contenir les tentatives de traversée de la Manche. « Les ministres ont souligné que le nombre élevé de passages illégaux observé cette année n'était pas acceptable et qu'il fallait y remédier avec détermination », selon une déclaration conjointe.

En effet, alors que la période de transition mise en place dans le cadre du Brexit prendra fin dans un mois, les tentatives de traversées ont été en nette augmentation, cette année. Au 31 octobre, la préfecture maritime de Cherbourg dénombrait 790 tentatives ou traversées concernant 8490 migrants. Pour la seule journée du 2 septembre, au moins 409 migrants avaient traversé la Manche à bord de 27 embarcations.

Drones et radars

Les nouvelles mesures visent en particulier à lutter contre les « small boats », les petites embarcations gonflables, parfois de simples engins de plage ou une annexe de type optimist, à bord desquels prennent place plusieurs migrants pour tenter de traverser l’un des détroits les plus fréquentés au monde. Un phénomène qui aurait pris de l’ampleur pendant le confinement avec la baisse du trafic maritime. Londres doit faire un investissement financier de 31.4 millions d’euros pour soutenir les efforts de Paris. À partir de ce jour, la France doit « doubler » le nombre de policiers et gendarmes patrouillant sur 150 km de littoral pour prévenir les tentatives de traversée, selon la ministre de l’Intérieur britannique à la BBC. Il est également prévu de déployer des « équipements de technologies de surveillance de haute définition pour détecter et empêcher les tentatives de franchissement avant qu'elles se produisent », indique la déclaration conjointe des ministres. Priti Patel a précisé qu’il s’agissait d’utiliser des drones, radars, caméras de surveillance et jumelles optroniques. Par ailleurs, le plan présenté dans la déclaration conjointe prévoit des mesures « visant à aider les migrants à trouver un hébergement approprié afin de les soustraire à l'emprise des trafiquants » et d’autres pour « renforcer la sécurité aux frontières afin de réduire les possibilités de passage irrégulier, y compris par le biais du trafic de marchandises ».

Il n’a pas été possible, dans l’immédiat, d’avoir des précisions sur les drones et radars évoqués par la ministre britannique. Contactée par Mer et Marine, la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord précise néanmoins que « ce ne sont pas les moyens de l’Action de l’Etat en mer qui bénéficient directement de ces accords ». Il s’agit d’actions à terre, tandis que les actions menées en mer consistent à porter secours et assistance pour la sauvegarde de la vie humaine ou la sécurité de la navigation. L’accord vise à prévenir les tentatives de traversée avant qu’elles aient lieu. Les mesures mises en place devraient cependant limiter le nombre de traversées et donc réduire le nombre d’interventions en mer.

 

Le Jacques Oudart Fourmentin de la Douane, qui a secouru trois embarcations hier (©  MARINE NATIONALE)

Le Jacques Oudart Fourmentin de la Douane, qui a secouru trois embarcations hier (©  MARINE NATIONALE)

 

Près de 200 migrants secourus depuis ce week-end

Par ailleurs, depuis novembre 2018 et le premier pic d’augmentation des tentatives, un effort a été particulièrement consenti afin de tenir une permanence de moyens à la mer, soutenue par des capacités aériennes. Dans la zone, pour venir en secours aux migrants, le préfet maritime peut notamment s’appuyer sur des vedettes et patrouilleurs de la Marine nationale, de la Gendarmerie maritime, de la Douane, des Affaires maritimes et de la SNSM. Dans les airs, il peut avoir recours à des hélicoptères et avions de l'aéronautique navale, des aéronefs des douaniers et les hélicoptères de la Sécurité civile.

Ainsi, pendant le week-end, malgré l’approche de l’hiver rendant les conditions de traversée encore plus périlleuses, une soixantaine de migrants ont été secourus en Manche lors de deux opérations distinctes. La première a eu lieu samedi au large de Leffrinckoucke (Nord). Alerté par la gendarmerie, le canot tout temps Jean Bart II de la SNSM est intervenu auprès d’un semi-rigide. Il a signalé qu’une quarantaine de migrants se trouvaient à bord. Engagé, le patrouilleur des Affaires maritimes Thémis a recueilli les 45 personnes, dont une femme enceinte et des enfants. Le lendemain, c’est le Samu qui a signalé une embarcation de migrants en difficulté au large de Boulogne-sur-Mer. Cette fois, c’est le patrouilleur de la douane Jacques Oudart Fourmentin qui a récupéré 19 migrants à une dizaine de milles du port du Pas-de-Calais.

Les opérations de sauvetage ont repris hier avec, cette fois, pas moins de sept embarcations secourues transportant en tout 121 personnes à leur bord. L’une d’elle, au large de Calais, a vu ses 10 occupants récupérés au petit matin par la vedette Escaut de la Gendarmerie maritime. Une autre, qui commençait à prendre l’eau au large d’Ambleteuse, a été rejointe par le Jacques Oudart Fourmentin, qui a recueillis 25 naufragés. Puis c’est le canot tous temps Président Jacques Huret de la station SNSM de Boulogne qui a pris en charge 25 rescapés d’une autre embarcation, avant que le patrouilleur Thémis soit engagé à son tour vers une quatrième embarcation en difficulté avec 34 migrants à son bord. Le Jacques Oudart Fourmentin est peu après intervenu une seconde fois, recueillant 11 personnes. Idem pour le canot des sauveteurs boulonnais et la vedette Escaut sur une sixième embarcation, les gendarmes maritimes récupérant lors de cette nouvelle intervention 20 naufragés. Enfin, les douaniers du Jacques Oudart Fourmentin ont mené à bien leur troisième sauvetage de la journée, sauvant 6 personnes supplémentaires. Les six premières opérations ont été menées dans la matinée, la dernière s’achevant dans la soirée. Bien que certains étaient apparemment en état d’hypothermie, les migrants secourus hier « sont tous sains saufs, grâce à l'efficience et la réactivité des acteurs agissant quotidiennement pour l'action de l'État en mer et la sauvegarde de la vie humaine : le CROSS Gris-Nez, la préfecture maritime et le centre des opérations maritimes, la gendarmerie maritime, la douane française, les affaires maritimes, la Marine nationale, la SNSM, les usagers de la mer, ainsi que les unités de l'État patrouillant quotidiennement en mer », souligne la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. Les personnes secourues ont été débarquées à Boulogne et Calais, et prises en charge par les pompiers du SDIS 62 et la Police aux frontières.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Une quarantaine de migrants ont tenté de traverser la Manche, le week-end dernier, à bord d'un semi-rigide. (© PREFECTURE MARITIME MANCHE MER DU NORD)

Une quarantaine de migrants ont tenté de traverser la Manche, le week-end dernier, à bord d'un semi-rigide. (© PREFECTURE MARITIME MANCHE MER DU NORD)

 

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