Marine Marchande
Migrants : Deux bateaux encore empêchés d’accoster en Italie et à Malte

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Migrants : Deux bateaux encore empêchés d’accoster en Italie et à Malte

Marine Marchande

Est-ce qu’un Etat de droit peut s’affranchir de ses obligations de droit international ? C’est la question que l’on se pose à la lumière des derniers épisodes tragiques liés aux migrants en Méditerranée. A peine quelques jours après l'épouvantable odyssée de l’Aquarius, refoulé de Malte et d’Italie avec plus de 600 migrants, c’est désormais le bateau de l’ONG allemande Lifeline, qui a recueilli 269 naufragés, et le porte-conteneurs danois Alexander Maersk, qui en a sauvé 113, qui sont en attente d’une solution pour les débarquer. Des députés européens, venus dimanche à bord du Lifeline pour se rendre compte de la situation, ont fait état d’une situation très préoccupante, avec beaucoup de malades, dont des enfants. Le bateau, actuellement devant Malte, a été ravitaillé par les autorités du pays, qui ont cependant fait savoir qu’elles n’accueilleraient pas les migrants.

 

Recueil des migrants à bord de l'Alexander Maersk

Recueil des migrants à bord de l'Alexander Maersk

 

Le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, en poste depuis moins d’un mois, a promulgué, mi-juin, un texte interdisant le débarquement de migrants recueillis par des ONG dans les ports italiens. Un texte dont on ne peut que douter de la légalité au regard de l’ensemble des textes de droit international, dont l’Italie est signataire et qui par conséquent l’obligent. Ils prévoient le débarquement de naufragés dans « le port sûr le plus proche ». De plus, alors qu’il semblait que cette mesure ne s’appliquerait qu’aux associations venant en aide aux migrants, on constate que le porte-conteneurs Alexander Maersk, un navire de commerce en rien lié à une ONG, ne peut, lui non plus, accoster alors qu’il est pourtant intervenu à la demande du MRCC de Rome, responsable du sauvetage dans la zone.

Mais il semblerait que les questions juridiques ne pèsent pas lourd face à la rhétorique outrancière de Matteo Salvini - qui évoquait, la semaine dernière, des navires chargés « de chair humaine » - ni à son affichage politique qui repose sur un report de la responsabilité du sauvetage sur les garde-côtes libyens. « Laissez les autorités libyennes faire leur travail de secours, de récupération et de rapatriement des migrants vers leur pays, comme elles l'ont fait depuis quelque temps, sans que les navires des ONG avides ne les gênent ou causent des troubles », a -t-il ainsi déclaré dimanche. En visite hier à Tripoli, il a renouvelé son soutien aux autorités provisoires du pays. « Nous sommes absolument en accord avec votre méthode d’action », a-t-il précisé en ajoutant qu’il était nécessaire de « renforcer la souveraineté libyenne sur l’espace maritime ».

Les autorités libyennes ont profité de l’occasion pour annoncer le « sauvetage » de près d’un millier de migrants durant le week-end au large de la Libye. Ceux-ci ont été ramenés vers les camps de rétention dont ils cherchaient à s’échapper. Depuis le début de l’année, plus de 9000 migrants ont ainsi été reconduits vers ces endroits. Ces quinze derniers jours ont vu, après une absence remarquée des garde-côtes, une forte augmentation des interceptions libyennes (2000 personnes). 

 

 

Pendant ce temps, à Bruxelles, un mini-sommet sur la question du droit d’asile a réuni les membres de l’Union européenne dimanche, en prévision du sommet officiel qui doit se tenir en fin de semaine. On y a beaucoup parlé de hotspots, c’est-à-dire de centres d’« accueil et d’identification »  où la situation administrative des migrants serait étudiée. Certains, comme la France et l’Espagne, préconisaient la mise en place de centres fermés en Europe, principalement en Italie. Matteo Salvini a déjà fait savoir qu’il y était totalement opposé et propose de les implanter dans le sud de la Libye. Une solution déjà repoussée par les autorités libyennes. La crise migratoire ne semble donc pas prête de trouver une issue favorable.

 

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