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Migrants en Méditerranée : Ces ONG qui sauvent des milliers de vies

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Migrants en Méditerranée : Ces ONG qui sauvent des milliers de vies

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Pour la seule journée du samedi 12 novembre, un millier d’hommes, femmes et enfants ont été secourus par les navires affrétés par des associations humanitaires pour sauver les migrants et réfugiés tentant de traverser la Méditerranée depuis la Libye. Parmi ces navires, l’Aquarius, de l’organisation franco-allemande SOS Méditerranée, qui a accompli là sa 36ème opération de sauvetage depuis le début de son engagement, en février.

Le navire, a porté secours à trois embarcations en détresse. Le premier sauvetage, qui s’est déroulée de 5h30 à 7 heures du matin, a permis de recueillir 129 personnes sur l’Aquarius, « parmi lesquelles 32 femmes dont 5 sont enceintes, et 39 mineurs dont 27 mineurs non accompagnés et 6 âgés de moins de 5 ans. La plupart des rescapés sont originaires de Guinée Conakry (40) et du Nigeria (37), suivi par le Sénégal (16) et la Gambie (13), ainsi que 3 Egyptiens », précise SOS Méditerranée.

 

 (© SUSANNE FRIEDEL/SOS MEDITERRANEE)

 (© SUSANNE FRIEDEL/SOS MEDITERRANEE)

 

L’Aquarius a, ensuite, rejoint le Phoenix et le Bourbon Argos, deux autres navires affrétés par des ONG, le premier par MOAS et le second par Médecins Sans Frontières. Ces derniers étaient mobilisés dans le sauvetage de 700 personnes entassées sur un bateau en bois. L’équipe de SOS Méditerranée a participé à leur sécurisation, distribuant notamment des gilets de sauvetage, les naufragés étant transférés sur les navires de MOAS et MSF.

 

 

À la fin de cette opération, l'Aquarius a récupéré ses équipements de sauvetage et s’est dirigé vers une troisième embarcation signalée par le Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Rome. « À leur arrivée, les équipes de SOS Méditerranée ont pu prêter assistance au navire Iuventa de l’ONG Jugend Rettet, afin de transborder 151 personnes secourues d’un bateau pneumatique à bord de l’Aquarius. On dénombre 10 femmes et 40 mineurs dont 39 sont des mineurs non accompagnés, parmi les 151 rescapés. Ceux-ci sont originaires d’Afrique de l’Ouest, notamment du Nigéria (37), de Guinée Conakry (32), de Côte d’Ivoire (28) ».

Les naufragés embarqués, l’Aquarius a immédiatement repris sa route pour une nouvelle mission. Il s’est dirigé vers l’Est de Tripoli pour rejoindre le navire Vos Hestia de l’ONG Save The Children, à la recherche d’un pneumatique suite à un nouveau signalement de situation de détresse. Hier, 280 personnes sauvées la veille ont été transbordées de l'Aquarius au Vos Hestia, permettant au navire de SOS Méditerranée de demeurer au large de la Libye, prêt à intervenir de nouveau.

 

 (© ISABELLE SERRO/SOS MEDITERRANEE)

 (© ISABELLE SERRO/SOS MEDITERRANEE)

 

Des traversées de plus en plus dangereuses

Alors que l’hiver arrive et va rendre les traversées entre la Libye et l’Europe de plus en plus périlleuses, les passeurs profitent au maximum des dernières journées où la météo est favorable afin de jeter sur la mer le plus d’embarcations possible. Une situation qui inquiète vivement les ONG, soulignant la dangerosité accrue de ces traversées en ce début de période hivernale. « Les migrants embarquent de nuit et sont soumis à des températures de plus en plus fraîches. À leur arrivée sur l’'Aquarius ce matin, ils étaient choqués et frigorifiés. Beaucoup d’entre eux présentaient de graves brûlures dues au mélange d’essence et d’eau de mer, ils ont immédiatement été pris en charge par les équipes de notre partenaire médical Médecins Sans Frontières », a expliqué à l’issue des sauvetages de samedi Mathilde Auvillain, chargée de communication de SOS Méditerranée à bord de l’Aquarius.

Depuis le début de ses opérations en Méditerranée centrale, le 26 février dernier, ce navire, à lui seul, a jusqu’ici porté secours à 8247 personnes, dont 5.369 recueillies sur des embarcations en détresse et 2878 accueillies après transbordement d’un autre navire.

 

 

La flotte va se replier pendant l’hiver

SOS Méditerranée et les autres ONG engagées dans cette vaste opération humanitaire ont accompli un travail énorme, complétant les moyens étatiques européens mobilisés dans la zone. Un apport crucial en capacités de sauvetage qui va se tarir durant la période hivernale, pendant laquelle les navires humanitaires, dont le fonctionnement est essentiellement financé par des dons, vont quitter la zone. Pour autant, à la faveur de quelques « belles » journées et de la pression migratoire, avec des centaines de milliers de migrants et réfugiés massés en Libye selon les autorités européennes, les tentatives de traversée vers l’Italie pourraient se poursuivre. Et des drames de grande ampleur sont à redouter.

 

Chavirage d'un bateau chargé de migrants au large de la Libye en mai (© MARINE ITALIENNE)

Chavirage d'un bateau chargé de migrants au large de la Libye en mai (© MARINE ITALIENNE)

 

Plus de 4200 morts depuis janvier

Si le flot de personnes traversant la Méditerranée est nettement moins important que l’an dernier (moins de 400.000 depuis janvier contre plus d’un million en 2015), du fait de la fermeture quasi-complète du principal passage migratoire, entre la Turquie et la Grèce, le nombre de victimes n’a jamais été aussi élevé. Alors qu'on déplorait 3500 morts en 2014 et près de 3800 l'an dernier, SOS Méditerranée, comme les autres ONG mobilisées, s’alarme du bilan humain qui, souligne-t-elle, s’alourdit de jour en jour : « 4271 personnes sont décédées depuis le début de l’année en mer Méditerranée dont 9 sur 10 (3793 personnes) sur le seul axe de Méditerranée centrale », précise l’association, qui « exhorte les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités en mettant en place un dispositif de sauvetage adéquat ».  

Action civile face au manque de moyens étatiques

C’est en 2014 que des organisations non gouvernementales ont commencé à se mobiliser après une série de drames ayant secoué l’opinion publique. Guerres, persécutions religieuses et politiques, famines… Des centaines de milliers de personnes fuient leurs pays pour éviter la mort ou tenter de trouver des conditions de vie acceptables en Europe. La Libye, complètement désorganisée après l’intervention internationale contre le régime du colonel Kadhafi en 2011, devient un tremplin de ce flux migratoire. En l’absence d’Etat, les réseaux criminels y organisent un vaste trafic d’êtres humains, qui rapporte selon les chiffres d’Europol et Interpol entre 4 et 5 milliards de dollars par an. Des dizaines de milliers de personnes sont envoyées en mer vers les îles proches des côtes libyennes, à commencer par Lampedusa. Les réfugiés et migrants sont entassés dans des embarcations de fortune, sans vivre, sans eau, à la merci de la moindre vague plus forte que les autres, du soleil, de la déshydratation, des rixes qui éclatent à bord lorsque le désespoir et la peur, après des journées à dériver, tue l’humanité avant les hommes. On meurt noyé quand le bateau coule, on meurt de soif et d’épuisement sur les pneumatiques ou à fond de cale quand les secours n’arrivent pas suffisamment vite. C’est un désastre humanitaire comme l’Europe n’en a pas connu depuis la seconde guerre mondiale.

L'association maltaise MOAS ouvre la voie

Dans un premier temps, l’Italie fait face seule. L’opération Mare Nostrum est déclenchée en octobre 2013 et, en un an, permet de sauver 150.000 personnes. Après de longues tergiversations, l’Europe prend le relais fin 2014 mais les moyens alloués sont clairement sous-dimensionnés. Alors, face à une situation qu’elles jugent inacceptable, les bonnes volontés civiles s’agrègent afin de régir. L’organisation Migrant Offshore Aid Station, créée par un couple de mécènes maltais, Régina et Christopher Catambrone, est l’une des premières initiatives à se mettre en place. MOAS achète le Phoenix, dont l'ancien patron de la marine maltaise prend le commandement. Il est opérationnel à l’été 2014. Des volontaires et des équipes médicales embarquent avec du matériel de sauvetage, du ravitaillement, des embarcations rapides et même un drone aérien prêté par la société autrichienne Schiebel pour repérer les bateaux en détresse. Le navire de 40 mètres, qui se met à la disposition de Mare Nostrum, sauve de nombreuses personnes dès le début de sa première mission.

 

Le Phoenix (© MOAS)

Le Phoenix (© MOAS)

 

Constitution d'une flotte humanitaire

L’expérience de MOAS sera ensuite suivie par d’autres ONG, d’autant que les moyens européens prenant le relais de l’opération italienne sont insuffisants. En mai 2015, l’association française Médecins Sans Frontières affrète le Bourbon Argos. Et la flotte humanitaire grossit peu à peu, avec comme on l’a vu le Iuventa de l’ONG allemande Jugend Rettet, la Britannique Save The Children avec le Vos Hestia, mais aussi d’autres navires, comme le Topaz Responder, déployé au profit de MOAS et de la Croix Rouge italienne. SOS Méditerranée nait pour sa part fin 2015, sous l’impulsion d’un ancien commandant de marine marchande allemand, Klaus Vogel et de la Française Sophie Beau. Celle-ci avait auparavant œuvré pour différentes ONG, comme Médecins du Monde, qui s’associe à l’opération en mettant à disposition des équipes médicales. C’est l’Aquarius, un ancien patrouilleur des pêches allemand de 70 mètres, qui est choisi et équipé pour le sauvetage en Méditerranée. Il appareille de Marseille le 20 février 2016 et réalise sa première opération le 7 mars, portant secours à 70 naufragés, dont 10 femmes et des mineurs.

 

(© SOS MEDITERRANEE)

(© SOS MEDITERRANEE)

 

Des actions financées par les dons

Oeuvrant dans des conditions parfois très difficiles, les ONG, qui apportent un appoint significatif aux moyens étatiques déployés par les pays de l'UE, sont parvenues ces deux dernières années à sauver des dizaines de milliers de vies. Une action aussi essentielle que remarquable pour une mobilisation maritime civile sans précédent dans l’histoire humanitaire. Non seulement par les moyens déployés, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans la durée et nécessite de mobiliser de nombreux volontaires et beaucoup de matériel. Tout cela a évidemment un coût. Il faut par exemple 11.000 euros par jour pour payer le fonctionnement de l’Aquarius. Or, sans le soutien des donateurs, les associations ne peuvent financer leurs opérations. Il y a de grands mécènes, acquis à cette cause, mais aussi, et surtout, le financement participatif auprès du grand public. Ainsi, des milliers de citoyens, révoltés par les drames qui se jouent en Méditerranée, soutiennent l’action des ONG en fonction de leurs moyens. Ce sont ces petites sommes, cumulées aux contributions plus importantes, qui permettent aux sauveteurs de poursuivre leur action.

- Voir le site de SOS Méditerranée

 

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