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Migrants en Méditerranée : L’opération européenne Sophia évolue

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Migrants en Méditerranée : L’opération européenne Sophia évolue

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Extension de la zone d’opération, activité étendue à la lutte contre le trafic d’armes, formation et développement d’un corps de garde-côtes libyens … Lancée en 2015, l’opération Sophia, dédiée à la lutte contre le trafic d’êtres humains en Méditerranée centrale, a été prolongée d’un an, jusqu’au 27 juillet 2017. Cette décision, actée lors d’un Conseil européen le 20 juin dernier, a été assortie d’autres mesures entérinées le 30 août afin de rendre l’opération plus efficace et tenir compte des évolutions constatées autour de la Libye.

150.000 migrants pour un business estimé à 4.5 milliards d’euros

Pour mémoire, comme l’opération Atalante, active depuis 2009 pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie, Sophia entre dans le cadre de la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) de l’Union Européenne. Son Comité, constitué d’ambassadeurs des pays membres de l’UE, lui donne ses directives. Actuellement commandée en mer depuis le porte-aéronefs italien Garibaldi, la force aéromaritime européenne, baptisée EUNAVFOR Med, est dirigée par un état-major international basé à Rome. 

On s’en souvient, Sophia avait été lancée suite à une dramatique série de naufrages au cours desquels des milliers de migrants ont perdu la vie en tentant de gagner l’Europe depuis la Libye. L’élément déclencheur fut la catastrophe du 18 avril 2015, quelques 700 personnes mourant suite au chavirage de leur embarcation.

Face à ces drames et à la pression migratoire aux portes de l’Europe, environ 150.000 candidats à l’exil rejoignant l’an dernier l’Italie et Malte via la Méditerranée centrale, il a été décidé de s’attaquer aux passeurs. Des réseaux criminels qui profitent de la déliquescence des institutions libyennes depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011 pour prospérer. Ainsi, en 2015, le business de la migration irrégulière, à terre et en mer, avec au passage l’exploitation des personnes qui offrent dans certains cas une main d’œuvre proche de l’esclavagisme, a représenté rien qu’en Libye une manne de 4.5 milliards d’euros d’après les chiffres d’Europol.

 

Recueil de migrants par la force européenne (© : EU-NAVFOR)

Recueil de migrants par la force européenne (© : EU-NAVFOR)

 

87 trafiquants interpelés, 288 bateaux coulés et 25.023 personnes sauvées

Après une période dédiée au renseignement, afin de connaître les modes opératoires des réseaux, trois phases d’action ont été planifiées. La phase 2A permet à l’EUNAVFOR Med d’intercepter et interpeler les passeurs dans les eaux internationales, tout en détruisant après recueil des migrants les embarcations afin qu’elles ne resservent pas. La phase 2B prévoit d’étendre cette action dans les eaux libyennes et la phase 3 vise à intervenir contre les trafiquants directement à terre. Une planification coercitive qui ambitionne de priver progressivement les réseaux de toute liberté de manœuvre en mer et jusqu’au littoral.

Lancée le 7 octobre 2015, la phase 2A a déjà produit des résultats intéressants. Ainsi, en date du 1er septembre2016, on comptait depuis le début de l’opération 87 trafiquants présumés interpelés en mer et déférés à la justice italienne. Dans le même temps, 288 embarcations ont été détruites. Pour mémoire, en février dernier, Sophia avait remis aux autorités italiennes 46 passeurs présumés et détruit 70 bateaux servant au transport de migrants. Dans le même temps, en un an, les bâtiments européens ont secouru plus de 25.023 migrants. Contrairement à certaines affirmations, l’opération, même si elle reste pour le moment cantonnée aux eaux internationales, est donc loin d’être inutile. « Sophia a clairement produit un effet sur les réseaux puisque cette présence les obligent à modifier leurs modes d’action pour être moins vulnérables. Quand nous avons lancé la phase 2A, ils ont eu tendance à rester dans les eaux territoriales libyennes, où nous ne pouvons pas intervenir sans accord du gouvernement légitime de la Libye. Le nombre de  passeurs s’aventurant en haute mer a chuté. Toutefois, depuis quelques semaines, on les retrouve de nouveau dans les eaux internationales, où une dizaine ont été pris entre la fin juillet et début août », explique le contre-amiral Gilles Humeau, qui commandait  l’opération Sophia depuis février et auquel a succédé le 30 août le contre-amiral René-Jean Crignola.

Pour l’heure, les raisons de ce retour des passeurs dans des zones où ils peuvent être appréhendés ne sont pas encore clairement établies : « Nous étudions les causes de ce phénomène. Ils ont sans doute des difficultés logistiques et prennent des risques, peut-être au large pour tenter de récupérer des bateaux ».

 

Le contre-amiral Humeau (© : EU-NAVFOR)

Le contre-amiral Humeau (© : EU-NAVFOR)

 

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