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Migrants en Méditerranée : une baisse des arrivées mais beaucoup de questions

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Les chiffres sont pour le moins explicites. Au mois de juillet, traditionnellement un des plus importants en termes de traversées de migrants en Méditerranée, l’Italie a vu le nombre d’arrivées sur son sol divisé par deux par rapport à juillet 2016. Pour mémoire, 85% des migrants ayant rejoint l’Europe par la mer, soit 95.000 personnes depuis le début de l’année, ont transité par les ports italiens. Ceux-ci, Lampedusa notamment, sont les plus proches des côtes libyennes, point de départ majeur des migrants.

Mais depuis le début de l’été, il semblerait que les départs soient moins nombreux et qu’une partie des flux migratoires se réorientent. Ainsi, près de 9000 arrivées de migrants ont été enregistrées en Espagne en provenance du Maroc. Alors que le détroit de Gibraltar était nettement moins utilisé ces dernières années, il semble redevenir un point de passage que certains essaient de franchir par tous les moyens, y compris des embarcations gonflables ou même des jet skis.

 

On ne connaît pas clairement les raisons de ces différents phénomènes. Ce qui est sûr, c’est que le ton a changé en Libye et à Rome. Depuis les dernières élections locales italiennes, mi-juin, le gouvernement italien est sous la pression de nouveaux élus locaux dont les positions sont clairement anti-migrants. Alors que l’Union Européenne est toujours à la peine pour trouver une solution commune, l’Italie, et notamment son très énergique ministre de l’Intérieur Marco Minitti, a décidé de prendre des mesures de son côté.

Pour cela, elle s’est rapproché du gouvernement libyen avec lequel elle a finalisé un accord fin juillet. Le but est clair : renforcer le contrôle de la zone côtière libyenne en s’appuyant sur les garde-côtes récemment formés par des programmes européens. La Libye a annoncé parallèlement l’extension de sa zone SAR (zone dans laquelle un pays a la responsabilité du sauvetage en mer), dans des limites pas encore précisément connues. Une manière claire de signifier sa volonté d’exercer son exclusive souveraineté dans cette zone au cœur des routes migratoires.

Un « code de conduite » pour les ONG

Toujours dans ce cadre, Rome a annoncé à la fois une aide militaire, avec l’envoi vers les côtes libyennes d’un patrouilleur et d’une unité de soutien, et un nouveau cadre juridique s’appliquant notamment aux navires des ONG venant en aide aux migrants. Début août, les huit ONG actives en Méditerranée se sont donc vu présenter par l’administration italienne un « code de conduite » visant à encadrer leurs actions. Ce dernier prévoit notamment l’interdiction d’entrer dans les eaux libyennes, de transférer des naufragés entre les bateaux de secours mais également l’embarquement de policiers armés.

Les ONG, qui pour mémoire sauvent plus de 40% des naufragés en Méditerranée, ont pour certaines vivement réagi à ces nouvelles conditions et le climat, déjà tendu, est rapidement devenu délétère. Un bras de fer a ainsi notamment opposé les autorités italiennes à Médecins Sans Frontières, qui a défendu sa neutralité et la nécessité de conserver une liberté d’action pour pouvoir venir au secours des naufragés. Le 2 août, un bateau de l’ONG allemande Jugend Rettet a été saisi par la justice italienne dans le cadre d’une enquête sur des trafics humains.

Des tensions avec les garde-côtes libyens

En mer, les conditions se sont également brutalement durcies : des incidents, allant jusqu’à des tirs de semonce, auraient opposés différents bateaux de sauvetage aux garde-côtes libyens. Les conséquences ne se sont pas faite attendre : plusieurs ONG ont annoncé mi-août la suspension de leurs activités. Médecins Sans Frontières a désarmé Prudence, la plus grosse unité de sauvetage en méditerranée mais a annoncé poursuivre sa collaboration avec SOS Méditerranée sur l’Aquarius. Save the Children et Sea Eye ont laissé leurs bateaux au port. Ceux qui restent sont dans l’expectative : jusqu’où et comment peuvent-ils poursuivre leurs actions ? La question est encore loin d’être tranchée.

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