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Migrants : Nouvel incident avec les garde-côtes libyens

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Le week-end a encore une fois été tragique en Méditerranée. Et samedi dernier a été, selon les sauveteurs de SOS Mediterranée embarqués sur l'Aquarius « une des pires journées » qu'ils aient connus. Mobilisés par le MRCC de Rome pour venir au secours d'une embarcation gonflable, ils sont arrivés sur zone pour trouver près d'une centaine de naufragés en très grande détresse. 

Sept personnes, inconscientes à leur arrivée à bord (une femme, trois bébés et trois jeunes enfants) ont été réanimées avec succès. En revanche les efforts de l’équipe médicale ont été vains pour deux autres femmes qui n’ont pas survécu, laissant deux enfants orphelins, dont un bébé de quelques mois qui se trouve à bord de l’Aquarius et un enfant de 4 ans, qui a été évacué par un hélicoptère de la marine Italienne vers Sfax en Tunisie avec neuf autres patients. Les autres rescapés de ce naufrage sont arrivés à bord en état de choc, désorientés par les inhalations de fioul, certains en hypothermie, d’autres présentant des brûlures dues aux fuites de carburant.

Les gardes-côtes libyens et le « on scene commandment »

Un peu plus tôt dans la journée, l'équipage de l'Aquarius a vécu un autre épisode tragique. Appelé par le MRCC Rome, ils se sont mis à la recherche d'une embarcation en détresse dans les eaux internationales à l'ouest de Tripoli. Alors qu'ils avaient repéré les naufragés, à environ 15 milles des côtes libyennes, l'Aquarius a vu arriver les garde-côtes libyens qui ont aussitôt intercepté l'embarcation. « Nous venions de repérer le canot avec une centaine de personnes à bord. Le phare de l’Aquarius a été allumé et pointé vers l’embarcation. Nous pouvions voir les visages apeurés des personnes et nous les entendions hurler et appeler à l’aide, nos équipes étaient prêtes à intervenir pour sauver ces hommes, femmes et enfants en détresse, mais les garde-côtes libyens nous ont ordonné brutalement de quitter la zone et ont refusé catégoriquement toute offre d’assistance de notre bateau humanitaire » raconte Klaus Merkle, le coordinateur des secours de SOS Méditerranée. 

Informé par le MRCC de Rome que les garde-côtes libyens assumaient le commandement sur place (« on scene commandment ») de cette opération, l’Aquarius a aussi été prié de se conformer à leurs instructions. Après avoir été sommé de quitter la scène, l’Aquarius a été informé via radio par le bateau des garde-côtes libyens que ces derniers avaient intercepté deux bateaux pneumatiques, ils se sont toutefois abstenus de préciser où seraient conduites les personnes qui se trouvaient à bord des canots en détresse. 

Le problème de la limite de la zone SAR

Pour mémoire, l'été dernier la Libye avait étendu unilatéralement sa zone SAR, dans laquelle elle est responsable du sauvetage. Cette décision, illégale, avait été dénoncée par l'Organisation Maritime Internationale. Tripoli avait annoncé en décembre renoncer à ses prétentions. Il semblerait néanmoins, comme en témoigne ce nouvel incident, que les garde-côtes continuent à intervenir en dehors des limites des eaux territoriales. « Le droit maritime international prévoit que les personnes secourues dans les eaux internationales soient accompagnées dans un port sûr. Or ce lieu sûr ne peut pas être la Libye, en proie au chaos et privée de structures étatiques dignes de ce nom, où les droits fondamentaux des personnes  sont quotidiennement bafoués, et particulièrement ceux des migrants et réfugiés, qui y sont victimes des pires atrocités », rappelle Sophie Beau, vice-présidente de SOS Méditerranée International.

 

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