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Minerve : le témoignage de Gaby, 94 ans, mère de l'un des sous-mariniers disparus

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Minerve : le témoignage de Gaby, 94 ans, mère de l'un des sous-mariniers disparus

Son fils, Bernard, faisait partie des 52 marins qui ont péri à bord du sous-marin La Minerve. Plus d’un demi-siècle après le drame, Gaby Héliès, de Saint-Renan (29), aujourd’hui âgée de 94 ans, fait partie des dernières mamans encore en vie. Elle reste inconsolable.

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L’appel d’Hervé Fauve, le fils du commandant de La Minerve, ce lundi matin, lui annonçant que l’épave du sous-marin avait enfin été repérée, a « chamboulé » Gaby. « D’un côté, nous espérions qu’il la localise, donc nous sommes contentes. Mais cela ravive tellement de souvenirs douloureux que c’est très difficile à vivre », explique sa fille, Josiane, la seule qu’il reste à Gaby depuis ce sombre samedi soir de 1968 où le sous-marin a coulé au large de Toulon, avec, à son bord, 52 marins, dont son fils Bernard, âgé de 20 ans.

« Ils m’ont simplement dit que le sous-marin aurait du retard »

Gaby se souvient parfaitement de ce dimanche matin où on est venu lui annoncer la triste nouvelle. « Je revenais de la messe, et je pressais un peu le pas, car je voulais être sûre d’être là pour l’accueillir à son retour qui était prévu le même week-end. Mais quand je suis arrivée dans le couloir, deux jeunes marins m’attendaient. Ils m’ont simplement dit que le sous-marin allait avoir du retard. J’ai répondu : un sous-marin en retard, c’est plutôt rare. J’avais déjà compris qu’il ne reviendrait pas ».

Une intuition malheureusement confirmée dans le courant de l’après-midi, par le maire de Solliès-Pont, où elle habitait, sur les hauteurs de Toulon, venu lui annoncer la nouvelle avec l’un de ses adjoints et une autorité de la Marine. Un choc terrible pour cette maman alors âgée de 43 ans et déjà endeuillée, six mois plus tôt, par le décès de son époux, suite à une longue maladie. « Mais je peux vous dire : c’est moins difficile de voir son mari partir, quand on le sait malade, que d’apprendre subitement que l’on ne verra plus jamais son fils, qui avait toute la vie devant lui ».

 

Le quartier-maître Bernard Héliès avait embarqué sur La Minerve pour sa première mission. (Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)
Le quartier-maître Bernard Héliès avait embarqué sur La Minerve pour sa première mission. (Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)

Surtout pas sous-marinier

Originaire de Lanrivoaré, au nord de Brest, Hervé, l’époux de Gaby, était devenu second-maître à la direction du port militaire de Toulon, en 1958. Il avait transmis le goût de l’uniforme à son fils. « Mais sous-marinier, ça non, jamais », assure la maman. « On a même essayé de l’en dissuader, car quand Bernard était jeune, nous avions une voisine qui avait déjà perdu un proche à bord d’un sous-marin disparu. Cela nous avait marqués. Mais on n’a rien pu faire, car il s’était laissé convaincre par un copain sous-marinier, qui l’a poussé dans cette voie ».

 

Gaby a conservé dans une chemise toutes les coupures de presse de l’époque évoquant le drame. (Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)

À l’âge de 15 ans, Bernard entre alors au centre d’instruction navale de Saint-Mandrier, et devient mécanicien. L’exercice fatal à bord de La Minerve était le premier embarquement du jeune quartier-maître. Quinze jours plus tard, il devait rentrer en permission en Bretagne, chez ses oncles et ses tantes, avant de rejoindre l’équipage du sous-marin l’Eurydice… qui coulera deux ans plus tard au large de Saint-Tropez.

« Au début, on s’est dit que l’on voulait nous cacher quelque chose »

L’an dernier, cinquante ans après les faits, une cérémonie s’est tenue à la pointe Saint-Mathieu (à Plougonvelin, à l’ouest de Brest), pour célébrer la mémoire des 52 marins disparus. Gaby se souvient que c’est seulement ce jour-là qu’elle a définitivement évacué l’idée que son fils puisse réapparaître un jour. Pour autant, l’absence d’explication sur les raisons de l’accident reste une vraie douleur.

 

« Il n’y a pas un jour qui passe sans que je repense à tout ça. »

« Au début, on s’est dit que l’on voulait nous cacher quelque chose. Aujourd’hui, avec cette découverte, on reprend espoir qu’un jour, on puisse enfin connaître la vérité », positive Josiane. « Il n’y a pas un jour qui passe sans que je repense à tout ça », ressasse Gaby, en balayant d’un regard triste les quelques photos de son fils, étalées sur la table. Cette maman espère être encore suffisamment vaillante pour faire le voyage jusqu’à Toulon, en septembre prochain, pour assister à la cérémonie prévue en l’honneur de son fils et des 51 autres marins disparus.

 

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Un article de la rédaction du Télégramme

 

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