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Mise en service du second Scorpène indien

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Mise en service du second Scorpène indien

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Livré la semaine dernière, le sous-marin Khanderi a été officiellement mis en service samedi 28 septembre lors d’une cérémonie dans la base navale de Mumbai. Il s’agit du second des six Scorpène indiens commandés en décembre 2005 à la France dans le cadre du programme P75. Des bâtiments réalisés en transfert de technologie par le chantier Mazagon Dock Limited (MDL) de Mumbai avec l’aide de Naval Group, concepteur de ces sous-marins.

 

Le Kandheri (© NAVAL GROUP)

Le Kandheri (© NAVAL GROUP)

Le Kandheri (© NAVAL GROUP)

Le Kandheri (© NAVAL GROUP)

Cérémonie de mise en service du Kandheri (© NAVAL GROUP)

Cérémonie de mise en service du Kandheri (© NAVAL GROUP)

 

Tête de série du programme, le Kalvari est en service depuis décembre 2017. Avec lui, MDL, qui n’avait pas construit de sous-marin depuis des années, a pu se réapproprier avec l’assistance technique française cette capacité et les savoir-faire comme les compétences qui vont avec. Et pas uniquement au niveau du chantier constructeur. « Même si la stratégie Make in India, qui vise à disposer pour les contrats signés avec des groupes étrangers d’une part locale importante en matière de design, de construction et de maintenance, n’était pas encore entrée en vigueur quand ce projet a vu le jour, Naval Group avait déjà mis en place un important programme d’indigénisation. Nous avons à ce titre, avec MDL, développé et qualifié tout un réseau de sous-traitants indiens qui travaillent avec le chantier à la construction des Scorpène », explique Stéphane Obled, directeur du programme P75 chez Naval Group.

L’industriel français a quant à lui été largement mobilisé, non seulement pour la conception des Scorpène indiens et l’assistance à MDL, mais aussi pour la livraison de certains équipements critiques, comme ceux liés au système de combat, des éléments de coque spécifiques, des sections d’échappements, les propulseurs… Des systèmes réalisés par les sites hexagonaux du groupe et livrés à Mumbai, les derniers étant arrivés en début d’année. Au plus fort du programme, 300 personnels de Naval Group étaient mobilisés. Ils sont aujourd’hui environ 80, dont une vingtaine à Mumbai pour assurer le suivi du chantier et épauler sur place MDL, qui emploie 9000 personnes dans ses sites de Mumbai, dont 2000 à 3000 sur celui dédié à la production de sous-marins. Un constructeur qui est ici maître d’œuvre du programme, Naval Group agissant en qualité de sous-traitant. « C’est bien MDL qui pilote le chantier et la livraison du second sous-marin illustre le succès de la coopération avec Naval Group comme la réussite d’un transfert de technologie qui a permis à MDL d’acquérir progressivement son autonomie et de maîtriser désormais parfaitement la construction de sous-marins ».

 

Le Kalvari chez MDL peu avant sa mise à l'eau en 2015 (© NAVAL GROUP)

Le Kalvari chez MDL peu avant sa mise à l'eau en 2015 (© NAVAL GROUP)

Le Kalvari  chez MDL peu avant sa mise à l'eau en 2015 (© NAVAL GROUP)

Le Kalvari  chez MDL peu avant sa mise à l'eau en 2015 (© NAVAL GROUP)

 

Alors que les têtes de classes sont généralement les plus complexes à produire, la réalisation des unités suivantes est un autre challenge car elle démontre la capacité à industrialiser les process mis en place avec le prototype pour parvenir à une production en série. Un défi relevé avec le Khanderi, mis à l’eau en janvier 2017. Et si le bâtiment, qui a réalisé ses derniers essais en mer en mai et début septembre, a été livré à la marine indiennes avec un peu de retard, le 19 septembre, ce n’est pas en raison de problèmes techniques mais essentiellement à cause du climat dans la région. « Ici, il faut tenir compte de la mousson, qui se déroule généralement de juin à septembre, elle génère des conditions difficiles pour naviguer et défavorables pour les essais d’acceptation. C’est pourquoi le Khanderi n’a pas navigué entre mai et septembre, expliquant une bonne partie du retard de livraison ». Pour le reste, Stéphane Obled l’assure, « nous n’avons rencontré rien de plus que les habituelles mises au point sur un bateau neuf. Le Khanderi a validé l’ensemble des performances exigées, notamment en matière de discrétion acoustique, la marine indienne nous ayant fait passer le message qu’elle était satisfaite en la matière. C’est une grande fierté car c’est une marine très exigeante, qui dispose de solides compétences et a voulu, pour ce premier bâtiment de série, des essais exhaustifs et un niveau de finition maximal avant la livraison ». Mission accomplie puisqu’il ne s’écoulera que neuf jours entre la livraison, le 19 septembre, et la cérémonie de mise en service qui se déroulera demain.

Pour la suite, puisque les process sont maintenant bien maîtrisés, la cadence devrait s’accélérer. Le troisième Scorpène indien, le Karanj, a été mis à l’eau en janvier 2018 et a réalisé sa première plongée en eaux libres en janvier dernier. Sa livraison est prévue en 2020. L’objectif est aujourd’hui de livrer un bâtiment tous les 12 mois, et même si possible tous les 9 mois. Mis à l’eau en mai dernier, le quatrième de la série, le Vela, doit ainsi débuter ses essais en mer à la fin de cette année et rejoindre la flotte indienne d’ici 2021. Viendra ensuite le Vagir, qui sera mis à l’eau au premier semestre 2020 en vue d’une livraison en 2022 puis le Vagsheer, donc les sections sont en phase finale d’équipement chez MDL en vue d’une jonction au premier semestre 2020, d’une mise à l’eau en 2021 et d’une mise en service en 2023.

 

Le Vela juste avant sa mise à l'eau en mai dernier (© INDIAN NAVY)

Le Vela juste avant sa mise à l'eau en mai dernier (© INDIAN NAVY)

 

Fort du succès de ce programme, Naval Group se positionne maintenant sur le prochain projet de sous-marins indiens, connu sous le nom de P75I et qui fait l’objet d’une nouvelle compétition internationale. Six nouveaux bâtiments doivent être réalisés avec un transfert de technologie encore plus poussé. Ce à quoi travaille l’industriel français et ses partenaires, au premier rang desquels on trouve Thales (pour les sonars notamment) et Safran (centrales inertielles, mâts optroniques), sachant que ce dernier a décidé d’implanter un atelier de maintenance en Inde et que certains équipementiers français ont déjà avec P75 développé une production locale, à l’image de Schneider Electric qui fabrique en Inde des coffrets électriques.

En attendant, Naval Group a encore du pain sur la planche avec la fin du programme actuel et, maintenant, les enjeux liés au maintien en condition opérationnelle des Scorpène indiens. Bientôt deux ans après sa mise en service, la tête de série du programme, le Kalvari, va en effet débuter son premier arrêt technique d’importance avec un passage de plusieurs mois en cale sèche. Les travaux seront réalisés par l’arsenal de Mumbai avec l’aide de Naval Group. L’industriel français discute d’ailleurs avec la marine indienne d’un contrat d’assistance et de soutien pour les six Scorpène de sa flotte une fois ceux-ci en service.

Longs de 67 mètres et présentant un déplacement de plus de 1550 tonnes en surface, les P75 sont armés par une trentaine de marins. Dotés d’une propulsion conventionnelle, avec deux moteurs diesels MAN et un moteur électrique Jeumont-Schneider, ils sont équipés d’une suite sonar S-Cube de Thales et disposent de six tubes de 533mm. Ils peuvent embarquer 18 armes, dont des missiles antinavire Exocet SM39 (le premier tir avec ce dernier a été réalisé en mars 2017 par le Kalvari). Côté torpilles lourdes, l’Inde a prévu de se doter de nouvelles armes. Un RFP (request for proposal) a été émis en ce sens cet été, Naval Group étant en lice avec sa nouvelle F21, qui va équiper les sous-marins français et les Scorpène brésiliens. En attendant, les P75 peuvent mettre en œuvre les torpilles allemandes SUT 266 Legacy (Atlas Elektronik) dont dispose déjà la flotte sous-marine indienne.

 

Le Kalvari (© INDIAN NAVY)

Le Kalvari (© INDIAN NAVY)

Naval Group (ex-DCNS) Marine indienne