Marine Marchande
Mise à l’eau du premier souteur GNL de Total
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Mise à l’eau du premier souteur GNL de Total

Marine Marchande
Vie Portuaire

Alors que Total devrait bientôt désigner le lauréat d’un appel d’offres pour la construction d’un avitailleur en gaz naturel liquéfié destiné au port de Marseille-Fos, son premier navire de ce type vient d’être mis à l’eau en Chine. Il a été construit par Hudong-Zhonghua à Shanghai, tout près des nouveaux porte-conteneurs géants à propulsion GNL de l’armateur français CMA CGM, dont le premier exemplaire, le Jacques Saadé, a été mis à l’eau le 25 septembre (voir notre article détaillé sur ce navire). 

Long de 135 mètres et offrant une capacité de 18.600 m3 de GNL, avec une cuve à membranes du type Mk III conçue par la société française GTT, le premier souteur de Total sera basé à Rotterdam, aux Pays-Bas, où il assurera notamment le ravitaillement du Jacques Saadé et de ses huit sisterships, qui seront mis en service entre 2020 et 2021. Des mastodontes de 399.9 mètres de long pour 61.4 mètres de large capables de transporter jusqu’à 23.112 EVP (équivalent vingt pieds, taille standard du conteneur). Ces porte-conteneurs sont équipés d’une cuve GTT de la même capacité que leur futur souteur, soit 18.600 m3. Le gaz y sera stocké sous forme liquide à très basse température (- 161°C) ce qui lui permettra d’être 600 fois moins volumineux qu’à l’état gazeux. La cuve des navires a été dimensionnée pour leur permettre de fonctionner au gaz pendant 80 jours. Cela représente une rotation complète (aller-retour) entre l’Asie et l’Europe du nord. Ils consommeront pour cela environ 17.000 m3 de GNL, la différence par rapport à la capacité totale de 18.600 m3 correspondant au talon de gaz liquéfié laissé dans la cuve pour lui permettre de rester en froid. Il en sera de même pour le souteur de Total, qui bien évidemment cherche d’autres clients pour ce bateau, qui ne pourra pas se contenter d’un plein tous les deux mois et demi pour chacun des neufs porte-conteneurs de CMA CGM. Il faudra donc trouver d’autres navires de commerce à avitailler en gaz liquéfié, ce qui ne va toutefois pas manquer en Europe du nord.

Avec son premier client, crucial pour le lancement du service, Total a signé un contrat de 10 ans pour la livraison annuelle de 300.000 tonnes de GNL. Quant au souteur, il fait dans le cadre de cette fourniture de service l’objet d’un affrètement long terme entre Total et l’armement japonais Mitsui O.S.K Lines (MOL), conclu en février 2018. « Le développement d’infrastructures comme cet avitailleur géant est essentiel pour permettre l’essor du GNL comme nouveau carburant marin. Ce premier navire démontre notre engagement à proposer à nos clients à la fois des carburants plus respectueux de l’environnement, mais également la logistique qui y est associée », déclare Momar Nguer, président de la branche Marketing & Services de Total.

Le groupe français, devenu après l’absorption des activités amont d’Engie (dont Gazocean) le deuxième plus grand acteur privé de GNL au monde, avec un portefeuille global de près de 40 millions de tonnes par an à l’horizon 2020 et une part de marché mondiale de l’ordre de 10 %, ne compte évidemment pas en rester là. Total, qui a vendu 22 millions de tonnes de GNL en 2018, s’appuie sur de solides positions sur toute la chaine de valeur de ce marché, avec notamment des participations dans des usines de liquéfaction au Qatar, au Nigeria, en Russie, en Norvège, à Oman, en Égypte, aux Émirats Arabes Unis, aux États-Unis, en Australie ou encore en Angola.

Alors que le durcissement de la règlementation sur les émissions polluantes pousse le gaz comme carburant marin, Total prévoit de développer ses activités d’avitaillement en GNL dans plusieurs ports. En plus de Rotterdam, il a par exemple conclu en juin 2018 un accord avec Pavilion Energy en vue de développer conjointement une chaîne logistique d’avitaillement en GNL dans le port de Singapour. Cet accord porte comme aux Pays-Bas sur l’affrètement long terme d’un soutenur prévu lui aussi pour être mis en service par Pavilion Gas à partir de 2020.

D’autres ports sont dans le viseur de Total, notamment Marseille-Fos, où le groupe compte aussi positionner un navire d’avitaillement en GNL. Un appel d’offres a été lancé en ce sens, les chantiers chinois étant bien évidemment sur les rangs. L’objectif serait de mettre en place ce service à partir de 2021. Plusieurs marchés sont visés, notamment la croisière avec un nombre de plus en plus important de paquebots GNL en service. Le port phocéen sera pour la première dois en tête de ligne d’un navire de ce type avec le Costa Smeralda, qui viendra toutes les semaines à partir du mois de décembre. Un second pourrait suivre en 2021 et, même si le groupe Carnival (dont Costa est une filiale) a pour le moment choisi d’avitailler ses navires fonctionnant au gaz à Barcelone via un accord avec Shell, il pourrait à l’avenir se tourner vers d’autres fournisseurs. Y compris par exemple pour des arrêts techniques réalisés à Marseille, dont il est actionnaire du chantier de réparation navale CNdM. MSC Cruises positionnera aussi dans le port grand port français de la Méditerranée son premier paquebot GNL, qui sortira des chantiers de Saint-Nazaire en 2022. Le développement des ferries au gaz peut aussi constituer une opportunité, même si le volume d’un avitaillement pour de tels bateaux est plus faible. Et puis il y a évidemment les navires de commerce, qui prennent eux aussi le virage du GNL. Les nouveaux géants de 23.000 EVP de CMA CGM en sont un bon exemple, mais ils ne sont pas pour le moment exploités sur des lignes desservant Marseille-Fos. Ce pourrait néanmoins être le cas des unités de 15.000 EVP commandées cette année par l’armateur français et qui sortiront des chantiers chinois en 2021 et 2022. Et le potentiel s’étend bien sûr à bien d’autres compagnies.  

 

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