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Missiles antinavire : Vers un retour des batteries côtières ?

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Missiles antinavire : Vers un retour des batteries côtières ?

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MBDA a dévoilé à l’occasion du salon Euronaval sa dernière génération de batteries côtières équipées de missiles antinavire Exocet MM40 Block3 et Marte ER. Des équipements qui ont été commandés cette année par le Qatar. Cela faisait plus de 20 ans que le missilier européen n’avait pas signé un tel contrat, l’emploi de missiles antinavire depuis le littoral ayant été plus ou moins abandonné à la fin de la guerre froide au profit d’armes embarquées sur des bâtiments de combat.

Un marché qui pourrait bien croître

Mais le contrat qatari est, peut-être, le signe d’une évolution, la démultiplication des tensions entre pays riverains dans certaines régions poussant les armées locales à s’équiper à nouveaux en moyens lourds. Alors que le spectre de conflits de haute intensité refait surface, le marché des batteries côtières pourrait être amené à se développer. « On commence à observer une demande à travers le monde, par exemple au Moyen-Orient, comme on l’a vu avec le Qatar, où encore en Asie », explique-t-on chez MBDA. L’Asie où l’expansionnisme de Pékin en mer de Chine inquiète la communauté internationale et surtout, évidemment, les pays riverains. Ces derniers, qui ne peuvent rivaliser militairement avec les énormes moyens de l’armée chinoise, cherchent des parades.  Or, à l’instar des mines, les batteries côtières de missiles antinavire peuvent constituer une réponde du « faible au fort ». Car elles présentent, dans une certaine mesure, une capacité dissuasive face à une force maritime d’intervention ou d’invasion d’un adversaire plus puissant. Surtout si l’agresseur intervient loin de ses bases et n’a pas l’assurance de la maîtrise de l’espace aérien. Les batteries mobiles, qui peuvent être camouflées, constituent dans le même temps une vraie menace et une capacité d’interdiction de navigation dans des passages resserrés et détroits.

 

Exocet MM40 Block3 tiré depuis une FREMM (© MBDA)

Exocet MM40 Block3 tiré depuis une FREMM (© MBDA)

Exocet et Marte : des solutions complémentaires

Pour répondre aux demandes d’équipements en batteries côtières, MBDA propose deux types de missiles. Le premier est moyen lourd à longue portée, l’Exocet, qui peut neutraliser des cibles de premier rang jusqu’à 200 kilomètres, le relais transhorizon pouvant être assuré par un aéronef piloté ou un drone, apte à assurer un suivi de guidage, même si MM40 comme le Marte sont du type « fire and forget ». L’emploi d’un moyen aérien permet, aussi, de reconnaitre un objectif potentiel afin d’assurer une levée de doute ou engager le tir avant que la menace soit à portée des moyens de détection littoraux. A côté du MM40 Block3 français, le Marte a également été décliné dans cette version de batteries côtières, en particulier la nouvelle version du missile antinavire italien, le Marte Extended Range (ER) offrant une portée de 100 km. Les deux missiles, respectivement de 700 et 300 kilos pour 6 et 3.6 mètres, offrent une réponse complémentaires, le Marte étant par exemple très adapté à la défense contre des attaques saturantes de petits bateaux alors que l’Exocet offre une couverture plus grande et donc la capacité de protéger un long trait de côte avec un nombre plus réduit de systèmes. La capacité de tir sur une position géo-localisée du Block3 permet, en outre, de frapper des cibles côtières, par exemple en cas de débarquement. Dans les deux cas, les missiles sont identiques à ceux embarqués sur des bâtiments de surface ou pour le Marte en version aéroportée, ce qui permet au pays qui en disposent de mutualiser ses stocks. « Les batteries peuvent être déployées et mises en œuvre de manière autonome être intégrées au système de surveillance maritime et côtière en service. On se plug très simplement sur le système de communication du client et l’on peut aussi intégrer une liaison satellite », explique Andrea Comite, directeur commercial des systèmes de défense côtière de MBDA.

 

Missile Marte ER dans sa version aéroportée (© MBDA)

Missile Marte ER dans sa version aéroportée (© MBDA)

Des modules de quatre missiles

Les batteries sont, suivant les besoins, proposées avec l’un ou l’autre des missiles, ou sous forme de solution mixte associant Exocet et Marte, à l’image des systèmes commandés par le Qatar. Les missiles sont transportées par des camions sous forme conteneurisée, avec à chaque fois 4 missiles prêts à l’emploi, y compris pour le Marte. « Il est plus léger que l’Exocet mais on ne propose pas plus de 4 missiles de ce type par unité pour des questions de poids et d’encombrement. Il est conçu pour être logé dans un conteneur de 20 pieds avec un gabarit permettant de circuler sans problème sous les ponts, via les réseaux routiers et ferroviaires ».

Unités mobiles pour le contrôle et les senseurs

Les systèmes sont généralement vendus avec au moins quatre lanceurs afin de répartir ces derniers le long de la côte. L’ensemble est géré par une unité de commande et de contrôle (C2) elle-aussi mobile, alors qu’un autre camion est chargé de mettre en œuvre les senseurs, radar et système optronique. « L’avantage de ces systèmes mobiles est leur souplesse d’emploi. Ils peuvent être répartis le plus stratégiquement en fonction de la configuration de la côte et changer de position rapidement afin d’éviter les tirs de contre-batterie. De plus, avec une seule unité C2, on peut manager plusieurs lanceurs et, ainsi, couvrir une vaste zone ». Et pour les armées qui souhaitent offrir à ces batteries une protection aérienne intégrée, il est possible de leur adjoindre un système mobile surface-air avec missiles Aster ou VL Mica.  

 

 

Demain, l’ANL/Sea Venom ?

Enfin, chez MBDA, on imagine déjà de pouvoir proposer à l’avenir en version batteries côtières le futur missile antinavire léger franco-britannique ANL/Sea Venom.

Comme MBDA, d’autres industriels se positionnent sur ce marché, comme les Russes, les Chinois ainsi que certains Européens, à l’image du Norvégien Kongsberg qui a vendu à la Pologne des batteries équipées de son NSM, ou encore le Suédois qui propose le RBS-15 Mk III monté sur camion.

Prolifération des missiles chinois

En dehors des Etats constitués, l’emploi de missiles antinavire depuis le littoral risque en tous cas de s’intensifier dans les prochaines années puisque l’on constate que des armées «irrégulières», voire des groupes terroristes, parviennent à se procurer ce type d’armes. Alors qu’en 2006 la corvette israélienne Hanit a été gravement endommagée par un missile (probablement du type C701 chinois) tiré depuis la côte libanaise par le Hezbollah, le mois d’octobre de cette année a été marqué par plusieurs attaques lancées depuis le Yémen. Le navire de transport rapide émirati HSV Swift a, ainsi, été lourdement touché et le destroyer américain USS Mason a été ciblé à deux reprises à quelques jours d’intervalle. Le type de missile employé par les rebelles yéménites n’a pas été officiellement annoncé mais il s’agirait, selon certaines sources, de C802 chinois, peut-être acquis via l’Iran, qui soutient les Houtis.

 

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