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Missiles de croisière navals : Une capacité qui fait défaut à la France

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Qu’il y ait ou non des frappes occidentales en Syrie,  cette crise démontre une fois de plus l’intérêt pour la France de disposer rapidement de missiles de croisière à longue portée, lancés depuis des bâtiments de surface et des sous-marins. Car, sans cet outil très précieux, l’armée tricolore voit ses capacités d’action limitées dans certaines circonstances. L’avantage du missile de croisière est, en effet, de pouvoir neutraliser depuis la mer, à distance de sécurité de la zone à risque, des cibles stratégiques, y compris durcies (bunkers), situées loin dans les terres. Des frappes en profondeur qui peuvent donc être menées sans engager l’aviation et mettre en danger les appareils et pilotes.

 

 

Tomahawk tiré par le SNA britannique Astute (© BAE SYSTEMS)

Tomahawk tiré par le SNA britannique Astute (© BAE SYSTEMS)

 

 

La référence Tomahawk

 

 

Développé dans les années 70 et mis en service en 1982, puis progressivement modernisé, le Tomahawk américain a, depuis longtemps, fait la preuve de son utilité et de son efficacité. De la première guerre du Golfe, en 1991, à l’intervention en Libye en 2011, en passant par l’ex-Yougoslavie, le Soudan, l’Afghanistan et la guerre d’Irak, l’US Navy  a tiré plusieurs centaines de ces missiles contre des objectifs militaires ou des cibles terroristes. Le dernier modèle de Tomahawk (RGM-109 ou Block IV), mis en service en 2004, affiche une portée pouvant aller jusqu'à 2400 km. Long de 6.25 mètres pour une masse de 1360 kilos, dont 450 kilos environ de charge militaire, le missile, développé par Raytheon, est doté d’une centrale inertielle et vole à basse altitude avec une trajectoire établie selon la cartographie du terrain et les coordonnées GPS. Pouvant être recalé en vol, il dispose d’une caméra infrarouge et d’un guidage terminal laser afin de vérifier en phase finale la position exacte de sa cible.

 

 

 

Tir de Tomahawk par un destroyer américain au large de la Libye, en mars 2011 (© US NAVY)

Tir de Tomahawk par un destroyer américain au large de la Libye, en mars 2011 (© US NAVY)

 

 

Grâce au Tomahawk, mis en œuvre par les croiseurs du type Ticonderoga, les destroyers du type Arleigh Burke, les sous-marins nucléaires d’attaque des types Los Angeles et Virginia, ainsi que les sous-marins nucléaires lance-missiles de croisière du type Ohio, les Américains peuvent agir de différentes manières. Soit positionner en secret, via les sous-marins, une force de frappe à proximité d’une zone de crise, soit faire peser une menace diffuse, par les mêmes sous-marins, dont on laisse supposer la présence à l’adversaire. Ou bien faire ouvertement pression sur un pays en déployant des bâtiments de surface. Le missile de croisière sert alors d’outil de dissuasion, très peu de pays ayant la capacité de réagir face à une attaque de Tomahawk. En cas d’intervention, le missile de croisière permet, ensuite, de graduer la réaction, allant de quelques frappes préventives et limitées à un raid massif destiné à détruire les moyens de commandement et de communication,  les aéroports, les dépôts de munitions et de carburant, les batteries fixes (notamment sol-air), les casernes…  Le tout, encore une fois, sans engager l’aviation qui, finalement, constitue dans la logique américaine un niveau supérieur d’intervention. Les deux outils sont en fait complémentaires, d’autant qu’en cas de conflit de haute intensité, qui nécessite l’emploi d’avions (capables notamment de détruire des cibles terrestres mobiles ou d’opportunité et d’assurer la supériorité aérienne), les missiles de croisière sont au préalable engagés afin de neutraliser les moyens de détection et la défense antiaérienne adverse.

 

 

Rafale de l'armée del'Air française emportant deux Scalp EG (© SIRPA AIR)

Rafale de l'armée del'Air française emportant deux Scalp EG (© SIRPA AIR)

 

 

Le Scalp européen

 

 

En Europe, seul le Royaume-Uni dispose pour le moment de cette arme, mais uniquement dans sa version lancée depuis sous-marin. Les Britanniques, qui mettent en œuvre le Tomahawk sur leurs SNA du type Trafalgar et bientôt sur les nouveaux SNA du type Astute, l’ont utilisé en Irak et en Libye notamment. Mais leurs capacités sont limitées, chaque bâtiment n’embarquant qu’une dizaine de missiles. Contrairement aux Américains, qui n’exploitent pas le missile de croisière avec l’aviation, les Britanniques, comme les Français, mettent en œuvre ce type d’équipement. Il s’agit du Scalp EG/Storm Shadow de MBDA. Entré en service en 2002, ce missile de 5.1 mètres de long et d’une masse de 1300 kg (dont 400 de charge militaire) équipe les Rafale de l’armée de l’Air (2 missiles) et de la marine (1 missile) françaises, ainsi que les Tornado de la Royal Air Force (2 missiles). Sa portée serait bien plus importante que les 250 kilomètres officiellement annoncés. Face à la défense aérienne ennemie, les avions peuvent donc tirer à distance de sécurité leurs missiles vers des cibles stratégiques. Toutefois, cette capacité aéroportée ne compense que très partiellement sa cousine navale. L’emploi de l’avion nécessite en effet une logistique très lourde, ainsi que la possibilité, pour les attaques sur des théâtres d’opération éloignés, des autorisations de franchir des espaces aériens étrangers séparant la base des avions de la zone de tir.

 

 

Rafale Marine doté d'un Scalp EG catapulté du Charles de Gaulle  (© MBDA)

Rafale Marine doté d'un Scalp EG catapulté du Charles de Gaulle  (© MBDA)

 

 

La marine, en profitant de la liberté de naviguer dans les eaux internationales, n’a pas ce problème et, la plupart des pays ayant une frontière maritime, le missile de croisière naval peut être employé dans la majorité des cas, sans avoir besoin de demander une autorisation à qui que ce soit. Ainsi, pour prendre l’exemple de la Syrie, si une frappe punitive est déclenchée par les occidentaux, l’action sera plus complexe pour la France. Alors que les Américains pourront compter sur leurs moyens navals (destroyers et sous-marins sur zone) pour mettre en œuvre des Tomahawk, l’armée française sera obligée de mener un raid aérien à longue portée, ou bien de déployer sur zone le porte-avions Charles de Gaulle. Cela, pour un rapport coût/efficacité bien moindre.

 

 

MdCN tiré d'une FREMM (© MBDA)

MdCN tiré d'une FREMM (© MBDA)

 

 

Le MdCN qualifié en 2014

 

 

La situation va, néanmoins, prochainement évoluer puisqu’enfin, la Marine nationale va disposer de son premier missile de croisière naval (MdCN). Dérivée du Scalp EG, d’où son appellation initiale de Scalp Naval, cette arme sera qualifiée en 2014 pour une mise en œuvre sur les nouvelles frégates multi-missions (FREMM) et à partir de 2017 sur les futurs SNA du type Barracuda. Avec une portée supérieure à 1000 kilomètres et une technologie des plus modernes, le MdCN offrira enfin au chef de l’Etat cet outil très précieux dans la gestion de crise. Le dernier Livre Blanc sur la défense, ainsi que le projet de loi de programmation militaire qui en découle, confirment que ce programme sera mené à son terme. Néanmoins, les textes ne sont pas très clairs quant au nombre de missiles produits. Quelques 200 MdCN ont pour le moment été commandés à MBDA (150 pour les FREMM et 50 pour les Barracuda), afin de s’ajouter aux Scalp EG de l’aviation (qui disposerait d’un stock global d’environ 500 armes). Or, le Livre Blanc et le projet de LPM laissent planer une ambigüité, évoquant 250 missiles de croisière livrés entre 2014 et 2019, soit 150 MdCN et 100 Scalp EG rénovés. Avec une interrogation quant au fait qu'il pourrait finalement s'agir du format final. Un stock qui, bien que loin d’être négligeable, paraitrait relativement  faible au regard de la situation actuelle et du nombre de missiles pouvant être tirés lors d’une opération majeure. A titre indicatif, rien qu’en Libye, qui n’était pourtant pas un conflit de haute intensité, Américains et Britanniques ont tiré 110 missiles de croisière permettant notamment de détruire 20 radars et installations antiaériennes des forces pro-Kadhafi. L’examen du projet de LPM par le parlement, cet automne, devra notamment éclaircir ce point. 

 

 

La FREMM Aquitaine (© MICHEL FLOCH)

La FREMM Aquitaine (© MICHEL FLOCH)

 

Tir d'essai d'un MdCN dans sa version sous-marine (© DGA)

Tir d'essai d'un MdCN dans sa version sous-marine (© DGA)

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