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Reportage

Mission Jeanne d’Arc : Les vertus de l’apprentissage en mer

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En cinq mois et demi de mer, les « bordaches » de l’École navale se transforment en des officiers de marine opérationnels. Reportage à bord du BPC Dixmude.

« Piste classée hostile ! ». Au large de Toulon, sur la passerelle de défense à vue du Dixmude, Diego, 23 ans, répercute les informations qui lui parviennent du central opérations du bâtiment de projection et de commandement (BPC). Le midship, qui rêve de piloter un Rafale marine, apprend le métier de canonnier, au cas où.

Ce matin, l’enseigne de vaisseau élève de l’École navale coordonne les marins du bord en charge des armes : quatre mitrailleuses, deux canons et deux affûts de missiles sol-air très courte portée. Sur l’avant, le Falcon 50 tractant sa cible lumineuse achève sa passe. Un éclair et une fumée blanche jaillissent du navire. Puis c’est l’explosion. « Tir réussi ! » Aussitôt, Diego et ses trois camarades de promotion débriefent la séquence avec leur instructeur de l’École d’application des officiers de marine (EAOM). C’est à l’équipe de l’EAOM qu’incombe la tâche de transformer les jeunes « bordaches », arrivés au terme de leurs trois années d’études à Brest, en officiers aptes à commander à la mer.

« On nous a inculqué l’excellence et la rigueur »

Tout se joue durant la « mission Jeanne d’Arc ». Cinq mois et demi d’une circumnavigation à bord du groupe amphibie, incluant le BPC et sa frégate d’escorte. Commencé par une journée grise de février, le périple s’achève mi-juillet, après trois jours d’exercices de synthèse planifiés et conduits par les midships. La « guerre officiers élèves », dans le jargon de la Marine, a mobilisé quatre bâtiments de surface, un sous-marin, plusieurs aéronefs, dont les hélicoptères du BPC, et même des embarcations affrétées par auprès de sociétés civiles pour servir de « plastron ».

« On nous a inculqué l’excellence et la rigueur. Ce fut parfois dur. Mais quelle satisfaction de se découvrir capable d’organiser et de coordonner la manœuvre de plusieurs bâtiments de guerre », témoigne Louise, 22 ans, qui souhaite intégrer l’escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque. Motivé par le pilotage d’un hélicoptère de transport Caïman, Joris, 23 ans, acquiesce : « C’est une façon intense et efficace de développer en nous la fibre du leadership ».

 

Le Surcouf et le Dixmude ravitaillés pendant la mission par un bâtiment américain (© MARINE NATIONALE)

 

« On les a mis en position de commander un véritable équipage »

« À Brest, on transforme des étudiants en officiers et en ingénieurs. Durant la traversée, on en fait aussi des marins », résume le capitaine de frégate Arnaud, commandant adjoint de l’EAOM. À l’issue du périple, ils sont en mesure de prendre le quart à la passerelle et ont assimilé les rudiments de leur future spécialité. « On les a mis en position de commander un véritable équipage, des bâtiments opérationnels qui réalisent de vraies missions. Grâce aux vertus de l’apprentissage, nous les observons, en direct, devenir autonomes et responsables », complète le capitaine de corvette Erwan, autre directeur adjoint de l’EAOM. Dans quelques jours, les midships rejoindront un bâtiment de surface pour acquérir leur brevet de chef de quart. Ensuite, ils approfondiront leur spécialité. Surfacier, sous-marinier, pilote, commando, plongeur démineur, mécanicien : « La diversité des métiers proposés par la Marine permet à chacun de trouver sa place », souligne le capitaine de frégate Arnaud.

 

Lors de manoeuvres amphibies (© MARINE NATIONALE)

Lors de manoeuvres amphibies (© MARINE NATIONALE)

 

 

Franchissement du canal de Suez (© MARINE NATIONALE)

Franchissement du canal de Suez (© MARINE NATIONALE)

 

Réaffirmer le pavillon français et la liberté des mers

Mission Jeanne d’Arc oblige, le commandant du Dixmude est l’autorité qui valide, in fine, l’aptitude à la mer de chaque élève officier de l’École navale. Mais le pacha est aussi le patron du groupe amphibie envoyé dans la zone indo-pacifique pour affirmer la présence française et de faire vivre nos partenariats stratégiques.

 

Avec la marine égyptienne (© MARINE NATIONALE)

Avec la marine égyptienne (© MARINE NATIONALE)

 

Avant d’emprunter le canal de Suez, ses bâtiments ont rallié la Méditerranée orientale pour travailler avec leurs alter ego égyptiens, le BPC Sadate et sa frégate d’accompagnement. « Ils souhaitent reproduire le concept de la mission Jeanne d’Arc pour former leurs officiers et ceux de leurs alliés », confie le commandant.

Dans l’océan Indien, le groupe amphibie conduit des manœuvres avec la marine indienne, autre partenaire stratégique. Après le détroit de Malacca, il honore une série de rendez-vous opérationnels et diplomatiques avec les marines de Singapour, d’Indonésie, du Vietnam et d’Australie. Les visites organisées sur le BPC participent aussi de l’appui à l’exportation de nos équipements militaires.

 

En mer de Chine avec un patrouilleur singapourien (© MARINE NATIONALE)

 

Les trois jours de navigation les plus intenses auront sans doute été autour des îles Spratley, en mer de Chine. Dans cette zone, Pékin affirme sa souveraineté en transformant le moindre îlot en porte-avions. « Des navires chinois se sont approchés, les échanges furent fermes mais courtois », sourit le commandant. La liberté des mers est un droit consacré par les conventions internationales.

Un reportage de Mériadec Raffray pour la rédaction du Télégramme

 

Le Dixmude (© MARINE NATIONALE)

Le Dixmude (© MARINE NATIONALE)

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