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MMCM : Focus sur le programme franco-britannique de guerre des mines

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La guerre des mines est en train de vivre une véritable révolution opérationnelle et technologique. L’emploi de robots au sein de systèmes automatisés va changer les concepts d’emploi et l’accessibilité des marines à cette capacité stratégique…

Mondialement reconnue pour son savoir-faire en matière de lutte contre les menaces sous-marines, en particulier les mines, la France, via sa direction générale de l’armement (DGA), sa marine et ses industriels, est pionnière dans le développement de nouvelles solutions faisant appel à des systèmes totalement robotisés. Permettant d’éloigner au maximum la présence humaine de la zone de danger, ces engins sont conçus pour détecter, classifier, localiser, identifier puis neutraliser les menaces sous-marines. Cela, que ce soit en pleine mer, dans les chenaux d’accès portuaires ou les approches maritimes lors d’une opération amphibie, et qu’il s’agisse de mines furtives de nouvelle génération comme d’engins explosifs improvisés (IED), prisés des terroristes.

 

Neutralisation d'une mine par un CMT français (© : MARINE NATIONALE)

ESPADON : Une étude concluante 

De 2009 à 2016, la France a mené dans cette perspective l’étude expérimentale ESPADON, qui a permis de déployer depuis un drone de surface (Unmanned Surface Vehicle – USV), le Sterenn Du, un sonar remorqué T-SAS de Thales et deux types d’AUV (Autonomous Underwater Vehicle) produits par ECA Group. Tout d’abord, afin de quadriller de vastes zones à la recherche de menaces potentielles, un AUV de détection, classification et localisation (DCL), en l’occurrence l’A27, capable de plonger à 300 mètres, offrant une autonomie supérieure à 30 heures et doté d’un sonar latéral SAMDIS (Thales). Le second modèle, conçu pour identifier les engins découverts (AUV I), est du type A18-T avec sonar haute résolution et quatre caméras.

 

 

ESPADON, qui s’est achevé en juin dernier, a permis de vérifier la faisabilité de ce concept innovant de guerre des mines basé sur l’emploi combiné d’USV et d’AUV. Ces résultats positifs ont ouvert la voie au remplacement des actuels chasseurs de mines de la Marine nationale par des systèmes robotisés.

Le programme binational MMCM

Ceux-ci verront le jour au travers d’un programme mené en coopération bilatérale par la France et le Royaume-Uni dans le cadre du traité de Lancaster House, conclu en 2010.

Baptisé MMCM (Maritime Mine Counter Measures), le programme, qui prévoit un partage à 50/50 entre les deux pays, a été lancé officiellement en mars 2015. Industriellement parlant, il associe Thales et BAE Systems ainsi que leur chaîne de sous-traitance européenne, comprenant notamment ECA, ASV, Saab et Kongsberg.

D’un coût de plus de 20 millions d’euros, la première phase du contrat, notifiée par l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR), chargée de la gestion du contrat au nom de la DGA et de son homologue britannique (DE&S), a porté sur les études de définition d’un prototype.

 

L'AUV A27 (© : ECA GROUP)

 

Un AUV et un USV dotés d’un sonar ou d’un ROV

Le concept retenu porte sur le déploiement d’un système comprenant deux types d’engins, autonomes dans la conduite de leurs missions. Ils sont contrôlables via un système de communication haut débit (liaisons pour le contrôle et la réception des images) par des opérateurs embarqués sur un bateau-mère ou installés dans une station à terre d’où MMCM est opéré à partir du système de management de mission intégré par BAE Systems. D’abord, un AUV de détection et de classification A27. Cet engin, doté d’un sonar latéral à ouverture synthétique SAMDIS (Thales), sera déployé depuis la côte ou d’un bateau-mère.

Il en sera de même pour l’USV, qui permettra la mise en œuvre de moyens complémentaires. Il s’inspirera du C-Sweep de la société britannique ASV, qui a réalisé un prototype, connu sous le nom d’Halcyon. Long de 10.8 mètres pour une largeur de 3.5 mètres et 70 centimètres de tirant d’eau, cet USV d’environ 9 tonnes, qui peut être réalisé en composite ou en aluminium, est doté de deux moteurs diesels et embarque 2300 litres de carburant. Il est conçu pour pouvoir atteindre la vitesse de 25 nœuds et franchir plus de 230 milles. Pouvant être contrôlé à distance, le C-Sweep dispose tout de même d’une petite passerelle protégée permettant de le piloter humainement. Sa longue plage arrière est optimisée pour la mise en œuvre d’un sonar remorqué, d’AUV ou de robots télé-opérés (ROV), avec des systèmes de déploiement et de récupération automatiques. 

 

L'USV Halcyon (© : ASV)

 

Dans le cadre de MMCM, l’USV sera équipé du T-SAM, le tout nouveau sonar tracté à balayage latéral et ouverture synthétique haute résolution développé en France par Thales Underwater Systems (TUS). L’USV pourra, aussi, mettre en œuvre un robot télé-opéré d’identification et de neutralisation, qui sera fourni par le Suédois Saab. Ce ROV n’est pas un engin du type mine-killer, se faisant exploser au contact de la mine grâce à une charge creuse, mais un robot doté de caméras pour l’identification finale de la cible et capable de transporter une charge explosive pour la déposer près de la mine et se retirer avant sa destruction.

Quatre bateaux-mères prévus pour la France

L’USV pourra mettre en œuvre le sonar remorqué ou le ROV, mais pas les deux systèmes en même temps. Le concept général porte, concernant une mise en œuvre depuis des bateaux-mères, sur l’emport de deux drones de surface par bâtiment, avec des charges utiles reconfigurables (ROV ou sonar).

Pour remplacer les 11 chasseurs de mines du type tripartites (CMT) actuellement en service dans la flotte française, la construction de quatre bateaux-mères est prévue, ainsi que l’acquisition de huit systèmes de drones, soit  8USV, 24 AUV, 8 T-SAM et 8 ROV.

Qualification des prototypes attendue en 2019

Après la phase des études de définition, qui s’est récemment achevée, le contrat portant sur la réalisation de deux prototypes de systèmes de drones (un par pays) a été notifié en octobre, conformément à l'annonce des gouvernements français et britannique ayant indiqué en mars dernier, lors du sommet d’Amiens, que la signature interviendrait d’ici la fin de cette année. Les essais seront mutualisés pour réduire les coûts avec une répartition des campagnes entre la France et le Royaume-Uni.

L’objectif est de disposer de prototypes qualifiés en 2019 pour une mise en service en 2021. Dans un premier temps, chaque pays mettra en œuvre ce système depuis la terre, en attendant la commande ultérieure des bateaux-mères, prévue pour la France dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire (2020-2025).

Un outil modulaire facilement projetable

Grâce à sa modularité, MMCM constituera un outil très souple pouvant être déployé facilement selon les besoins. L’ensemble du matériel, y compris les stations de contrôle terrestres, pourra en effet être projeté sous forme de modules conteneurisés, y compris par voie aérienne pour rejoindre rapidement un théâtre d’opération. De là, les drones pourront être mis en œuvre depuis le littoral ou, éventuellement, être embarqués sur des navires capables de les accueillir, qui ne seront pas forcément les bateaux-mères habituellement utilisés pour les mettre en œuvre.

Un programme qui peut intéresser d’autres marines européennes

On notera que ce programme franco-britannique pourrait aussi être amené à s’ouvrir à d’autres marines européennes. On peut par exemple penser à la Belgique et aux Pays-Bas, avec lesquels avait été mené le programme des CMT et qui vont eux-aussi devoir renouveler leurs capacités dans les années à venir.

 

Le CMT Capricorne (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Les deux autres volets du programme SLAM-F

Concernant la France, ce programme va donc permettre de remplacer les CMT, mis en service entre 1984 et 1987. Mais MMCM ne constitue que l’un des trois volets d’un plus vaste programme national, connu sous le nom de SLAM-F (système de lutte anti-mine futur) et destiné à renouveler au cours de la prochaine décennie l’ensemble des moyens de guerre des mines de la Marine nationale.

La seconde « brique » du SLAM-F comprendra la construction de cinq bâtiments bases de plongeurs démineurs de nouvelle génération (BBPD NG), appelés à remplacer les quatre BBPD actuels (1986-1987) ainsi que le bâtiment d’expérimentation de guerre des mines Thétis (1988).

Quant au troisième volet du programme, qui n’est pas le plus spectaculaire mais demeure crucial, il vise à développer un nouveau système d’exploitation de guerre des mines. Le SEGDM comprendra notamment la gestion de la base de données relative à l’ensemble des connaissances des marins français sur les mines.

 

Le BBPD Vulcain (© : MARINE NATIONALE)

Marine nationale US Navy / USCG Thales BAE SYSTEMS