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Modernisation des Atlantique 2 : Les industriels ont remis leur copie

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Modernisation des Atlantique 2 : Les industriels ont remis leur copie

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Les industriels impliqués dans le projet de modernisation des avions de patrouille maritime de la Marine nationale ont remis fin juillet leur dossier au ministère de la Défense. A l’issue d’ultimes négociations, celui-ci doit notifier le marché début 2013, afin que le premier appareil soit livré à l’aéronautique navale française en 2017. Alors que les marins craignaient que les contraintes budgétaires  menacent ce programme, son inscription au projet de loi de finances a été vécue comme un soulagement au sein de l’aéronautique navale, mais aussi de la force océanique stratégique, dont la sécurité repose notamment sur l’action des Atlantique 2.

Ces derniers mois, le projet initial, porté industriellement par Dassault Aviation, Thales, DCNS et le Service industriel de l’aéronautique (SIAé)  a évolué. A l’origine, la marine souhaitait une modernisation en trois étapes. D’abord le traitement des obsolescences, puis dans un second temps la mise en place d’un nouveau système de mission et de nouveaux équipements, et enfin l’ajout d’une capacité d’autoprotection.  Mais, finalement, les deux premières étapes ont été fusionnées.

 

Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

A bord d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

A bord d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

Traitement des obsolescences et nouveaux équipements

 

Le chantier devrait donc directement intégrer, au-delà du traitement des obsolescences, l’installation d’un nouveau système central (calculateur de contrôle de mission) en lieu et place du Loti et le remplacement des principaux matériels. L’actuel radar Iguane pourrait, notamment, être remplacé par un radar à antenne active dérivé de la filière RB2A (AESA) développée par Thales pour équiper le Rafale.  Une nouvelle boule optronique sera également mise en place, ainsi qu’un système acoustique de dernière génération. Pour gérer ces équipements, les anciens pupitres feront place, dans la carlingue, à de nouvelles consoles de visualisation. Pour mener à bien ce chantier majeur, les appareils seront, in fine, totalement vidés. Toutefois, les ATL2 ne changeront pas extérieurement, aucune modification de structure n’étant prévue. Comme son prédécesseur, le nouveau radar sera, par exemple, logé dans l’appendice rétractable situé en position ventrale.

 

Un Atlantique 2 à Djibouti (© : MARINE NATIONALE)

Un Atlantique 2 à Djibouti (© : MARINE NATIONALE)

 

La refonte des Atlantique 2, livrés à 27 exemplaires à la marine française entre 1989 et 1997, permettra aux avions d’être mis aux standards les plus récents, tout en voyant leurs capacités nettement accrues en termes de détection, notamment sous-marine. Ils seront, ainsi, en mesure de traiter simultanément les signaux de plusieurs bouées acoustiques numériques, aux performances bien plus importantes que celles de leurs aînées. Le nouveau radar et la nouvelle boule optronique offriront, par ailleurs, de bien meilleures possibilités de détection et d’identification de cibles au dessus de l’eau.

 

A bord d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

A bord d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

Enjeu stratégique

 

Pour la France, la refonte de ces appareils constituent un enjeu stratégique puisque les ATL2 sont indispensables à la protection des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins basés dans la rade de Brest. Ces appareils sont, aussi, des outils très précieux pour la sécurisation des approches maritimes, la lutte anti-sous-marine (au moment où on constate une prolifération des sous-marins dans le monde) et même les interventions au dessus de la terre. Leurs capacités de détection et d’écoute sont, de plus, mises à profit pour recueillir des renseignements, par exemple pour les besoins du contre-terrorisme et la localisation d’otages. De même, en océan Indien, ils rendent les plus grands services dans la lutte contre la piraterie.

 

A bord d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

A bord d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

Exocet AM39 dans la soute d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

Exocet AM39 dans la soute d'un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

Tir d'Exocet AM39 par un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

Tir d'Exocet AM39 par un Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

 

Ces avions, que l’on considère souvent comme des « frégates aériennes », sont à même de remplir toutes ces missions grâce à leur grande autonomie (18 heures et 4300 milles), leurs importantes capacités d’emport en senseurs et armes (torpilles MU90, missiles antinavire Exocet AM39) et leurs puissants moyens de traitement et d’analyse des données recueillies. Un ensemble de capacités qui peut être exploité au mieux grâce à la présence, à bord, d’un véritable équipage de spécialistes, constitué de13 hommes, indispensable pour mener à bien des opérations aussi complexes que la chasse au sous-marin.

 

Atlantique 2 avec AM39 et torpille en soute (© : MARINE NATIONALE)

Atlantique 2 avec AM39 et torpille en soute (© : MARINE NATIONALE)

 

Maintenir les ATL2 jusqu’en 2030

 

Très attendu, le lancement du programme de modernisation des ATL2 ne concernera pas l’intégralité de la flotte. Mais les militaires espèrent qu’elle portera sur 22 appareils, ce qui permettra de maintenir la capacité de patrouille maritime de la Marine nationale jusqu’en 2030, date à laquelle un nouveau moyen de PATMAR devra entrer en service. Dans cette perspective, des études ont d’ailleurs été récemment lancées, notamment pour réfléchir à l’intégration de drones dans certaines missions.

En attendant, il n’est pas inutile de rappeler que la France est devenue le seul pays d’Europe à conserver, techniquement et opérationnellement, la maîtrise complète de son outil de patrouille maritime. Alors que l’Italie n’a pas prévu de remplacer ses vieux Atlantic par de nouveaux avions du même gabarit mais par des ATR 72 ASW, l’Allemagne et les Pays-Bas, notamment, s’appuient sur des P-3C Orion américains pour lesquels aucune grande mise à niveau n’est encore envisagée. Si l’Espagne a quand à elle décidé de moderniser ses P-3 avec un programme dans lequel est impliqué Airbus Military pour le système de mission, la Grande-Bretagne a, en revanche, fait une croix sur sa PATMAR avec l’abandon en 2010 de la modernisation des Nimrod, qui dépendaient de la Royal Air Force et non de la Royal Navy. Une décision considérée par tous les spécialistes comme très regrettable et dont la première conséquence est de fragiliser la dissuasion nucléaire britannique, en baissant le niveau de protection des SNLE de la Royal Navy, particulièrement lorsque ces bâtiments partent en patrouille ou rentrent de mission.

 

Atlantique 2 survolant un sous-marin français (© : MARINE NATIONALE)

Atlantique 2 survolant un sous-marin français (© : MARINE NATIONALE)

Marine nationale Aéronavale