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Marine Marchande

Actualité

Montoir-Gijón : Une table ronde sur l’échec de l’autoroute maritime

Marine Marchande

Comme nous l’annoncions le mois dernier, une table ronde s’est tenue hier, à Nantes, pour analyser l’échec de l’autoroute de la mer Montoir-Gijón et évaluer les possibilités permettant de relancer cette liaison. A la demande du secrétaire d’Etat en charge des Transports, Alain Vidalies, le préfet de la région Pays de la Loire  a réuni des représentants des collectivités territoriales et des autorités portuaires françaises et espagnoles, des transporteurs de Louis Dreyfus Armateurs, qui a exploité la ligne entre 2010 et 2014. Une initiative qui a été abandonnée en raison de son déficit financier malgré son succès commercial, avec le  report vers la voie maritime de plus de 20 000 poids lourds par an et un taux de remplissage moyen de 75 %.

 

Des diagnostiques, des analyses, des expertises, des groupes de travail…

 

« Au cours de la table ronde, l’accent a été mis sur la coopération franco-espagnole qui soutient le projet. Les échanges ont également révélé le soutien des partenaires à cette autoroute de la mer, grâce à son caractère innovant et son exemplarité écologique. Les transporteurs routiers se sont exprimés sur l’intérêt de cette liaison maritime ainsi que l’ensemble des participants. La table ronde a permis de partager le diagnostic sur les causes de la suspension de la ligne », explique la préfecture, qui annonce qu’une « expertise supplémentaire sera réalisée afin de consolider ce diagnostic ». Elle ajoute, de plus qu’un « travail s’engage sur l’amélioration des conditions d’exploitation de la ligne afin de définir les modalités d’une reprise éventuelle du service. Trois groupes de travail rendront leur conclusion sur l’analyse du marché et de la demande, sur le passage portuaire ainsi que sur la coopération entre l’Union européenne, les États et les collectivités. Les conclusions de ces groupes de travail seront remises au préfet fin mars. Enfin, toutes les opportunités d’action conjointe avec la Commission Européenne sont explorées par les États français et espagnols ».

Concrètement, peu de choses sont donc sorties de cette table ronde qui, donne surtout l’impression d'avoir tourné en rond. Il reste maintenant à voir si ces fameux groupes de travail seront en mesure d’apporter des solutions concrètes et applicables à des problèmes identifiés depuis des années.

 

Des lignes qui ne sont structurellement pas rentables

 

Par définition, les autoroutes maritimes, sauf quelques cas particuliers, ne sont pas rentables du fait d’un coût inférieur du transport routier. Il y a donc deux solutions : soit augmenter le coût de la route ou mettre en place comme dans d’autres pays européens des systèmes d’éco-bonus pour inciter transporteurs à mettre leurs camions sur des bateaux, soit subventionner lourdement les lignes. Cela peut passer par des investissements publics dans des navires, alors considérés comme une infrastructure à part entière, soit par le versement d’aides financières. C’est cette dernière solution qui avait été retenu pour Montoir-Gijón, sur laquelle les Etats français et espagnol ont injecté chacun, en quatre ans, 15 millions d’euros, auxquels se sont ajoutés plus de 4 millions provenant de l’Europe. Une somme importante qui n’a même pas suffi, malgré un bon taux de remplissage, à équilibrer le service, puisque LDA a perdu sur la période quelques 6 millions d’euros.

 

Peu de chances de voir le service relancé

 

Alors que les caisses de l’Etat sont vides et qu’une taxation des transporteurs ne semble pas vraiment à l’ordre du jour, on voit donc mal comment cette ligne pourrait renaitre. Surtout que, pendant ce temps, une autre liaison, exploitée par la compagnie espagnole Suardiaz entre Montoir et Vigo, monte en puissance avec l’arrivée ce mois-ci d’un second navire, qui permettra d’effectuer trois allers-retours par semaine. Cette ligne historique, fondée en 1974, s’appuie sur un fond de cale assuré par le trafic automobile (voiture neuves produites en Espagne et pièces détachées expédiées depuis la France par PSA) afin d’assurer sa rentabilité. Quant à savoir si Vigo et Gijón servent des marchés différents au niveau des transporteurs routiers, un certain nombre de professionnels expliquent qu’il n’y a en fait pas besoin de deux lignes et que tout cela demeure finalement très politique. 

Port de Nantes Saint-Nazaire