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Mortalité des dauphins :« La pêche est une cible facile »
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Mortalité des dauphins :« La pêche est une cible facile »

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« Il faut arrêter de pointer du doigt les chalutiers pélagiques » : président du comité régional des pêches, Olivier Le Nézet estime que « la pêche est une proie facile » pour expliquer les nombreux échouages de dauphins.

Quelle est la position du comité régional des pêches face au nombre d’échouages grandissant des dauphins ?
Alors, ça va être très simple : le secteur de la pêche et notamment les chalutiers pélagiques sont une cible facile mais irréaliste. Ils ne sont pas responsables de tout, il n’y en a qu’une trentaine en activité sur la façade Atlantique. C’est beaucoup moins que les bateaux étrangers dans le Golfe du Gascogne, les hollandais, portugais, espagnols… Alors, si l’on trouve un équipement susceptible de régler le problème, il ne faudra pas oublier de l’appliquer à tout le monde. Vous savez, ce problème n’est pas nouveau : on n’a pas besoin de lanceurs d’alerte : cela fait vingt ans que le monde de la pêche attend des solutions. Je ne nie pas que les captures accidentelles existent et qu’il y a une forte augmentation de dauphins échoués depuis le début de l’année mais c’est tellement facile de taper sur la pêche. Il y a beaucoup de démagogie autour de cela. N’y a-t-il pas d’autres paramètres à prendre en compte ? Le dérèglement climatique ne joue-t-il pas un rôle ? C’est peut-être aussi un virus ? C’est déjà arrivé sur d’autres espèces… Le risque zéro de captures accidentelles n’existe pas mais à quel pourcentage se situe-t-il réellement ?

Le pinger (répulsif acoustique pour faire fuir les dauphins) peut-il être une solution ?
Je me souviens qu’au début des années 2000, on avait testé ces répulsifs sur les filets de pêche afin de protéger les phoques. Et vous savez quoi ? Quand ils entendaient le son, ça voulait dire que c’était l’heure du déjeuner pour eux. Il faut faire attention à ne pas créer d’autres problèmes en croyant trouver des solutions. Et puis, c’était alors une vraie galère pour trouver des entreprises fabriquant ces systèmes répulsifs. Et il n’y a toujours pas de modèle économique viable dans ce domaine. Plutôt que de taper sur la pêche, il vaudrait mieux faire travailler les scientifiques ensemble afin de nous présenter de vraies solutions qui permettent à des industriels de mettre en place un système économique. On travaille avec Ifremer depuis longtemps et il est indispensable de trouver des solutions. Mais je ne supporte pas le discours de certaines associations, sûrement guidé par une arrière-pensée économique, qui pointe systématiquement le secteur de la pêche sans rien proposer d’autre.

Avez-vous des remontées de ce problème de la part des pêcheurs ?
Ce que les gars me disent, c’est qu’ils voient de plus en plus de dauphins dans le golfe de Gascogne et je ne pense pas que l’espèce soit en déclin. Car, s’il y en a de plus en plus, cela veut dire qu’ils ont à manger et, donc, que la gestion de la ressource halieutique est plutôt bonne. D’ailleurs, on peut aussi se demander si cette nourriture ne s’est pas déplacée vers les zones de pêche, contraignant le dauphin à changer de comportement et à perdre, parfois, son sens de l’orientation. Il faut analyser beaucoup plus finement ce problème. Ce serait en tout cas plus judicieux que de cibler systématiquement les chalutiers pélagiques. Vous savez, aucun pêcheur ne prend un dauphin de gaîté de cœur. D’autant que quand on pêche un dauphin, on ne pêche rien d’autre. Vous pensez bien que le dauphin fait fuir les autres poissons…

Un article de la rédaction du Télégramme