Croisières et Voyages
MSC Croisières : Avanti la Musica !

Reportage

MSC Croisières : Avanti la Musica !

Les chantiers navals de Saint-Nazaire ont livré, lundi, le MSC Musica à son propriétaire. Avec ce paquebot de 1275 cabines, la compagnie entre dans le club des grands de la croisière et ne compte pas en rester là.
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A tous les ponts du navire, des dizaines de stewards et de techniciens s’activent. Préparation des cabines, ménage dans les moindres recoins, dernières touches de peinture, ultimes réglages... Dans une dizaine de jours, le MSC Musica appareillera pour sa première croisière commerciale en Adriatique et dans les îles grecques. Avant cela, l’équipage, composé de 994 personnes, dont une vingtaine d’officiers, doit prendre en main un impressionnant navire de 294 mètres de long et 19.762 m² d’espaces publics, sans compter 1275 cabines: « Il faut se familiariser avec le bateau et la manière de travailler mais, pour moi, ce n’est pas trop dur car ce n’est pas le premier paquebot sur lequel je travaille », explique un jeune homme en complet blanc qui, avec un large sourire, transporte les bagages des passagers jusqu’à leurs cabines. Créée en 1997 et en pleine croissance depuis seulement deux ans, MSC Croisières peut désormais compter sur l’expérience des équipages de sa flotte pour assurer le rodage des nouvelles unités. Cette capacité a été particulièrement marquante lundi, lors de la soirée inaugurale donnée à Saint-Nazaire. Pour satisfaire les 1970 invités présents, l’équipage, qui travaillait pour la première fois en configuration commerciale, a évité de manière assez impressionnante les petites approximations et ratés qui marquent souvent les premiers jours d’exploitation d’un navire.

Un symbole pour Saint-Nazaire

Pour Saint-Nazaire, le MSC Musica est un symbole. Il s'agit du premier navire achevé aux couleurs d'Aker Yards mais aussi du point de départ de plusieures années de prospérité. Cela faisait deux ans que Saint-Nazaire n’avait plus livré de paquebot, le dernier étant le MSC Opera, au printemps 2004. Pendant ces deux années, MSC est resté l’unique client de l’entreprise, dont l’avenir paraissait plus qu’incertain. Tout en demeurant un âpre négociateur au moment de discuter les contrats, le président de Mediterranean Shipping Company affirme aujourd’hui avoir délibérément soutenu les Chantiers en commandant ses bateaux à Saint-Nazaire, plutôt que chez un autre constructeur : « Je suis une personne fidèle avec les gens qui travaillent avec moi. Nous avions commencé avec les Chantiers de l’Atlantique et nous avions de bons rapports. A quelques millions près, les bateaux coûtent partout la même chose. On a donc voulu soutenir les chantiers quand ils n’avaient plus de travail car, s’ils avaient disparu, cela aurait été un vrai dommage. Il y a des compétences et des milliers de salariés. Ce serait un crime de les mettre par-dessus bord », explique Gianluigi Aponte, qui a assuré à la direction d’Aker Yards, pendant la cérémonie de baptême, lundi, de sa « fidélité pour les années à venir ». Outre le retour de l’activité, liée aux cinq paquebots commandés par MSC et symbolisée par la reprise des embauches, la construction du Musica a été « un véritable challenge, le plus important étant le délai de livraison, puisqu’il ne s’est écoulé que 24 mois entre la commande et la livraison », souligne Jacques Hardelay, directeur général de l’entreprise.

Le prototype le plus rapide à construire

Pour parvenir à tenir la cadence fixée, les ex-Chantiers de l’Atlantique ont été contraints de bouleverser l’organisation du travail : « Dès le départ, nous avons constitué une équipe qui s’est rassemblée sur un plateau pour optimiser la stratégie de montage. Nous avons privilégié les travaux de préarmement, le taux de finition des blocs ayant atteint 22% sur le Musica, contre 16% pour la génération précédente. Il y a également eu un découpage des marchés différents, pour limiter le nombre d’interventions dans un espace donné. Au lieu d’avoir une série d’intervenants, c’est la même société qui était responsable de l’ensemble des montages dans un lieu géographique », explique Jacques Dubost. Pour le responsable navire, qui a géré la construction du bateau, la nouvelle organisation a permis de mieux répartir les effectifs : « Les progrès ont été considérables puisqu’il n’y a eu, au plus fort de l’activité, que 1750 personnes à bord. Il y a quelques années, pour un panamax, nous étions jusqu'à 2800 ! ». Un effort très important a également été consenti en matière de cabines préfabriquées, dont la proportion a atteint 92%, contre seulement 40% pour le Coral Princess, livré en 2003. Le résultat est donc à la hauteur des espérances. Après la pose du premier des 60 blocs le 28 octobre 2004, le dernier élément de ce mécano géant était en place le 3 septembre suivant, les premiers essais mer intervenant début avril. Ce planning fait du MSC Musica le prototype le plus rapidement construit par Saint-Nazaire. « Entre une confirmation de commande en octobre 2004 et une livraison en juin 2006, nous n’avions jamais tenu un tel délai », confirme Jacques Dubost, qui achève avec le Musica sa carrière, 35 ans après son arrivée aux Chantiers de l’Atlantique.

Ferdinando Ponti prend les commandes d’une petite « merveille »

Debout face au Musica, Ferdinando Ponti ne cache pas sa fierté d’avoir été nommé premier commandant du MSC Musica : « C’est un superbe bateau. Ce merveilleux navire a été conçu pour être à la fois élégant et confortable, dans un équilibre parfait entre design et confort ». Classique dans ses lignes extérieures, le paquebot se veut beaucoup plus étonnant, vu de l'intérieur. A l’avant, sur trois ponts, s'étale La Scala, un magnifique théâtre capable d’accueillir 1240 personnes. Remontant l’escalier qui donne sur la scène, une journaliste, spécialiste des croisières depuis de nombreuses années, observe le plafond lumineux et les impressionnantes rangées de fauteuils rouges : « C’est vraiment un très bel endroit, l’une des plus belles salles de spectacle que j’ai vues sur un paquebot », explique-t-elle d’un œil expert. Les aménagements du Musica ont été confiés au cabinet d’architecture De Jorio Design International Studio, mais le design et la décoration ont été supervisés de haute main par Rafaela Aponte. L’épouse du président du groupe Mediterranean Shipping Company est réputée pour être une cliente exigeante et sensible au moindre détail. Ainsi, le marbre choisi pour le casino provient d’une petite carrière italienne. Splendide mais nécessitant de longs délais d’approvisionnement, il aurait été changé à quatre reprises, la teinte du marbre n’étant pas conforme aux souhaits de l'armateur. Au fil de la construction, la décoration intérieure a sensiblement évolué, aboutissant à un navire très apprécié par ses premiers convives: « L’intérieur est vraiment réussi. C’est beau, sans être clinquant. Je trouve que les couleurs se marient bien et il y a énormément de tableaux, de sculptures et de petits détails de décoration qui rendent l’ensemble très harmonieux », estime une invité, rencontrée lundi au Maxim’s, l’un des quatre restaurants du bord. Séduis par les espaces publics, certains ont, en revanche, été surpris par la taille des cabines : « Je les trouve assez petites et plutôt dépouillées », affirme Claire, qui travaille dans une agence de voyages. « C’est un choix délibéré de l’armateur. Il a préféré avoir des cabines un peu moins grandes pour privilégier les espaces publics. Il ne faut pas oublier que dans une croisière, les passagers n’y séjournent que très peu et passent leur temps dans le reste du bateau ou à terre, quand il y a une escale », précise-t-on chez Aker Yards. De fait, les aménagements du Musica sont conséquents. Sur près de 20.000 mètres carrés se répartissent quatre restaurants, onze bars et salons, dont un music hall de 477 places et deux bars extérieurs ; un casino, une discothèque, deux piscines, sept jacuzzis dont trois au centre de beauté, une salle de sport, un cour de tennis et même un mini-golf et un cour de tennis. Au nombre de 1275, les cabines peuvent accueillir 3000 passagers et sont réparties en quatre catégories : 18 suites avec balcon, 809 cabines avec balcon, 173 cabines avec hublot et 275 cabines intérieures. On notera, également, la présence de 5 cabines pour personnes handicapées. Beaucoup plus grandes, elles sont dotées d’une rampe donnant accès à un large balcon, ainsi que d’une vaste salle de bain spécialement conçue pour les passagers en fauteuil roulant.

Quel avenir pour MSC Croisières ?

Filiale de Mediterranean Shipping Company, deuxième groupe mondial de transport maritime, MSC Croisières ne représente que 5% de l’activité de la société familiale, détenue par Gianluigi et Rafaela Aponte. Avec la livraison du Musica, l’armateur entre dans le club très fermé des grands armements, possédant des unités dont la jauge est supérieure ou égale à 90.000 tonneaux. Pour Gianluigi Aponte : « Nous avions des navires anciens et nous avions deux choix : Fermer ou continuer avec les armes de nos concurrents, c'est-à-dire des bateaux modernes. C’est ce que nous avons choisi de faire de manière rapide et agressive, ce qui nous permettra de devenir, en 2009, un acteur important de la croisière ». A cette date, MSC, qui aligne désormais 8 paquebots, en possèdera 12, pour une capacité de 26.000 lits. La construction de deux sisterships du Musica, dont le coût atteint 420 millions d’euros, a débuté, pour une livraison en 2007 et 2008. Alors que dans l’entourage du président de MSC, on estime que l’option pour un quatrième paquebot de cette classe sera sans doute confirmée, le groupe a passé commande, à Aker Yards, de ses deux premiers géants. Les MSC Fantasia et Serenata, attendus en 2008 et 2009, jaugeront 133.500 tonneaux et disposeront de 1650 cabines. Le contrat, d’un montant de 1.1 milliard d’euros, a été signé en novembre dernier, confirmant la volonté de MSC de se hisser, moyennant des investissements colossaux, au rang de leader européen de la croisière : « Nous sommes une compagnie qui ne fait pas de plans à 10 ou 15 ans. Dans un ou deux ans, nous aurons les idées claires sur les résultats et le taux de remplissage des navires. On verra alors s’il faut continuer à investir », explique l’armateur, qui reconnaît qu’en 2005, « MSC Croisières a perdu de l’argent, mais ce n’était pas dramatique, d’autant que cette année, le résultat sera positif et il le sera encore plus avec l’entrée en flotte de nouveaux bateaux ». Gardant confidentiel le bilan financier de son groupe, Gianluigi Aponte a démenti tout projet de vente ou de rapprochement, notamment avec Royal Carribean Cruise Line : « RCCL ne nous a pas approché et, d’ailleurs, je ne vois pas comment une telle opération pourrait amener des bénéfices aux uns et aux autres. Nous sommes très différents avec un style qui n’est pas le même, eux étant spécialisés dans la clientèle américaine et nous européenne ». MSC Crociere va donc continuer son expansion seule, surfant sur un marché en plein boom : « C’est clair que nous sommes optimistes. D’expérience, plus on ajoute de tonnage et plus on le rempli. Je pense que les possibilités de croissance sont énormes ».

L’armateur vise 640.000 passagers en 2007

Entre 2005 et 2007, MSC Cruises pense passer de 280.000 à près de 640.000 clients. Cette hausse très importante s’explique par l’augmentation de la capacité, avec la mise en service des Musica et Orchestra. Le premier paquebot, livré tard dans la saison, ne permettra pas à la compagnie d’accroître le nombre de passagers cette année. « Nous sommes face à une saturation. Les bateaux sont pratiquement complets pour juillet et août, et nous vendons déjà les mois de septembre et octobre », précise Antonio Donsanti, président de MSC France, dont le chiffre d’affaires a progressé de 34% en un an. Dans l’hexagone, la compagnie a fait voyager 28.000 personnes en 2005 : « Avec les nouveaux navires, nous espérons atteindre 40.000 passagers en 2007, une année qui verra, j’en suis certain, une explosion de la croisière en France ». Pour l’heure, les Français restent en retrait du développement de ce mode de vacances. Alors que plus d’un million de Britanniques et plus de 400.000 Italiens ont opté pour la croisière l’année dernière, seuls 230.000 Français ont mis les pieds sur un paquebot : « Ce marché, qui est le cinquième d’Europe, ne représente que 10 à 15% de l’activité de la compagnie, contre 45% pour l’Italie. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte. Il y a tout d’abord une question de mentalité et une démarche différente suivant les pays. En Italie, par exemple, nous accueillons beaucoup de voyages de noces. En France, le marché est aux mains de la distribution, qui connaît parfois mal le produit. A nous de démontrer que ce type de vacances est aussi bien que le Club Med. Il y a encore beaucoup à faire mais les investissements que nous réalisons démontrent que nous y croyons », affirme Antonio Donsanti. Pour susciter un intérêt qui se fait attendre, MSC a décidé de déployer son navire amiral au départ de Marseille. Dès avril 2007, le Musica appareillera toutes les semaines de la cité phocéenne pour des traversées en Méditerranée.
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Ecouter l'interview de Gianluigi Aponte, président du groupe MSC

Voir les aménagements intérieurs dans la fiche technique du Musica

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