Construction Navale
MSC Cruises commande deux surprenants paquebots chez Fincantieri

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MSC Cruises commande deux surprenants paquebots chez Fincantieri

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La compagnie italo-suisse a décidé de doubler sa nouvelle commande de paquebots à Saint-Nazaire  avec un projet de deux navires supplémentaires, qui seront cette fois livrés par Fincantieri. Le constructeur italien réalise là un très beau coup puisqu’il n’était encore jamais parvenu à convaincre MSC Cruises de lui confier ses constructions neuves. Alors que les 12 navires de l’armateur ont tous été réalisés en France, Fincantieri s’est progressivement rapproché de ce nouveau client. A la faveur notamment de l’arrivée l’été dernier de Gianni Onorato (ex-numéro 2 de Costa Croisières réputé comme proche du constructeur italien) à la direction générale de MSC Cruises, avant que  les liens se nouent définitivement en décembre, lorsque Fincantieri a remporté le contrat de jumboisation des paquebots MSC Armonia, MSC Sinfonia, MSC Lirica et MSC Opera, qui vont être allongés de 25 mètres à l’issue d’un chantier de 38 semaines à Palerme.

 

Signature du contrat entre MSC et Fincantieri, hier à Rome (© MSC CRUISES)

Signature du contrat entre MSC et Fincantieri, hier à Rome (© MSC CRUISES)

 

Deux séries de navires pour doubler la capacité d’ici 2022

 

De là, les bases étaient posées pour permettre une commande de paquebots neufs. Surtout que Saint-Nazaire n’était sans doute pas en mesure de répondre à l’intégralité de l’impressionnant programme de développement de MSC Cruises. La filiale croisière du groupe suisse Mediterranean Shipping Company, numéro 2 mondial du transport maritime conteneurisé, veut en effet doubler sa capacité d’ici 2022. Dans cette perspective, le choix a été fait de ne pas opter pour une longue série de paquebots, mais plutôt de s’orienter vers deux classes différentes à construire en parallèle. C’est STX France qui a emporté la première série, avec la signature en mars d’une lettre d’intention portant sur la livraison, en 2017 et 2019, de deux géants de 315 mètres de long, 43 mètres de large, 168.000 GT de jauge et 2250 cabines. Alors que la commande ferme doit être prochainement signée, à l’issue du bouclage du montage financier, ce projet, connu sous le nom de Vista, comporte une option pour deux unités supplémentaires, livrables entre 2020 et 2022.

 

Le projet Vista pour Saint-Nazaire (© STX FRANCE)

Le projet Vista pour Saint-Nazaire (© STX FRANCE)

 

Les plus gros paquebots construits en Italie

 

Fincantieri, de son côté, a donc joué la carte de sa disponibilité, mais aussi d’une proposition très innovante, pour inciter MSC à compléter la commande confiée à Saint-Nazaire avec de nouveaux navires, qui pourraient entrer en flotte à la même période que leurs cousins français. Une voie que l’armateur a décidé de suivre, puisqu’il a annoncé hier avoir signé avec les chantiers italiens un accord portant sur la commande de deux paquebots, avec une option pour un troisième.  Le prototype doit être livré en novembre 2017 et son premier sistership en mai 2018. Constituant le projet Seaside, ces navires de 700 millions d’euros chacun, qui seront plus gros commandés jusqu’ici en Italie, seront plus longs mais un peu moins larges et volumineux que les Vista : 323 mètres de long pour 41 mètres de large, avec une jauge de 154.000 GT. Comptant 2070 cabines pour les passagers et 739 pour l’équipage, les Seaside offriront 43.500 m² d’espaces publics et pourront accueillir 5300 passagers, servis par 1413 membres d’équipage.  

On notera que cette nouvelle commande ne remet pas en cause l’accord conclu avec Saint-Nazaire, comme nous l’a confirmé hier MSC. STX France reste chargé de la construction des deux Vista et, malgré quelques craintes, l’option pour deux unités supplémentaires est finalement maintenue.

 

5 milliards d’euros pour devenir le numéro 3 mondial du secteur

 

Entre la commande des Vista (1.5 milliard d’euros), celle des Seaside (1.4 milliard), la rénovation et la jumboisation des Armonia/Lirica (200 millions), et les trois navires en option, MSC Cruises compte investir plus de 5 milliards d’euros pour développer sa flotte et distancer son grand rival européen, Costa (qui va devoir impérativement réagir pour rester dans la course), tout en prenant la place de l’Américain Norwegian Cruise Line(NCL) comme troisième groupe mondial du secteur de la croisière. Une fois l’ensemble de son programme réalisé, MSC Cruises compte pouvoir accueillir en 2022, sur l’ensemble de ses navires, quelques 80.000 passagers par jour.

 

Le projet Seaside pour Fincantieri (© MSC CRUISES)

Le projet Seaside pour Fincantieri (© MSC CRUISES)

 

Seaside, un design très audacieux

 

Pour en revenir au projet Seaside, la grande surprise réside dans les lignes des navires, qui adoptent un design vraiment audacieux. Jusqu’ici très classique dans l’architecture de ses paquebots, MSC s’est laissée convaincre par Fincantieri - et c’est tant mieux - de développer un paquebot à l’allure assez futuriste, avec des formes extérieures originales constituant une véritable nouveauté pour l’industrie. C’est particulièrement vrai pour la partie arrière, avec un rétrécissement de la superstructure permettant notamment de proposer de vastes balcons dans la partie basse des ponts cabines. En outre, la superstructure s’achève vers la poupe avec un ascenseur vitré sur toute la hauteur, qui offrira sans nul doute une impressionnante vue sur le sillage du navire. Comme c’est le cas pour tous les armateurs, on retrouve évidemment quelques idées empruntées à la concurrence.

 

Le projet Vista pour Saint-Nazaire (© STX FRANCE)

Le projet Vista pour Saint-Nazaire (© STX FRANCE)

 

Alors que les Vista présentent des aspects qui ne sont pas sans rappeler les classes Oasis et Quantum de Royal Caribbean (par exemple autour des cheminées, sur la partie supérieure à l’avant et au niveau de la grande baie vitrée à l’arrière), les Seaside, qui sont comme leur nom l’indique conçus pour être ouverts sur la mer, reprennent le concept de réappropriation du pont promenade inauguré en 2009 par Carnival et développé ensuite par NCL. Surplombant les canots de sauvetage, ce large espace ceinturant le navire est agrémenté de bars extérieurs, restaurants, bains à remous et autres transats. Une architecture très intéressante puisqu’elle permet de retrouver une proximité avec la mer et, dans le même temps, de mieux répartir la masse des passagers sur des paquebots de très forte capacité, où les ponts supérieurs ont souvent tendance à être saturé (on peut d’ailleurs regretter que les Vista n’adoptent pas le même concept).

 

Le projet Seaside pour Fincantieri (© MSC CRUISES)

Le projet Seaside pour Fincantieri (© MSC CRUISES)

 

Quelques détails à relever sur les premières images

 

Suivant les premières vues diffusées par MSC, on remarque que les Seaside comprendront cinq piscines, dont une couverte au niveau supérieur et une située sur la plage arrière, en position basse comme sur les Oasis. L’arrière de la partie supérieure accueille un vaste espace doté d’un écran géant qui, à l’instar des derniers navires de NCL, pourrait bien servir en soirée de discothèque en plein air. Sur l’avant, le MSC Yacht Club (espace VIP) disposera quant à lui d’un grand pont extérieur, avec piscine et  bains à remous, ainsi que des barnums privatifs pour préserver l’intimité des passagers. Sur les côtés du navire, on remarque par ailleurs d’imposantes baies vitrées arrondies, dont une sur trois ponts de haut, derrière lesquelles se trouvent probablement des restaurants et bars.

 

Le projet Seaside pour Fincantieri (© MSC CRUISES)

Le projet Seaside pour Fincantieri (© MSC CRUISES)

 

L'esthétisme italien face à la technique française

 

Chez STX France, la commande des Seaside n’est pas une surprise, ce projet étant connu depuis un moment et son aboutissement apparemment tenu pour acquis depuis plusieurs semaines. Si la commande de MSC chez Fincantieri n’est pas un désaveu pour les chantiers français, mais une question d’opportunité et de planning, il est néanmoins clair que le concurrent italien a ouvert une brèche dans le monopole que Saint-Nazaire avait jusqu’ici avec MSC. Et il le fait avec un projet remarquable qui, il faut bien l’avouer, est extérieurement bien plus ambitieux que celui qui verra le jour sur les bords de la Loire. De quoi, certainement, relancer l’esprit de compétition des architectes et ingénieurs tricolores. Cela dit, le fait que les Italiens savent dessiner de très beaux navires n’est pas une surprise, c’est une tradition nationale. D’un autre côté, si les Français sont généralement esthétiquement plus sobres, leur grand point fort réside dans la technique, où ils sont au meilleur niveau mondial. C’est là que réside probablement le grand challenge des Italiens, qui savent leur nouveau client, habitué à des standards techniques très élevés, particulièrement exigeant sur ces questions.