Construction Navale
MSC Fantastica : Une commande qui revient de loin

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MSC Fantastica : Une commande qui revient de loin

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MSC Cruises et STX France ont annoncé, vendredi, l'entrée en vigueur du contrat portant sur la réalisation du MSC Fantastica (U32), un nouveau paquebot de 1751 cabines dérivé des MSC Fantasia et MSC Splendida, livrés en décembre 2008 et juillet 2009 par Saint-Nazaire. La concrétisation de cette commande était vitale pour le chantier, dont le carnet de commandes s'était réduit à peau de chagrin. Mais elle fut très longue à venir.
Tout débute à l'été 2008. MSC Cruises annonce son intention de réaliser deux nouveaux navires. Il s'agit, à l'époque, d'unités de la classe Musica (1275 cabines). La commande n'intervient toutefois pas immédiatement, l'armateur italo-suisse affirmant vouloir renégocier les prix avec le chantier en raison de l'évolution du coût des matières premières. Intervient alors la crise financière, qui se transforme en grave crise économique. Numéro 2 mondial du transport maritime conteneurisé, Mediterranean Shipping Company, maison mère de MSC Cruises, est gravement touché par l'effondrement des taux de fret et des volumes de marchandises transportés sur ses porte-conteneurs. « Les années 2008 et 2009 ont été terribles pour l'industrie en général et très difficile pour le secteur du cargo. Les volumes ont chuté à l'époque de 50% », témoigne Pierfrancesco Vago, directeur général de MSC Cruises.

« En septembre 2009, l'affaire était morte »

A partir de la fin de l'année 2008 puis début 2009, la situation devient très mauvaise et tous les armateurs au commerce (ou presque) doivent affronter la tempête. Entretemps, le projet de MSC Cruises évolue et la compagnie songe, plutôt que des Musica, à commander des unités plus grosses de la classe Fantasia (1639 cabines), dont la tête de série est livrée par STX France en décembre 2008. Mais les banques, déjà très réticentes à prêter de l'argent après la crise financière, refusent d'accorder les prêts nécessaires à l'acquisition des deux nouveaux paquebots, dont le coût est d'environ 900 millions d'euros. L'affaire prend une mauvaise tournure et, à l'été 2009, les derniers espoirs de Saint-Nazaire semblent s'envoler. « Pour nous, en septembre 2009, l'affaire était morte », confie Jacques Hardelay, directeur général de STX France. Dans le creux de la vague, le chantier fait alors appel à l'Etat, son actionnaire à 33.34%. La présidence de la République est avertie de la situation et décide d'intervenir. Politiquement, le dossier est sensible, STX étant l'un des grands symboles de la puissance industrielle française. De plus, Nicolas Sarkozy s'étant personnellement engagé, lors de sa venue en septembre 2008, à « ne pas laisser tomber les chantiers ». Gianluigi Aponte, président de Mediterranean Shipping Company, est reçu deux fois à l'Elysée. « MSC voulait commander le bateau mais il n'y avait pas une banque pour le financer », se rappelle Nicolas Sarkozy. STX et MSC travaillent donc avec les services de Bercy pour élaborer une solution à la problématique du financement. Il s'agit, notamment, de trouver un mécanisme qui ne puisse pas être attaquable par Bruxelles, les aides d'Etat à la construction navale étant prohibées depuis 10 ans. Christine Lagarde, ministre de l'Economie, annonce à la fin de l'hiver 2010 que le projet va bénéficier d'une assurance crédit export via la Coface, agence française de crédit à l'exportation. En clair, l'Etat, via cet établissement, se portera garant des prêts contractés par la compagnie en cas de défaillance de celle-ci.

M. Vago, Aponte, Sarkozy et Hardelay (© BERNARD BIGER - STX FRANCE)
M. Vago, Aponte, Sarkozy et Hardelay (© BERNARD BIGER - STX FRANCE)

La Coface garanti les prêts des banques

Une lettre d'intention est finalement signée le 1er mars entre STX et MSC. Mais le contrat tarde à entrer en vigueur. « Etant donné le nombre important d'interlocuteurs juridiques et financiers impliqués, il a nécessité un certain temps avant d'être achevé », précise la compagnie. Le travail manquant cruellement à Saint-Nazaire, où le dernier paquebot en construction, le Norwegian Epic, doit partir mi-juin, Jacques Hardelay décide, le 15 avril, de lancer par anticipation la construction du U32. La découpe de la première tôle intervient alors que le contrat n'est toujours pas signé ! « Ce fut une décision difficile et extrêmement risquée », estime le patron des chantiers, à qui l'avenir donnera finalement raison. Alors que 10% de la coque métallique du futur MSC Fantastica est aujourd'hui réalisée, le contrat est enfin entré en vigueur. Au final, la Coface couvre les prêts de banques sur la majeure partie du coût du projet, qui s'élève à 565 millions d'euros. « Grâce à l'intervention des pouvoirs publics, le projet a été remis sur les rails. Cela a pris plus de temps que prévu mais l'essentiel est d'avoir abouti. C'est une reprise et un signe de confiance dans l'avenir », se félicite Jacques Hardelay.
Pour le moment, un seul navire est commandé, STX France ayant démenti les informations selon lesquelles une option pour un second bateau était incluse dans le contrat.

Carla Bruni Sarkozy marraine du paquebot ?

Le futur MSC Fantastica, qui sera mis sur cale en janvier 2011, doit être livré mi-mai 2012. Et, bien que la France sera alors en pleine campagne présidentielle, on espère bien chez MSC Cruises que la marraine du navire sera Carla Bruni-Sarkozy, l'épouse du chef de l'Etat, qui n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler, vendredi dernier à Saint-Nazaire, les « liens personnels » qui unissaient via son mariage la France et l'Italie.
Selon la compagnie, le nouveau paquebot sera exploité en Méditerranée au départ de Venise.
Le MSC Fantastica permettra à MSC Croisières de porter sa flotte à 12 navires, dont 11 construits dans l'estuaire de la Loire. Depuis 2001, l'armateur a investi plus de 4 milliards d'euros chez STX France pour la construction de 2 unités du type Lirica (850 cabines, livraison en 2003 et 2004), 4 unités du type Musica (livraisons en 2006, 2007, 2008, 2010) et 3 du type Fantasia (2008 et 2009). En plus, MSC a racheté les ex-European Stars et European Vision après la faillite de Festival. Ces deux bateaux, sortis de Saint-Nazaire en 2001 et 2002, ont été rebaptisés MSC Sinfonia et MSC Armonia. « La commande du MSC Fantastica est une nouvelle preuve de la confiance que nous portons à Saint-Nazaire depuis le début des années 2000 et le lancement de notre plan de développement. En 2003, nous avions 123.000 passagers et, en 2012, nous en prévoyons 1.4 million. Nous avons connu un développement sans égal depuis 7 ans, avec une croissance moyenne de 34% », note Pierfrancesco Vago.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)