Construction Navale
MTU : De Zeppelin à Rolls-Royce, un siècle de moteurs

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MTU : De Zeppelin à Rolls-Royce, un siècle de moteurs

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Au tout début de l’histoire des moteurs MTU, il y a le Zeppelin. La folle invention du comte Ferdinand von Zeppelin, qui lança, en 1900, son premier Luftschiff (littéralement bateau des airs) construit à Friedrichshafen, sur les bords du lac de Constance, la mer souabe qui borde l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. Le comte, pionnier des airs et natif de la région, avait construit un hangar flottant sur le lac qui lui permettait d’orienter son aérostat long de 128 mètres face au vent. Propulsé par deux moteurs Daimler de 14.2 chevaux, le LZ1 (Luftschiff Zeppelin 1) ne volera que 18 minutes le 2 juillet 1900. Son mécanisme d’équilibre casse, l’engin est contraint d’amerrir. Les dons des industriels allemands permettent le financement d’un nouvel appareil, le LZ2.

 

Le Graf von Zeppelin est déjà équipé de moteurs Maybach (DROITS RESERVES)

Le Graf von Zeppelin est déjà équipé de moteurs Maybach (DROITS RESERVES)

 

A une centaine de kilomètres de là, près de Stuttgart, un homme s’intéresse de près aux projets aéronautiques de Von Zeppelin. Wilhelm Maybach est un grand industriel, spécialiste des moteurs. Avec son ami Gottlieb Daimler, ils ont fondé la société Deutz, spécialisée dans les moteurs à gaz puis ont fait évoluer le moteur à quatre temps du français Beau de Rochas pour déposer, en 1887, le brevet d’un moteur à combustion interne à grande vitesse. La saga Daimler, du nom de l’entreprise créée en 1890, est en route. Dès 1899, les premières automobiles Mercedes sortent des usines de Stuttgart. En 1907, à la suite du décès de Gottlieb Daimler, Maybach décide de quitter Daimler pour fonder, avec son fils Karl et dans la ville de Bissingen, sa propre société de moteurs et automobiles de luxe.

En 1908, le Zeppelin LZ4 est détruit dans une tempête. Les Maybach, père et fils, décident de proposer une nouvelle solution technique pour propulser les aérostats. L’aventure industrielle démarre pour de bon, la première compagnie aérienne allemande (Deutsche Luftschiffahrt AG, DELAG) de transport de passagers est créée et les Maybach choisissent, en 1912, de s’installer au plus près de ces nouveaux chantiers, à Friedrichshafen.

La Maybach Motorenbau tourne rapidement à plein régime avec ses moteurs rapides, qu’elle fournit non seulement aux Zeppelin mais également aux tout nouveaux avions Dornier, issus des chantiers de Zeppelin et construits à la chaîne pendant la première guerre mondiale à Friedrichshafen. 600 personnes travaillent dans ses ateliers en 1918.

 

Les avions Dornier, lancés par Claudius Dornier, un des ingénieurs des usines Zeppelin (DROITS RESERVES)

Les avions Dornier, lancés par Claudius Dornier, un des ingénieurs des usines Zeppelin (DROITS RESERVES)

 

La défaite de l’Allemagne et le traité de Versailles de 1919 interdisent toute construction militaire outre-Rhin. La production de Maybach se concentre alors sur la production automobile et notamment les très luxueuses Zeppelin, équipées d’un moteur V12. En 1936, le réarmement de l’Allemagne amène les usines de Friedrichshafen à produire, en très grandes quantités, des moteurs de char pour la Wehrmacht.

 

(DROITS RESERVES)

(DROITS RESERVES)

 

Durant la deuxième guerre mondiale, Friedrichshafen est massivement bombardée par l’aviation britannique. A la sortie du conflit, la ville se trouve en « zone française ». Les usines Maybach rouvrent en 1948 et commencent leurs activités par la fourniture en moteurs de l’armée française. Elles diversifient leurs activités dans de nombreux domaines, avec la marine, la fourniture d’énergie à l’industrie, les machines agricoles, l’oil&gas ou encore les trains.

En 1966, un accord est signé entre les grands industriels allemands de la motorisation : Maybach rejoint le groupe Daimler, aux côtés de MAN et de MTU Aero Engine. La répartition des rôles est claire : Mercedes et MAN sont sur le segment routier et les moteurs lents, MTU Aero Engine, situé à Munich, reprend l’activité aéronautique et Maybach, qui devient MTU (Motor und Turbinen Union) Friedrichshafen en 1969, le segment « off highway » de moteurs rapides. Le groupe prend de l’essor. Cinq usines produisent les moteurs MTU, dont deux à Friedrichshafen, une à Magdeburg, une à Augsburg (spécialisée dans les groupes fonctionnant au gaz) et une à Ruhstorf (groupes électrogènes). La marine, avec une très forte présence dans le yachting ainsi que la défense, représente une activité de près de 40%. En 1985, le groupe rachète le spécialiste de l’injection L’Orange.

 

La série MTU 2000 développé pour les yachts (MTU)

La série MTU 2000 développé pour les yachts (MTU)

 

MTU va, durant ces décennies, suivre les aventures de sa maison-mère Daimler. Cette dernière s’associe en 1997 avec le géant américain Chrysler pour créer Daimler-Chrysler. Les activités de MTU sont rapprochées de la filiale Detroit Diesel Cooperation pour fonder Daimler Chrysler Off Highway. En 2005, sentant le vent tourner, les actionnaires familiaux historiques annoncent leur intention de vendre les parts. Daimler-Chrysler, qui vit la fin de son alliance (qui s'arrêtera en 2007), décide de céder sa filiale Off Highway à EQT, un fonds d’investissement suédois. Ce dernier structure les différentes activités autour de la marque MTU et crée Tognum qu’il place en bourse sur la place de Francfort. Dès 2011, Daimler revient vers son ancienne filiale et lance, avec Rolls-Royce, une offre publique d’achat amicale sur Tognum. Le groupe britannique, qui veut compléter sa présence sur la propulsion par le segment des moteurs rapides, rachète progressivement les parts de Daimler. En 2013, MTU devient Rolls-Royce Power Systems, la cinquième division du groupe anglais qui possède, depuis 2014, l’intégralité du capital. Bergen, la filiale norvégienne de Rolls-Royce spécialisée dans les moteurs semi-rapides, rejoint la nouvelle division en 2013. RRPS emploie actuellement 10.400 personnes (dont 7000 en Allemagne) et représente 18% des ventes de Rolls-Royce. Le marché marine compte pour 37% de ces dernières.

Propulsion - motorisation