Construction Navale
MTU innove sur la propulsion gaz et les solutions électriques

Reportage

MTU innove sur la propulsion gaz et les solutions électriques

Construction Navale

On est bien loin de la mer à Friedrichshafen. Et pourtant c’est là, au bord du lac de Constance, en Allemagne, que MTU, devenu Rolls-Royce Power Systems en 2013, construit des moteurs rapides, jusqu’à 10.000 kWh actuellement, qui équipent des bateaux depuis des décennies. « L’atout, ici, c’est que nous ne faisons pas que des moteurs pour les bateaux, même si cela représente plus d’un tiers de nos ventes », explique Stefan Müller, qui dirige le centre Marine et Offshore de MTU Friedrichshafen. « Nous travaillons également sur des applications industrielles, ferroviaires, agricoles, oil&gas (onshore et offshore) ou encore militaire. Tous ces marchés ont leurs exigences, qui nous amènent à constamment travailler à l’évolution de nos moteurs, pour qu’ils soient à la pointe des standards technologiques et environnementaux. Cela implique beaucoup de R&D et, grâce à cette diversification, nous pouvons mutualiser nos recherches. Les avancées dans un domaine profitent également aux autres produits ».

 

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(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

L’exemple n’est pas long à venir. « Le gaz. C’est un segment auquel nous croyons beaucoup et sur lequel nous faisons d'importants efforts. Nous avons, dans notre gamme MTU Onsite Energy de groupes électrogènes destinés à l’industrie, un groupe fonctionnant au gaz que nous avons développé dès la fin des années 90 ». La technologie est éprouvée à terre. MTU, dans la droite lignée de Rolls-Royce sa nouvelle maison, est en train de la mariniser pour en faire le premier moteur rapide fonctionnant uniquement au gaz. Pour cela, les ingénieurs de Friedrichshafen ont pris pour base la série C4000, qui développe une puissance de 4 MWh. Ils l’ont fait évoluer, en ajoutant notamment un allumage à bougie, et le teste depuis début 2015.  « Pour convaincre notre clientèle, il est très important de montrer que la propulsion au gaz offre la même agilité et courbe d’accélération qu’un diesel. Les premiers résultats montrent que nous y sommes parvenus ». Un premier prototype devrait être testé en mer dès cette année.

La série 4000 qui va être adapté à la propulsion GNL (

La série 4000 qui va être adapté à la propulsion GNL (© ROLLS ROYCE POWER SYSTEMS)

 

« La propulsion au gaz a, j’en suis persuadé, un très bel avenir devant elle. Le surcoût, notamment lié à l’équipement du stockage du gaz à bord, est rapidement compensé par des coûts d’entretien moins importants que ceux d’un moteur diesel. Et, évidemment, dans le contexte règlementaire actuel et à venir, c’est la meilleure solution pour répondre à la problématique des émissions, puisque tous ces moteurs sont compatibles avec le Tier III de l’OMI ».  Et comme rien ne vaut un bon exemple, MTU a pris les devants en s’associant avec les chantiers Damen et l’armement Svitzer dans le projet Eco-Tug, un remorqueur propulsé au gaz naturel compressé avec deux moteurs 12V4000 et qui devrait entrer en opération à Rotterdam en 2017. Un des futurs ferries croisant sur le lac de Constance devrait, quant à lui, recevoir un moteur 8 cylindres en 2019.

 

Le futur Eco Tug développé par Damen, Svitzer et MTU (

Le futur Eco Tug développé par Damen, Svitzer et MTU (© DAMEN)

 

Une grande première dans le marché relativement conservateur des moteurs rapides. « Le fait de travailler désormais au sein du groupe Rolls-Royce et avec nos collègues norvégiens de Bergen (qui développent depuis plusieurs années des moteurs semi-rapides pur GNL NDLR) nous ouvre de nouvelles perspectives ». Le nouveau-né de la gamme MTU pourrait en effet lui permettre de pénétrer des nouveaux marchés, dans lesquels Rolls-Royce est déjà bien implanté : « l’offshore, les remorqueurs, par exemple, mais également la voie fluviale, les vedettes de servitude ou encore les ferries, partout où le GNL est disponible ou le sera dans les années à venir », souligne Stefan Müller.

 

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(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

A Friedrichshafen, on réfléchit beaucoup à ce que sera la motorisation du futur. « Pendant longtemps nous avons eu une approche centrée autour du moteur lui-même : améliorer l’injection, l’électronique, les turbos… mais cette réflexion a des limites. C’est pour cela que, maintenant, nous avons davantage une approche englobant l’ensemble du système de propulsion : combustibles alternatifs, traitement et récupération des échappements, hybridation de la propulsion ». Les mécaniciens de MTU sont ainsi devenus progressivement des électriciens avec le développement de la propulsion E-Drive, qui propose des systèmes totalement intégrés, « du diesel-électrique classique au système de batteries. Nous effectuons une analyse des besoins avec nos clients et leur proposons le schéma le plus adapté ». Pour cela MTU s’est associé avec le fabricant allemand de batteries Akasol.

 

L'assemblage des systèmes électroniques (

L'assemblage des systèmes électroniques (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Cette intégration des solutions va encore plus loin. Dans l’usine 1 de Friedrichshafen, un grand bâtiment est dédié aux systèmes électroniques de commande et d’automatisme, « tous construits ici », dit avec fierté Roland Kimmel, de la division automatisme. MTU propose, depuis 2008, un système centralisé de contrôle baptisé Callosum. Développé en grande partie avec la marine allemande, il est décliné en plusieurs versions qui vont du simple monitoring de la propulsion, à la gestion des sinistres du bord, la maintenance proactive des systèmes du bord ou encore la formation des équipages. « Plus de 300 bateaux sont équipés avec Callosum depuis que nous avons lancé ce produit ». Si il est beaucoup utilisé à bord des bateaux gris, il est également adaptable à d’autres marchés, en particulier le yachting. « Nous avons notamment développé une console de contrôle à la passerelle dessinée par Pininfarina ».

 

Le système Callosum (

Le système Callosum (© MTU)

 

Stefan Müller a confiance dans le potentiel de la propulsion navale. A côté du marché de la grande plaisance, où MTU propulse 70% des mega-yachts et celui de la défense, dans lequel le motoriste s’est fait une place de choix sur l’ensemble des segments en propulsion principale ou en combiné (comme, par exemple, le système CODELAG des FREMM françaises ou la propulsion complète des corvettes Milgem turques), le motoriste allemand se fait un nom sur le marché des ferries rapides et de l’offshore. «Nous nous développons sur la servitude offshore, notamment au Brésil, sur les navires dédiés à l’éolien en mer ou encore sur les plateformes elles-même. Nous équipons 70% des installations de la mer du Nord en groupe de secours ».

Propulsion - motorisation