Marine Marchande
MyFerryLink : La SEM reste un plan B et rien n'est acté avec les collectivités

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MyFerryLink : La SEM reste un plan B et rien n'est acté avec les collectivités

Marine Marchande

Tout doit être mis en œuvre pour assurer la pérennité de la compagnie et préserver les emplois, mais pas à n’importe quel prix et pas avec n’importe qui. C’est en substance ce que l’on peut entendre dans les couloirs des collectivités territoriales du Nord Pas-de-Calais. Cela, alors que certains leaders syndicaux, rapportent des membres d’équipage, sont venus en fin de semaine dernière à bord des navires de MyFerryLink pour assurer aux personnels que le projet de société d’économie mixte était ficelé et que les instances régionales allaient mettre l’argent nécessaire au pot. Sauf qu’au sein des collectivités, le son de cloche est différent : « Rien n’est acté pour le moment. La volonté d’aider la compagnie en cas de besoin est là car cette entreprise a un avenir, compte des personnels motivés et a démontré qu’elle pouvait être rentable. Toutefois, pour monter une SEM, il faudrait que les conditions soient réunies. Or, certains acteurs ne sont pas à la hauteur des enjeux. Le comportement des acteurs syndicaux est pour le moins étonnant et la SCOP est en train de se saborder toute seule », déplore une source politique locale.

Le sauveur sera privé quoiqu’il arrive

Celle-ci rappelle que la société d’économie mixte demeure un plan B et que, si elle doit voir le jour, l’injection d’importants capitaux privés sera impérative. « La SEM reste le véhicule juridique privilégié au cas où il n’y aurait pas de repreneur. Mais, quoiqu’il arrive, il faudrait un investisseur privé dans le tour de table ». Un investisseur qui devrait en réalité apporter le gros des financements requis pour la reprise de l’armement. Car les espoirs du syndicat maritime nord de voir les collectivités abonder l’éventuelle SEM à hauteur de 45 millions d’euros, soit environ la moitié des sommes nécessaires (si l’on considère que les 120 millions d’euros avancés par Eurotunnel sont un peu surévalués), ont été définitivement douchés en fin de semaine dernière. La région n’a pas l’intention de mettre plus de 10 millions d’euros dans l’affaire et le département irait au mieux jusqu’à 5 millions. La SCOP n’ayant bien entendu pas les moyens de boucler à elle seule le montage financier, il manque au bas mot 70 millions d’euros.

Réunion houleuse chez le ministre

Jeudi soir, Didier Cappelle et Eric Vercoutre, respectivement président du Conseil de surveillance et secrétaire du Comité d’entreprise de la SCOP, ont voulu plaider leur cause auprès du secrétaire d’Etat aux Transports. Reçus à leur demande par Alain Vidalies, ils étaient accompagnés de Philippe Caniot, nommé pour succéder à  Jean-Michel Giguet, débarqué la semaine dernière de son poste de président du Directoire. L’entretien a cependant tourné court et le ton serait monté entre le ministre et les Calaisiens. Alain Vidalies a fait savoir qu’il avait mis fin à la réunion après qu’un « membre de la délégation (ait) mis en cause l’action du gouvernement dans des termes d’une brutalité inacceptable ».

Le SMN peut-il forcer la main des élus ?

L’étau se resserre donc autour des leaders du syndicat maritime nord, qui ne bénéficient clairement pas des appuis escomptés. Certes, Didier Cappelle et les siens sont parvenus à prendre le pouvoir au sein de la SCOP, mais les politiques nationaux et locaux n’ont manifestement pas l’intention de se laisser embarquer dans une aventure jugée comme trop risquée. Pour être clair, tout le monde redoute la résurrection de l’époque SeaFrance. Reste maintenant à savoir si le SMN peut forcer la main des élus locaux en pleine campagne pour les élections régionales. Alors que ce scrutin s’annonce difficile et qu’avec MyFerryLink 600 emplois sont en jeu, seront-ils obligés de céder aux pressions calaisiennes ? « Bien sûr que l’on peut faire autrement ! L’objectif est de défendre l’intérêt général, pas celui de quelques personnes » répond un politique.

Dans les faits, la seule chose que les syndicalistes maîtrisent est leur pouvoir de nuisance. Avec toujours cette bonne vieille menace du blocage du port de Calais. Initiative qui ne ferait évidemment qu’aggraver la situation.

La SCOP n’est pas incontournable

Pour le reste, la SCOP n’est pas un passage obligé pour la compagnie telle qu’elle naîtra du retrait d’Eurotunnel. Car la société coopérative n’est qu’un sous-traitant du groupe ferroviaire, qui a mis en vente les navires et MyFerryLink SAS, en charge de la commercialisation fret et passagers. Le seul impératif légal d’un nouveau propriétaire serait de reprendre les salariés actuellement employés par la compagnie. Rien ne l’obligerait en revanche à traiter avec la SCOP. Et il en serait de même si une éventuelle SEM voyait le jour. En effet, ce montage nécessiterait comme on l’a vu un investissement privé très majoritaire. Or, après la crise de gouvernance que vient de connaître la compagnie, comment imaginer qu’un opérateur accepte de travailler avec la SCOP, ou du moins ses actuels dirigeants ? Si avant le coup d’éclat du Conseil de surveillance il paraissait difficile d’évincer la société coopérative d’un projet de reprise, il se pourrait bien que ce soit désormais un préalable aux discussions avec les repreneurs potentiels.

Les candidats à la reprise ont jusqu’au 24 avril

Alors que les collectivités territoriales continuent de travailler sur le projet de SEM, et plus particulièrement ses aspects juridiques (comme son euro-compatibilité), le « plan A » reste le résultat de la mise en vente des navires et de MyFerryLink SAS. Les candidats à la reprise ont jusqu’au 24 avril pour déposer leurs dossiers et il conviendra de voir si le coup de force intervenu au sein de la SCOP aura un impact sur les repreneurs potentiels. On attend aussi de voir quelle sera la réaction d’Eurotunnel à l’éviction de Jean-Michel Giguet de son poste de président du Directoire. C’était, on s’en souvient, un impératif fixé par le groupe ferroviaire pour son engagement à travailler avec la SCOP et lui affréter les navires. Jacques Gounon doit probablement bouillir, comme les élus locaux du reste, mais tout le monde a manifestement pris le parti de ne pas voler publiquement dans les plumes des syndicalistes pour éviter de nuire au processus de reprise. 

Enfin, on attend toujours le jugement de la Cour d’appel de Londres sur le litige opposant la compagnie à l’autorité britannique de la concurrence, qui estime que les liens entre MFL et Eurotunnel constituent un risque monopolistique sur le Détroit. C’est la mauvaise tournure de ce contentieux qui a conduit le groupe ferroviaire à décider de céder ses actifs. 

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