Marine Marchande
MyFerryLink : Le dernier protocole d’accord pourra-t-il être adopté ?

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MyFerryLink : Le dernier protocole d’accord pourra-t-il être adopté ?

Marine Marchande

Les Berlioz et Rodin bloqués depuis le 29 juin par le Syndicat Maritime Nord, alors même qu’ils sont affrétés par DFDS. Le port de Calais perturbé pendant l'été par des manifestations. La SCOP SeaFrance liquidée le 31 juillet, provoquant le licenciement de 487 personnes. Et le cabinet du ministre des Transports qui joue les pompiers et organise, depuis début juillet, des réunions de négociation entre toutes les parties prenantes, pour trouver des solutions. Qui ont toutes, jusqu’ici, échoué. Comme l’avait annoncé Eric Vercoutre, patron du SMN,  l’été calaisien a été chaud.

Deux projets de SCOP pour le NPC

La rentrée ne s’annonce pas forcément mieux. Après des semaines de négociations, un troisième protocole d’accord sur l’avenir des salariés de la SCOP SeaFrance a été élaboré la semaine dernière. Il prévoit la reprise de 155 employés par Eurotunnel : 25 au sein du groupe et 13O pour l'armement du fréteur Nord Pas-de-Calais. L’exploitation de ce dernier pourrait s’effectuer via un système de SCOP (deux projets sont déjà dans les tuyaux : celui de la SOGEARM, mené par Raphaël Doutrebente et Force Ouvrière et celui d’une SCOP 3, porté par le Syndicat Maritime Nord). Si la juridiction britannique de la concurrence, toujours saisie sur ce point, estime qu’Eurotunnel ne peut conserver la propriété du NPC, le groupe ferroviaire annonce vouloir céder le navire pour un euro symbolique à la SCOP choisie pour assurer sa gestion.

407 salariés repris

Eurotunnel s’engage par ailleurs à reprendre 50 salariés supplémentaires dans sa filiale Eurotunnel Sécurité Protection dans le cadre du renforcement des mesures de sécurisation du tunnel. De son côté DFDS annonce l’embauche de 202 "SCOPistes", portant à 407 le nombre de personnes reprises. Pour les salariés ne bénéficiant pas de ces mesures et ne pouvant faire valoir leurs droits à la retraite, une indemnité de 18.000 euros est prévue.

La question des soldes de tout comptes pourrait tout faire capoter

Mais cet accord pourrait bien ne pas fonctionner. Le syndicat maritime Nord l’a, cette fois-ci, conditionné au versement des soldes de tout compte aux salariés licenciés de la SCOP SeaFrance. Ces derniers ont touché leurs derniers salaires le 13 août. Le liquidateur ne dispose plus de fonds pour verser davantage. Le tribunal de commerce de Boulogne, dans son jugement du 31 juillet, a statué sur le fait que ces indemnités devraient être payées par le repreneur. Donc potentiellement DFDS et Eurotunnel, dans les conditions du protocole d’accord. Sauf qu’Eurotunnel souhaite, comme condition préalable, la libération des Berlioz et Rodin. Ce que refuse le SMN, qui est, du coup, allé réclamer son dû à l’AGS d’Amiens en fin de semaine dernière. L’AGS estime de son côté ne pas devoir payer, en raison des dispositions du jugement qui lui semblent claires et ne pas l’impliquer.

Force Ouvrière dénonce les agissements du Syndicat Maritime Nord

Il est donc difficile dans cette nouvelle polémique de prédire le destin du nouveau protocole d’accord. Une situation très vivement dénoncée par le syndicat Force Ouvrière, qui dit représenter 90% des cadres et 30% des salariés de l’ex-SCOP SeaFrance et qui dénonce des « manœuvres » des dirigeants du SMN. « Le SMN a provoqué 2 mois de blocage pour quasiment rien, à savoir revenir à ce qui était annoncé en juin pour l'essentiel: un service fret et une location à DFDS », constate les représentants de FO. « Ce que nous a obtenu Eric Vercoutre aujourd'hui, c'est le blocage des embauches et le blocage des soldes de tout compte à fin août. Les salariés non protégés (ceux qui ne sont pas représentants du personnel) ne seront payés que jusqu'au 14 août. Seule la libération des ferries permettra d'obtenir ce qui est dû », dénoncent-ils

La question du NPC

« Il y a aussi des choses ahurissantes dans l'accord. On parle du NPC qui serait vendu pour un euro. Qui peut croire qu'une compagnie exploitant un navire seul pourra survivre? Ce serait la fin à très court terme de l'aventure et de nouveau 130 emplois supprimés. Le navire ne peut être exploité qu'associé à un partenaire et une structure commerciale solides, quels qu'ils soient. Qui viendra en partenariat avec Eric Vercoutre et les dirigeants du SMN si la confusion dure encore des semaines et après des mois de pagaille semée volontairement et en toute inconscience ? Est - ce que les dirigeants du SMN vont encore continuer à nous mener en bateau plus longtemps au mépris de toute logique et des intérêts des marins et des sédentaires ? », concluent les syndicalistes de FO.

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