Marine Marchande
MyFerryLink : Le patron d’Eurotunnel met la pression

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MyFerryLink : Le patron d’Eurotunnel met la pression

Marine Marchande

Alors que le lancement d’une procédure en vue du placement en redressement judiciaire de la SCOP SeaFrance pourrait être annoncé ce mercredi lors d’un Comité d’entreprise extraordinaire, Jacques Gounon est enfin sorti de la réserve qu’il observait depuis plusieurs semaines. Le patron d’Eurotunnel a expliqué dans la lettre d’information destinée aux actionnaires du groupe ferroviaire sa vision de la situation à MyFerryLink. Et notamment les raisons de sa décision de ne pas renouveler les contrats liant la compagnie à Eurotunnel, qui possède sa flotte et MyFerryLink SAS, en charge de la commercialisation fret et passagers.

Crainte d’une poursuite de la bataille juridique au Royaume-Uni

Malgré les jugements favorables récemment obtenus par l’armement nordiste devant la Cour d’appel de Londres, Jacques Gounon redoute que l’autorité britannique de la concurrence (CMA) lance une nouvelle procédure à l’encontre de MyFerryLink, dont elle juge les liens avec Eurotunnel de nature à constituer une situation monopolistique sur le Détroit. « Il est à craindre que la CMA n’ait pas abandonné la partie et que nous la verrons revenir avec les considérations déjà évoquées mais non jugées en appel : seuls deux concurrents maritimes peuvent être rentables (l’ensemble du marché des ferries mer du Nord/Manche est en effet plus ou moins organisé en duopole) et Groupe Eurotunnel peut toujours être suspecté d’abus de position dominante. Notre métier n’est pas de plaider mais de gérer au mieux les intérêts sociaux du Groupe », explique-t-il, précisant que cette situation « peut prolonger de un à deux ans les menaces qui existent pour l’avenir de notre activité maritime ».

 « Dissensions mortelles » au sein de la SCOP

Mais Jacques Gounon pointe également, pour la première fois, la crise de gouvernance qui a éclaté au mois d’avril au sein de la société coopérative. « Devant l’incertitude présente et les menaces futures, constatant par ailleurs les dissensions mortelles intervenues chez notre prestataire de service – la SCOP SeaFrance, nous n’avons pas reconduit les contrats d’affrètement qui arrivaient à leur terme normal le 2 juillet prochain ». Dans ces conditions, le président d’Eurotunnel dit avoir rouvert le processus de vente des navires.

Face aux positions exprimées dans cette lettre, en date du 1er juin, mais aussi devant les échos faisant état qu’une vente des navires pour une ré-exploitation loin du Détroit n’était pas exclue, l’ambiance était morose, hier matin, chez de nombreux salariés de MyFerryLink.

Rencontre avec FO et un représentant des officiers

Un espoir est toutefois né dans la journée suite à une rencontre entre Jacques Gounon et un délégué de Force Ouvrière, accompagné d’un représentant des officiers de la compagnie. Pour mémoire, FO souhaite recréer, avec l’appui d’une partie du personnel, une nouvelle société coopérative à même de renouer des liens de confiance avec Eurotunnel et poursuivre l’activité en partenariat avec le groupe. Un projet que la petite délégation de l’armement a âprement défendu devant Jacques Gounon. Particulièrement échaudé par la crise de ces dernières semaines, ce dernier n’a pas manifesté, dit-on, un enthousiasme débordant, arguant probablement que ce nouveau projet ne ralliait pas encore la majorité des salariés, même si les personnels soutenant FO sont de plus en plus nombreux. Il faut dire que la compagnie est aujourd’hui au pied du mur et, comme ne cesse de le marteler le syndicat, si aucune solution n’est trouvée rapidement, 600 personnes risquent de se retrouver au chômage début juillet. Si Jacques Gounon semble rester réservé sur la perspective d’un partenariat avec une nouvelle SCOP, il n’a apparemment pas non plus rejeté l’idée, laissant donc une porte ouverte. A FO et aux personnels, désormais, de convaincre le patron d’Eurotunnel et derrière lui son Conseil d’administration et ses actionnaires. Pour cela, il faudra un solide dossier et les appuis nécessaires au succès de l’opération. Pas simple. 

Ecarter le tandem Cappelle/Vercoutre

Le projet passe évidemment par le départ de Didier Cappelle et son fidèle bras droit, Eric Vercoutre. Président du Conseil de surveillance, le premier a provoqué la crise de gouvernance au mois d’avril en évinçant du Directoire Jean-Michel Giguet et Raphaël Doutrebente, les deux hommes de confiance de Jacques Gounon. Un débarquement qui a définitivement brisé la confiance d’Eurotunnel dans la SCOP SeaFrance.

Créée il y a trois ans pour prendre la suite de la défunte filiale maritime de la SNCF, la société coopérative semble désormais condamnée. Car elle n’aura à compter du 3 juillet plus de navires et plus de rentrées financières. Alors qu’elle était déjà en procédure de sauvegarde, le placement en redressement judiciaire, dans ces conditions, constitue l’étape préalable à la liquidation de la société. 

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