Vie Portuaire
Nantes : Un nouveau simulateur de manoeuvre pour 15 stations de pilotage

Actualité

Nantes : Un nouveau simulateur de manoeuvre pour 15 stations de pilotage

Vie Portuaire

Silos, grues, hangars, navires à quai et même un sous-marin appareillant... A la passerelle, on voit défiler les bassins de Saint-Nazaire à plus de 30 noeuds. Le bateau vire soudain et la plateforme s'incline avec un réalisme « bluffant », comme si l'on était à bord d'une vraie vedette effectuant un virage serré. Flambant neuf et inauguré mercredi, le nouveau simulateur de manoeuvre installé à Nantes fait la fierté des pilotes d'une quinzaine de ports français. Stations de l'Adour (Bayonne), de Brest, de Concarneau, de la Guadeloupe, de Guyane, de la Loire, de Lorient, de la Martinique, de Mayotte, de l'Odet, de Port la Nouvelle, de Port-Vendres, de La Rochelle-Charente, des Sables d'Olonne, de Saint-Malo, de Sète, de Te Ara Tai (Tahiti) et, très récemment, de Nouvelle-Calédonie... En tout, 15 stations de pilotage ont mutualisé leurs moyens afin de disposer d'un équipement devenu incontournable en matière de formation et d'entrainement. Installé quai de l'Aiguillon, dans le Hangar 12 du port de Nantes, le nouveau simulateur s'étale sur 300 m². Un vaste poste de pilotage, équipé comme dans la réalité, reproduit la passerelle d'un navire. Cette plateforme panoramique fait face à un écran circulaire, qui va reproduire fidèlement l'environnement souhaité avec une vision à plus de 180 degrés. Météo, courantologie, marnage, configuration de tel ou tel port, conduite d'un porte-conteneurs ou d'un vraquier... La machine reproduit, ainsi, à peu près tous les environnements et types de navires que les pilotes vont être amenés à servir dans des lieux parfois très différents.

Le simulateur de Nantes (© : SPSA)
Le simulateur de Nantes (© : SPSA)

Centre de formation et de perfectionnement

Le simulateur de Nantes est un véritable centre de formation et de perfectionnement. Tout au long de l'année, les 15 stations, qui emploient 93 pilotes (dont 32 à Nantes Saint-Nazaire), se serviront de ce nouvel outil, qui complètera leurs moyens. Chaque station dispose, en effet, d'un poste d'instructeur. Ainsi, à Sète, une salle de travail permet de simuler la manoeuvre dans le port, avec les quais existants ou en projet. Il permet également la préparation et le débriefing des exercices qui sont joués au simulateur de Nantes, ainsi que la réalisation d'exercices en mode d'immersion dégradée (visuel à 60 degrés).

Poste de travail à Sète (© : SPSA)
Poste de travail à Sète (© : SPSA)

La « plateforme d'immersion » nantaise offre, néanmoins, des conditions de travail et des capacités nettement plus importantes. « Ce simulateur va permettre une amélioration de la formation initiale et continue, spécialement au niveau du facteur humain. Nous pouvons, ainsi, analyser le comportement des gens en passerelle, face à différentes situations, qu'il s'agisse de scénarios standards ou de scénarios plus compliqués. A l'issue de chaque cession, on débriefe et on travaille ensemble sur l'amélioration du comportement et de la perception. Tout cela, on ne peut pas le faire sur un vrai bateau. En effet, avec le simulateur, on peut se permettre de petites erreurs qui n'auront, évidemment, aucune conséquence grave. Or, on apprend beaucoup de ses erreurs », explique Frédéric Quiniou, président du Syndicat des Pilotes du Simulateur de l'Atlantique (SPSA). L'objectif n'est toutefois pas d'aller jusqu'à l'accident. « Nous n'allons pas jusqu'à l'abordage d'un navire ou du quai car nous nous sommes rendus compte que, même dans un simulateur, cela traumatisait. Les gens ont, ensuite, peur de mal faire. Or, ce que nous souhaitons, c'est qu'ils aient envie de bien faire. Un gros travail a, d'ailleurs, été réalisé avec les instructeurs, qui proposent de véritables cours particuliers, en fonction de la personnalité du pilote et de son comportement en passerelle ».

Maquette pilotée à Port Revel (© : SPSA)
Maquette pilotée à Port Revel (© : SPSA)

Port Revel et l'accompagnement des nouveaux projets portuaires

Même si d'énormes progrès ont été réalisés ces dernières années par l'informatique, les simulateurs ne peuvent, évidemment, pas tout faire. Bien que le réalisme de ces outils soit remarquable, ils n'« enterrent » pas certaines bonnes vielles méthodes de formation. Ainsi, le site de Port Revel, dans l'Isère, ne semble pas prêt de fermer ses portes. Créé en 1967, à l'époque des pétroliers géants, ce centre de formation aux situations de crise, de sauvetage et de survie en mer, ainsi qu'aux risques liés au facteur humain, permet de naviguer sur des modèles réduits de navires. Inertie, giration, point de pivot, effet de pas... Port Revel permet, au mieux, de ressentir sur l'eau la manoeuvre. C'est là que les pilotes, après leur formation initiale de capitaine, suivent des stages. Les pilotes maritimes européens et nord-américains constituent, d'ailleurs, 90 % des stagiaires du Centre de Port Revel, qui a formé depuis sa création près de 6000 pilotes, capitaines et officiers venus du monde entier.

La pilotine Golfe du Lion (© : PILOTES DE SETE)
La pilotine Golfe du Lion (© : PILOTES DE SETE)

S'ajoutant bien entendu à l'expérience acquise pendant leur carrière (les pilotes sont officiers de marine marchande et ont exercé les fonctions de commandant et de second sur différents types de navires) et au quotidien, le simulateur leur permet de se perfectionner, dans un environnement qui a énormément évolué ces dernières années, qu'il s'agisse des navires ou de la réglementation. « Pilote, c'est un métier particulièrement difficile qui suppose une formation initiale de plus en plus importante pour pouvoir gérer toutes les situations sur n'importe quel type de navire. Il faut maintenir le niveau de compétence et s'adapter aux technologies modernes. L'entrainement sur simulateur est essentiel », estime Michel Quimbert, président du Conseil supérieur de la Marine marchande.
Grace à leur nouvel outil, les pilotes du SPSA vont, par ailleurs, pouvoir accompagner les projets de développement portuaire. La simulation présente, en effet, l'avantage de pouvoir vérifier les conditions d'accès et de navigation pour les nouveaux terminaux. C'est, de cette manière, que le simulateur des pilotes du Havre a permis de valider, en 2007, l'aspect « approches nautiques » du projet de terminal méthanier à Antifer.

Le terminal GNL d'Antifer sur le simulateur des pilotes havrais (© : PILOTES DU HAVRE)
Le terminal GNL d'Antifer sur le simulateur des pilotes havrais (© : PILOTES DU HAVRE)

Un bel exemple de mutualisation

Le nouvel équipement installé à Nantes constitue une première en termes de mutualisation des moyens. Si les stations du Havre ou de Marseille, par leur importance, disposaient déjà de tels outils, les stations du SPSA ont mis leurs ressources en commun pour disposer d'un simulateur. Lancée par les pilotes de l'Adour, en décembre 2007, l'idée a rapidement germé dans d'autres stations. Fin 2007, le SPSA naissait avec une forme juridique analogue à celle des stations de pilotage, c'est-à-dire celle d'un syndicat professionnel. « C'est la seule forme juridique qui permet de respecter au mieux les intérêts des armateurs, de l'Etat et des pilotes », note Frédéric Quiniou. Progressivement, le SPSA a rassemblé 14 stations de métropole et d'outre-mer, une quinzième, celle de Nouméa, rejoignant tout récemment l'aventure. Le syndicat a, ainsi, permis de rassembler la somme nécessaire à l'investissement, soit 1.3 millions d'euros. Le port de Nantes Saint-Nazaire a, quant à lui, participé à hauteur de 200.000 euros. La mutualisation ne s'arrêtera d'ailleurs, pas qu'à l'achat et la gestion de cet outil. Renforçant ainsi leurs liens, la centaine de pilotes des 15 stations compte bien partager leurs retours d'expériences.
Essentiel au bon fonctionnement des ports, dont ils sont, pour reprendre le terme de Michel Quimbert, une « vitrine », les pilotes français réalisent, chaque année, plus de 100.000 opérations auprès des navires en escale.

La Couronnée IV (© : PILOTES DE LA LOIRE)
La Couronnée IV (© : PILOTES DE LA LOIRE)

Port de Nantes Saint-Nazaire