Marine Marchande
Nantes : Une nouvelle vie pour le Remorqueur

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Nantes : Une nouvelle vie pour le Remorqueur

Marine Marchande
Vie Portuaire

L’ex-remorqueur R7, construit chez Dubigeon il y a 106 ans, converti à la fin des années 60 en discothèque et qui servait jusqu’en 2015 de bar nocturne à Nantes, a quitté hier le bassin Saint-Félix. Repris par l’association Pick Up Production, celui que tout le monde connait ici sous le nom « Le Remorqueur », va revivre sur le site des anciens abattoirs, où il va redevenir un bar et lieu de concerts. Avant le grand départ, un pique-nique avait été organisé hier midi devant le bateau, réunissant des dizaines de personnes, dont de nombreux anciens habitués de ce qui fut pour plusieurs générations un haut lieu des nuits nantaises. L’occasion pour beaucoup de partager des souvenirs mémorables. Le tout en musique avec un groupe qui se produisait à bord du temps où le Remorqueur accueillait les fêtards jusqu’au petit matin.

 

Le Remorqueur au printemps 2017 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur au printemps 2017 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Après ces festivités d’au-revoir, la vieille coque de 26 mètres s’est ébranlée dans l’après-midi pour rejoindre la Loire via l’écluse Saint-Félix. Une manœuvre au chausse-pied, le Remorqueur atteignant presque les limites autorisées pour le passage. Pour franchir l’ouvrage, il a même fallu préalablement démonter la passerelle, qui sera remise en place dans les semaines qui viennent.

 

 

Le Remorqueur lors de son départ du bassin Saint-Félix hier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur lors de son départ du bassin Saint-Félix hier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur lors de son départ du bassin Saint-Félix hier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur lors de son départ du bassin Saint-Félix hier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur dans l'écluse Saint-Félix hier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur dans l'écluse Saint-Félix hier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le Remorqueur sortant de l'écluse Saint-Félix (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur sortant de l'écluse Saint-Félix (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le Remorqueur sortant de l'écluse Saint-Félix (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur sortant de l'écluse Saint-Félix (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le Remorqueur descendant la Loire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur descendant la Loire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Une fois l’écluse traversée, le Remorqueur, assisté par le petit pousseur Nicolas et quelques annexes, formant un attelage assez étonnant, a débuté sa descente de la Loire en longeant l’île de Nantes, avant de passer chemin faisant devant l’ancien chantier Dubigeon, où le navire fut construit. Le convoi a pour destination finale le terminal de Cheviré, sur la rive sud du fleuve.

C’est là que la coque va être grutée et sortie de l’eau. Car sa nouvelle vie, le Remorqueur la connaitra au sec. Il va être acheminé par la route jusqu’au site des anciens abattoirs, non loin de là, sur la commune de Rezé. Cette friche industrielle d’une quinzaine d’hectares est appelée à devenir au cours de la prochaine décennie un nouveau quartier de la métropole nantaise, avec immeubles d’habitations, bureaux, commerces et autres lieux. Mais avant cela, elle va accueillir pendant cinq ans Transfert, projet original porté par Pick Up Production, qui vise à aménager sur 3 hectares de ce gigantesque terrain une zone libre d’art et de culture. « Transfert s’inscrit dans un contexte « d’urbanisme transitoire » : l’occupation et la transformation du terrain précédera la création d’un quartier inclus dans la grande ZAC Pirmil – Les Isles. Avec la culture comme moteur, le projet participera ainsi à préfigurer et anticiper les usages des futurs habitants. Au-delà du contexte qui l’y prédispose, Transfert se définit par une volonté d’expérimenter. Pensé sur cinq ans, à mi-chemin entre l’éphémère et le pérenne, il proposera un terrain innovant, un espace de chantier permanent et ouvert qui se distinguera par une approche transversale. Il convoquera des acteurs d’horizons divers : scénographes, artistes, architectes, urbanistes, paysagistes, chercheurs… », explique l’association.

Un projet nantais pur jus pour une ville et son agglomération qui, durement touchées par la fermeture progressive des activités industrielles historiques, dont les chantiers navals à la fin des années 80, ont su rebondir grâce à la culture et en faire un puissant moteur de rayonnement et de dynamisme, y compris économique.

Alors que la métropole ligérienne, l’une des plus attractives de France, ne cesse de s’étendre, Transfert se veut comme un laboratoire d’une autre manière de penser le développement urbain, en y intégrant dès l’origine un pôle d’expérimentation collectif et citoyen dans les champs artistiques, culturels mais aussi environnementaux.

C’est dans ce cadre que va revivre le Remorqueur. Une fois au sec et transféré sur son site d’accueil, le navire sera remis en état et aux normes afin d’être ouvert au public dès le début du mois de juillet. Comme avant, ses fonds, par lesquels ont accèdera sans doute via une brèche dans la coque, accueilleront une salle de concert et un bar. « Il va parfaitement s’inscrire dans ce projet pluridisciplinaire qu’est Transfert, en redevenant un lieu de culture et de fête. Redonner vie au Remorqueur nous tient à cœur car c’est un morceau du patrimoine nantais, c’était un totem de la vie nocturne, tellement de gens y ont passé des soirées incroyables, il y a un vrai attachement à ce bateau », explique Romain, l’un des membres de l’association. Ce dernier explique aussi que sur la friche des anciens abattoirs, le Remorqueur « symbolisera le lien avec la Loire, sur un lieu où autrefois il y avait un port romain. La ville s’est toujours développée avec le fleuve et Transfert s’appuie aussi sur cette dimension, qui fait l’histoire de Nantes, ce qu’elle est et ce qu’elle deviendra ».

 

Le Remorqueur en 2017 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Remorqueur en 2017 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La Loire, l’ex-R7 l’a en effet beaucoup fréquentée puisque le navire, lancé en 1912, a passé ses cinquante premières années à naviguer entre Nantes et Saint-Nazaire, remorquant les navires de commerce qui remontaient et descendaient le fleuve. Mis en retraite dans les années 60, il est alors converti en discothèque et rejoint l’Erdre, où il restera longtemps amarré près du pont de la Motte Rouge. Abandonné un temps, le navire est repris en 1985 par Michel Ochard, qui le remet en état et le rouvre au public. Transféré au bassin Saint-Félix, le Remorqueur se transforme en café culture, avec un programme artistique plus développé. Tous les styles défilent, en particulier les musiques alternatives, devant un public très brassé, d’âges et d’origines sociales très diverses. Tout cela se rencontre et se mélange, faisant la particularité d’un lieu réputé pour ses fin de soirées folles, jusqu’au bout de la nuit, dans une ambiance aussi atypique qu’improbable et déglinguée, qui a marqué tant de Nantais ayant fréquenté ce lieu.

Au début des années 2010, le bateau change de propriétaire et les soirées festives continuent. Mais le Remorqueur vieillit, n’est plus vraiment aux normes et finit par fermer. La fin d’activité est notifiée par décision de justice le 30 septembre 2015. Le bateau est alors à l’abandon et, en 2016, on le trouve à vendre sur le Bon Coin, avant que Transfert voit le jour et qu’il soit finalement repris par Pick Up.

Que se passera-t-il ensuite, lorsque Transfert s’achèvera en 2022 ? On ne sait pas car c’est aussi ça le propre des expérimentations. Comme d'autres créations, Le Remorqueur restera peut être sur place, intégré aux futurs projets immobiliers et repris par une association ou un restaurateur, ou bien, on ne l’exclut pas chez Pick Up, sera-t-il remis à l’eau. « Nous avons envie de lui donner une nouvelle vie, et l’objectif c’est que ce ne soit pas la dernière ».

 

Port de Nantes Saint-Nazaire