Construction Navale
Nantes veut développer un Institut de Recherche Technologique sur les matériaux

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Nantes veut développer un Institut de Recherche Technologique sur les matériaux

Construction Navale

Les collectivités locales et les industriels ligériens, notamment dans le domaine de la navale, se mobilisent pour l'émergence, dans la région nantaise, d'un Institut de Recherche Technologique. Le projet, baptisé Jules Verne, rassemble 200 acteurs, dont 120 partenaires industriels et 40 laboratoires. Son objectif est de développer un IRT consacré aux matériaux composites et métalliques, ainsi qu'aux structures hybrides, afin de travailler sur de nouvelles technologies de production. « L'IRT est une concentration de moyens industriels et académiques permettant d'aller plus loin en matière de R&D. Le projet vise notamment les structures navales à la mer, le marché de l'énergie, dont les énergies marines renouvelables, ainsi que l'aéronautique et les transports terrestres », explique Laurent Manach, directeur du pôle de compétitivité EMC2. Dédié aux matériaux composites, ce pôle de compétitivité, fonctionnant sur le modèle du partenariat public/privé et labellisé en 2005, a déjà donné naissance à un petit IRT, le Technocampus EMC2. Installée à Bouguenais, cette plateforme de recherche et de formation, qui regroupe une douzaine de partenaires liés aux industries aéronautiques, automobiles et navales, s'étale sur 20.000 m2 et servirait de base de départ à l'IRT Jules Verne. « L'existence du Technocampus, sur lequel travailleront bientôt 300 personnes, est une bonne base pour ce que nous souhaitons faire avec l'IRT. C'est un pôle multi-filières et multisectoriel où le partage d'expérience est grand. Ainsi, STX peut par exemple parler avec Airbus de corrosion, de soudage et de nouveaux matériaux ».

 (© : TECHNOCAMPUS EMC2)
(© : TECHNOCAMPUS EMC2)

1000 chercheurs, 1000 étudiants et 5000 emplois créés

Mais, si l'institut voit le jour, le site aura une toute autre dimension. Le projet prévoit, en effet, qu'il s'installe sur une surface de 80.000 m2 et soit doté d'une douzaine de laboratoires, dont un consacré aux structures métalliques océaniques. En tout, l'IRT Jules Verne accueillerait un millier de chercheurs et autant d'étudiants, tout en générant, selon ses promoteurs, quelques 5000 emplois en 10 ans, ainsi que la création de 10 à 15 nouvelles entreprises. Conjuguant les moyens publics et privés, le nouvel ensemble permettrait aux chercheurs et aux industriels de mutualiser leurs ressources de R&D, créer des passerelles entre la recherche et les entreprises, partager les expériences acquises dans les différentes filières, jusqu'ici très cloisonnées... Tous ces efforts visent à mettre au point de nouvelles technologies permettant à l'industrie française de maintenir son rang face à une concurrence internationale de plus en plus vive. « Nous avons travaillé sur des thématiques d'intérêts par filière, en identifiant les développements nécessaires, les verrous technologiques rencontrés et le chemin à parcourir pour faire sauter ces verrous. A l'issue, nous avons imaginé cinq programmes structurants transfilières. L'objectif, à court et moyen terme, est de qualifier et valider les technologies dont nos filières ont besoin pour maintenir leur compétitivité », souligne Alain Bovis, directeur des Sciences et des Technologies de DCNS.
Pour mener à bien ces travaux, les acteurs de l'IRT pourront notamment s'appuyer sur les moyens du Technocampus (machine de placement de fibres, CND ultrasons laser-laser) et les grands équipements présents dans la région, comme le cyclotron Arronax, le bassin d'essais des carènes de l'Ecole centrale de Nantes ou encore la soufflerie Jules Vernes du CSTB. Sans compter les nouveaux moyen que les industriels s'engagent à mettre en place au sein de l'IRT.

 (© : STX France - BERNARD BIGER)
Les chantiers de Saint-Nazaire (© : STX France - BERNARD BIGER)

Le naval en première ligne

De l'élaboration du chantier et de l'usine du futur à l'éco-conception, en passant par la maîtrise de nouveaux matériaux... Qu'il s'agisse de construction de navires et de structures flottantes ou sous-marines, dans le domaine naval et offshore, la création de cet IRT est considérée comme cruciale pour l'avenir de la filière. Jules Verne est d'ailleurs le seul IRT capable de répondre aux problématiques de maintien de la compétitivité des filières navales civiles et militaires par le développement de processus et de technologies innovantes, telles qu'inscrites dans les conclusions du Grenelle de la Mer. « Notre filière a besoin de poursuivre ses recherches sur les matériaux métalliques et les matériaux composites, qui seront utilisés dans les technologies marines. L'un de nos objectifs est, notamment, de réduire le poids des structures et de travailler sur les épaisseurs et les conditions d'environnements. Nous souhaitons progresser dans le domaine de la modélisation pour travailler des structures les plus fines aux mégastructures assemblées », note Alain Bovis. Chez STX France, où, en plus des navires traditionnellement réalisés à Saint-Nazaire, on souhaite également se développer sur les énergies marines, la création de l'IRT répond également à un fort besoin. « Dans le domaine des énergies marines renouvelables, l'IRT interviendra en soutien de l'industrie. Il sera un fournisseur de briques technologiques au niveau des procédés et technologies de production. A l'image de ce que nous connaissons déjà avec le Technocampus EMC2, il nous permettra notamment d'établir des synergies entre filières et de profiter des meilleures expériences des uns et des autres. Et c'est, dans le même temps, une extraordinaire base de dialogue et de travail entre les industriels et le monde académique », précise Stéphane Klein, directeur Recherche et Innovation chez STX France.

 (© : TECHNOCAMPUS EMC2)
(© : TECHNOCAMPUS EMC2)

Le groupe Alstom, qui souhaite développer ses activités sur les EMR, est également partie prenante dans le projet, d'autant qu'il vient d'ouvrir à Nantes un bureau spécialisé dans les énergies marines. « Nous sommes très intéressés par le potentiel de l'IRT Jules Verne. En effet, Alstom Hydro, leader mondial de l'énergie hydro-électrique, considère le composite comme une piste d'avenir pour la réduction des coûts et travaille sur l'eau de mer pour les applications hydro-électriques. Dans le même temps, Alstom Wind, qui était sur l'éolien on-shore, développe actuellement une machine de 6 MW pour les applications offshores, ce qui implique des études sur les comportements marins. Enfin, le groupe travaille aussi sur les hydroliennes, notamment à travers le projet Orca, lancé il y a deux ans avec STX », explique Philippe Gilson, d'Alstom Hydro.
Dans le domaine des EMR, on notera d'ailleurs que les promoteurs de l'IRT Jules Verne prévoient déjà des passerelles avec l'Institut d'Excellence en Energie Décarbonées (IEED) France Energies Marines, implanté en Bretagne.

 (© : DCNS)
Eolienne flottante (© : DCNS)

Fortifier les filières industrielles et l'enseignement

Avec le projet d'IRT, les grands groupes impliqués dans le projet souhaitent conserver, ou prendre, une avance technologique sur la concurrence, tout en élaborant des méthodes et processus de production permettant de maîtriser les délais de fabrication, améliorer la qualité et réduire les coûts. Dans le sillage de ces donneurs d'ordres, l'objectif est aussi de permettre aux petites et moyennes entreprises de s'impliquer dans les projets et profiter des travaux menés pour se développer, notamment à l'export. « On constate que toutes les PME qui ont innové et se sont diversifiées résistent mieux. En Pays-de-la-Loire, le domaine des matériaux représente 4000 entreprises et 114.000 emplois. L'IRT donne une feuille de route aux PME, qui sauront où investir en voyant les engagements pris par les grands groupes dans les différentes thématiques », estime Bruno Hug de Larauze, président de la Chambre Régionale de Commerce et d'Industrie.
Le volet universitaire est, également, très important, les grandes écoles d'ingénieurs, les facultés scientifiques et techniques, ainsi que l'enseignement professionnel étant au coeur du projet. Le milieu universitaire doit, en effet, travailler main dans la main avec les professionnels afin de faire progresser la recherche fondamentale, transposer les avancées technologiques pour les rendre « utilisables » industriellement, assurer le transfert de technologie vers les entreprises et, évidemment, mettre en place des programmes de formation pour maîtriser des technologies nouvelles ou évolutives. « Du CAP/Bac Pro au doctorat, l'objectif est de répondre aux besoins locaux, nationaux et même internationaux des industriels. Nous voulons développer des métiers et formations liés à l'IRT, tout en créant de nouvelles formations initiales avec l'apparition de nouvelles technologies », souligne Yves Lecointe, président de l'université de Nantes.

 (© : TECHNOCAMPUS EMC2)
(© : TECHNOCAMPUS EMC2)

Dans l'attente d'une décision de l'Etat

Le dossier de l'IRT Jules Verne a été déposé fin janvier auprès des services de l'Etat. Ce dernier doit, en effet, distribuer une enveloppe de 2 milliards d'euros dans le cadre des investissements d'avenir. Ces moyens suscitent évidemment beaucoup de convoitise et, en tout, une trentaine de projets d'IRT auraient été présentés. Au printemps, des décisions devraient être prises par le gouvernement quant aux dossiers retenus. A Nantes, on attend de l'Etat quelques 200 millions d'euros, une somme qui viendrait s'ajouter aux financements consentis par les collectivités territoriales et les industriels, soit 500 millions d'euros supplémentaires.