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Naufrage de l'Ophélie : « gestion inadaptée de la croche du chalut », dit le BEAmer

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Naufrage de l'Ophélie : « gestion inadaptée de la croche du chalut », dit le BEAmer

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Dans la nuit du 3 au 4 décembre 2018, l’Ophélie, un chalutier en bois de 11 mètres, avait subitement sombré en baie de Saint-Brieuc alors que le vent soufflait d’ouest, 4 beaufort. Les marins n’avaient pas tenté d’appeler de l’aide par radio, téléphone mobile ou en appuyant sur le bouton d’alerte ASN. À 2h37, les secours avaient été prévenus par un signal émis par la balise Cospas Sarsat du bord. Arrivés sur zone les premiers des bateaux de pêche avaient découvert des débris. L’épave avait été rapidement localisée, reposant par 33 mètres de fond, et des plongeurs avaient extrait dès le 4 décembre le corps du matelot de la timonerie. Celui du patron avait été retrouvé dans le poste d’équipage, lors du renflouement.

Six mois plus tard, le BEAmer vient de publier son rapport d’enquête. Il conclut que « la perte de stabilité qui a entraîné le naufrage de l’Ophélie est très probablement due à une gestion inadaptée de la croche du chalut sur une roche », comme le montre une photo du rapport. « Le chavirage n’a été précédé d’aucune tentative d’appel de détresse ; il a donc dû être très rapide et inattendu », remarque le BEAmer, qui pointe qu’ « en l’absence de survivants et d’éléments concrets, le BEAmer ne peut pas émettre d’autre hypothèse sur la cause du naufrage qu’une gestion infructueuse de la croche ».

En principe, a indiqué l’armateur au BEAmer, « le premier réflexe en cas de croche est de débrayer le moteur, afin de stopper le navire et diminuer son assiette pour donner du mou dans les funes. Dans un deuxième temps, essayer de virer. En dernière extrémité, les funes sont larguées et marquées d’une bouée pour être ultérieurement récupérées par un plongeur ». Or, il semble que le matelot qui se trouvait en timonerie a battu en arrière toute, alors que les freins des treuils sont restés serrés.

L’armateur s’est dit « surpris par l’absence de réaction de l’équipage », selon le document. Pour le BEA, « ce manque de réaction est sans doute imputable à l’absence du patron en timonerie au moment de la croche » et « aux effets du cannabis sur les capacités cognitives du matelot, provoquant un allongement de son temps de réaction et une mauvaise coordination de ses mouvements, alors qu’il était confronté à une situation nécessitant la pleine possession de ses moyens ». Une expertise médicale a révélé qu’il avait un « taux significatif de 9,8 ng/mg de THC dans le sang, concluant à l’influence du cannabis au moment de l’accident ».

Le BEAmer tire comme enseignement que « les navires non équipés de treuils débrayables depuis la timonerie sont plus vulnérables en cas de croche ». Il écrit également que « les équipages des navires de pêche doivent avoir conscience des risques encourus lorsque leur capacité de réaction est diminuée par la consommation de cannabis ».