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Naval Energies : Les hydroliennes, c’est fini

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Après avoir investi dans l’aventure de l’hydrolien pas moins de 250 millions d’euros en à peine 10 ans, Naval Group arrête les frais. L’industriel et ses partenaires jettent l’éponge sur cette technologie mais maintiennent leur présence sur l’éolien flottant et l’énergie thermique des mers (ETM).  

Le Conseil d’administration de Naval Energies, société commune de Naval Group (55%) et Bpifrance, associés à Technip et BNP Paribas, a décidé le 25 juillet de mettre fin à l’activité de l’entreprise dans le domaine de l’hydrolien. La veille de cette décision, elle avait pourtant mené à bien le déploiement et la connexion au réseau électrique d’une nouvelle hydrolienne dans la baie de Fundy, au Canada, pour la seconde fois en deux ans. « La technologie que nous avons développée est mature et nous l’avons emmenée jusqu’à la phase de démarrage industriel. Mais le marché s’est fermé. Depuis quelques mois, nous constatons une très forte pression des autres énergies marines, en particulier l’éolien, qui a vu ses coûts drastiquement baisser. Pour compenser le coût plus élevé de l’hydrolien (Naval Energies espérait en phase commerciale faire baisser les coûts à environ 150 euros le MW/h, ndlr), nous avions une proposition de valeur, via la prédictibilité et la constance de cette énergie sur le long terme ainsi qu’un fort impact sur les économies locales. Nous avons malheureusement constaté que les Etats n’étaient pas prêts à soutenir et subventionner cette proposition de valeur », explique le président de Naval Energies. Selon Laurent Schneider-Maunoury : « la dégradation de la situation du marché, en France et dans le monde tout au long de ces derniers mois, s’est traduite par une absence de perspectives commerciales qui ne nous permet pas de financer seuls plus longtemps le développement des activités hydroliennes. Dans ces conditions, il devenait déraisonnable de poursuivre les investissements car cela aurait conduit à un épuisement des ressources de l’entreprise et donc in fine à l’affaiblissement de Naval Energies ».

Des signaux commerciaux négatifs partout dans le monde

Les perspectives autour de la future Programmation Pluriannuelle de l’Energie en France, mais aussi le repositionnement des autorités britanniques sur le soutien au développement de l’hydrolien, ont sonné le glas de cette activité. « L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), dans le cadre du débat public sur la PPE en France, ne prévoit que 100 à 150 MW installés d’ici 2028, soit 50 turbines de 2 MW dans dix ans. Le Royaume-Uni a fait le choix depuis deux ans de ne pas subventionner spécifiquement l’hydrolien et donc d’exiger des coûts au même niveau que l’éolien posé, ce qui n’est pas possible pour une technologie qui démarre. Au Canada on constate aussi une sensibilité très importante au coût de la technologie », souligne Naval Group. Laurent Schneider-Maunoury ajoute : « Le Canada supporte des projets expérimentaux ou pilotes mais n’exprime aucune intention de lancer un appel d’offres commercial. Les Philippines se demandent s’ils peuvent mobiliser des moyens financiers pour de tels projets, au Chili la seule chose qui compte c’est le coût et la technologie qui fait référence là-bas, c’est le solaire, à 30/40 euros le MW/h. Quant au Japon, il a repoussé de 6 ans la révision de sa politique énergétique. J’ai rencontré ces derniers mois des responsables de haut niveau partout dans le monde et tous nous disent que ce que nous proposons est formidable, mais que leurs pays ne sont pas prêts à payer une technologie plus chère que les autres ».

Liquidation d’OpenHydro

Conséquence, la société irlandaise OpenHydro, au capital de laquelle Naval Group (alors DCNS) était entré en 2011 avant d’en prendre le contrôle, fait l’objet d’une procédure de liquidation judiciaire. « Un liquidateur a été nommé il y a quelques heures, c’est lui qui prendra les décisions quant à l’avenir des actifs de la société », indiquait ce jeudi 26 juillet Laurent Schneider-Maunoury. Y aura-t-il un repreneur ? Rien de moins sûr apparemment puisque le patron de Naval Energies confie qu’il n’a enregistré jusqu’ici « aucune marque d’intérêt ». Aujourd’hui détenue à 71% par Naval Group, OpenHydro et ses différentes filiales internationales, dont celle au Canada, emploient 102 personnes, pour l’essentiel en Irlande. Une dizaine de salariés d’OpenHydro travaillent à Cherbourg, où une toute nouvelle usine capable de produire 25 hydroliennes par an avait pourtant été inaugurée en juin dernier.

Quel avenir pour la nouvelle usine de Cherbourg ?

Elle devait débuter prochainement son activité avec deux nouvelles machines destinées pour l’une à la baie de Fundy et pour l’autre au Japon. Des projets qui tombent à l’eau, tout comme le parc pilote du Raz Blanchard, piloté par EDF et pour lequel l’usine devait produire 7 hydroliennes. « L’assemblage des machines à l’export n’avait pas débuté et nous n’avions pas encore reçu de commande pour le projet d’EDF. Pour ce qui est de l’avenir de l’usine de Cherbourg, ce sera au liquidateur de se prononcer, nous avons évidemment quelques pistes de travail mais aucune décision n’est prise ».

Parmi ces pistes, la possibilité par exemple d’assembler des échangeurs destinés à des centrales d’énergie thermique des mers, une activité que Naval Energies entend poursuivre, de même que l’éolien flottant. D’une surface de 5500 m² au sol (5900 en tout), avec un atelier principal de 150 mètres de long pour 37 mètres de large et 20 mètres de hauteur, le site cherbourgeois, flambant neuf, pourrait aussi, éventuellement, servir à l’intégration de data-centers sous-marins, Naval Energies ayant livré il y a quelques semaines un premier équipement de ce type à Microsoft.

Recentrage sur l'éolien flottant et les centrales ETM

Naval Energies, qui avait déjà significativement réduit ses effectifs cette année (ils atteignaient 260 collaborateurs fin 2017), ne va plus compter que 98 salariés. Ceux-ci sont mobilisés sur les deux dernières lignes de produits de l’entreprise : l’éolien flottant et l’énergie thermique des mers. Si l’arrêt des hydroliennes est évidemment un coup dur, pour Laurent Schneider-Maunoury, Naval Energies a encore de belles cartes à jouer : « Nous sommes une société spécialisée dans les EMR et, même sans les hydroliennes, nous restons et de loin la plus importante. Nous avons toujours la volonté d’être un acteur référent des énergies marines et nous sommes toujours les seuls à avoir plusieurs lignes de produits permettant de répondre dans le monde entier à des besoins qui peuvent selon les zones être satisfaits avec l’ETM ou l’éolien flottant, qui semblent aujourd’hui avoir plus de perspectives commerciales que l’hydrolien ».

- Voir notre article sur le recentrage des activités autour de l'éolien flottant et l'ETM

 

Naval Group (ex-DCNS)