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Naval Group : le bras de fer se poursuit autour du MCO de la flotte à Toulon

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Naval Group : le bras de fer se poursuit autour du MCO de la flotte à Toulon

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Cela fait plus d’un mois maintenant que les équipes de Naval Group ne montent plus à bord des deux sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de la Marine nationale en arrêt technique à Toulon (*). Et cela pourrait s’étendre aux bâtiments de surface stationnés dans la base navale varoise. Représentants du personnel et direction sont en effet engagés depuis plusieurs semaines dans des négociations musclées qui se sont transformées en bras de fer ces derniers jours. Le cœur du problème réside dans les mesures de protection proposées au personnel devant travailler à bord des bateaux. Depuis le début de la crise du Covid-19, la direction a mis en place toute une batterie de mesures permettant de respecter les gestes barrières, et notamment la distanciation sociale, afin d’éviter que les personnels soient infectés. Des mesures insuffisantes selon certains syndicats, qui avaient en mars fait valoir un droit de retrait en lançant une procédure de danger grave et imminent (DGI). L’affaire est dès lors remontée à l’Inspecteur du travail des Armées (ITA), qui a mené son enquête, rencontré tous les protagonistes et remis ses conclusions quant aux mesures proposées par Naval Group pour reprendre le travail. Avec des recommandations et exigences. Après en avoir tenu compte, la direction espérait trouver un accord la semaine dernière avec les syndicats pour lever le DGI et permettre le retour des équipes à bord des SNA, sachant que le travail avait commencé à reprendre dans les ateliers sur des équipements du Rubis, la situation étant toujours au point mort sur la Perle. Mais cela ne s’est pas passé de cette manière et, lundi 20 avril, trois organisations syndicales (majoritaires) sur cinq ont, cette fois, annoncé leur intention de poser un nouveau DGI (le premier n’ayant même pas encore été levé), qui sauf coup de théâtre devrait être confirmé à partir de ce mardi à l’occasion d’un Comité Social d’Entreprise (CSE).

Craintes autour d’une contamination par les systèmes de ventilation

Pour que les opérations de maintien en condition opérationnelle (MCO) reprennent à bord des bateaux, les syndicats, CGT en tête, réclament l’obligation de porter un masque, des contrôles de température ou encore des dépistages. Sur la question du masque, la direction a accepté son emploi dans les zones confinées où il n’est pas possible de respecter une distance d’au moins un mètre entre personnes y travaillant. Ce qui ne va pas assez loin pour les représentants du personnel. « Sauf à ce que la direction résolve le problème d’un coup de baguette magique, ce DGI sera confirmé en CSE et nous allons repartir pour un tour avec l’ITA », commente un responsable syndical. Ce qui se traduirait non seulement par un statu quo sur les SNA, mais aussi l’arrêt probable du travail à bord des bâtiments de surface. « La situation a maintenant changé car l’affaire du porte-avions est venue se greffer là-dessus. Il semble en effet que l’épidémie sur le Charles de Gaulle a pu se développer par la ventilation. Nous craignons donc un risque de contamination pour tous les bâtiments, pas uniquement les sous-marins. Le port du masque obligatoire sur tous les bateaux est donc vraiment un minimum. On ne voit d’ailleurs pas où est le problème puisqu’on nous dit qu’il y a des stocks de masques. La direction affirme à qui veut l’entendre que sa priorité est la santé des personnels mais c’est aussi le cas des syndicats, c’est bien la première de nos préoccupations. Nous comprenons les engagements de l’entreprise vis-à-vis de l’Etat et de la marine, mais on ne veut pas aller au boulot pour tomber malade, il faut respecter le personnel », explique-t-on chez un syndicat pourtant réputé modéré, où on se montre particulièrement remonté par le conflit en cours.

Impératifs opérationnels

Une dégradation du climat social qui inquiète le ministère des Armées puisque les opérations de maintenance prennent du retard, ce qui si la situation perdure aura inévitablement des conséquences opérationnelles. « Dans le contexte de crise que nous traversons, il n’est pas question de mettre en jeu la santé des personnes travaillant sur les arrêts techniques des navires de la marine. La première préoccupation de la marine est que les marins, les personnels civils de la défense et les collaborateurs des entreprises impliquées puissent travailler dans des conditions conformes aux normes SST en vigueur. Pour autant, le MCO des unités de la marine, qu’il s’agisse des bâtiments de surface, des sous-marins ou des aéronefs est vital. En effet, il conditionne la faculté de la marine à poursuivre  à court et à moyen terme les opérations essentielles. Pour que les opérations navales continuent, les objectifs de mise à disponibilité des unités en entretien doivent être tenus », explique-t-on à l’état-major de la Marine nationale.

La communication de Naval Group

Du côté de Naval Group, plus d’interview possible pour comprendre ce qui se passe localement. Sous pression peut-être de son client, l’industriel se contente désormais d’une communication générale à l’échelon central : « Les mesures sanitaires exceptionnelles que nous mettons en place au sein des sites de Naval Group, en parallèle du télétravail déjà largement déployé, permettent aux collaborateurs d'exercer leur activité en respectant rigoureusement l'ensemble des règles sanitaires. Nous travaillons en collaboration étroite et permanente avec la médecine du travail pour garantir le respect strict des gestes barrières et  de toutes les consignes de sécurité exigées par la crise sanitaire actuelle. ll s’agit notamment d’organisation en équipes distinctes, d’aménagement des espaces de travail pour respecter une distance entre les personnes, du port du masque pour les opérations en espace confiné, etc. En cas de difficultés, les collaborateurs peuvent les signaler directement à leur responsable. Nous comprenons le contexte anxiogène provoqué par cette crise sanitaire, et notre objectif est de soutenir et accompagner nos collaborateurs. Naval Group est une entreprise à très forte dimension humaine, et à ce titre nous mettons tout en place avec nos partenaires, la médecine du travail, l'Agence régionale de santé, pour trouver ensemble des solutions au cas par cas qui permettent aux collaborateurs de travailler en toute sécurité. Nous avons également la chance d'avoir des équipes médicales présentes sur nos sites auprès desquelles les collaborateurs peuvent faire appel quand ils en ressentent le besoin afin de lever toute inquiétude ».

(*) Le Rubis doit débuter une période d’entretien intermédiaire à flot, l’une des dernières opérations dont le bâtiment va bénéficier avant son retrait du service, prévu en fin d’année. La Perle a quant à elle commencé en novembre dernier son ultime arrêt technique majeur, un chantier décennal qui va voir la révision complète de ses installations et équipements, des modernisations de systèmes, le carénage et la vérification de la coque épaisse, ainsi que le rechargement de son cœur nucléaire. Un chantier de grande ampleur dont la durée est habituellement de 18 mois et qui mobilise des centaines de personnes, collaborateurs de Naval Group et sous-traitants.

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