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Naval Group : le nouveau patron fait le point sur la remontée en puissance

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Naval Group : le nouveau patron fait le point sur la remontée en puissance

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Arrivé à la tête de Naval Group le 24 mars, en pleine crise du Covid-19, Pierre-Eric Pommellet a tenu hier sa première conférence de presse avec une demi-douzaine de media, dont Mer et Marine.

10.000 collaborateurs présents sur les sites. Le nouveau président de Naval Group met l’accent sur la remontée en puissance « progressive et maitrisée » de l’activité. « Cette semaine, plus de 10.000 personnes sont présentes sur les différents sites du groupe, soit 60% de nos collaborateurs et, si nous y ajoutons ceux qui sont en télétravail, l’activité monte à 80% et sera à 90% dès la semaine prochaine ». Sachant qu’au plus bas, pendant le confinement, il n’y avait plus que 1800 salariés de Naval Group présents dans ses différents établissements. Evidemment, il y a l’avant et l’après-Covid, on ne travaille plus de la même manière, il faut respecter des mesures de sécurité sanitaires strictes et l’organisation a été bouleversée. Et il y a eu également des relations compliquées avec les organisations syndicales ces dernières semaines. Un nouvel accord d’entreprise à l’échelon central a ainsi capoté récemment, des accords locaux sur l’organisation du travail étant donc conclus sur chaque site.

Maintien des activités stratégiques pendant la crise. Pierre-Eric Pommellet souligne que malgré cette situation inédite, l’entreprise a été capable de tenir ses engagements les plus critiques envers ses clients, en particulier la Marine nationale. « Les activités de défense nécessitent une continuité, même dans les périodes les plus difficiles. La posture de dissuasion a été tenue autour de l’Ile Longue et de Brest avec un très haut niveau d’activité et nous avons aussi participé à la préparation du porte-hélicoptères amphibie Dixmude pour le lui permettre de partir aux Antilles dans le cadre de la mission Résilience. Nous sommes aussi intervenus sur le PHA Tonnerre (engagé fin mars dans le transfert médical d’une douzaine de malades atteints du Covid-19 entre la Corse et le continent, ndlr) ».

Jalons franchis pendant la période. Malgré un bouleversement organisationnel, qui a notamment impliqué de pouvoir gérer jusqu’à 6000 connexions simultanées pour le télétravail (contre quelques centaines habituellement), Naval Group a pu franchir comme prévu des étapes importantes pour les programmes en cours. Ce fut le cas le 8 avril en Australie, avec un jalon « extrêmement important et très attendu » concernant le design intermédiaire des futurs sous-marins australiens. Un autre a été franchi ce mois-ci pour le programme des chasseurs de mines belges et néerlandais. Il y a également eu le début des essais en mer du Suffren, le premier des six nouveaux SNA français, un « sacré challenge en pleine crise », ou encore la mise à l’eau de la troisième des quatre corvettes du type Gowind commandées par l’Egypte. « Il y a également eu beaucoup d’ingénierie et là aussi des jalons franchis, par exemple sur les études des futurs SNLE et du porte-avions de nouvelle génération ».

Soutien au réseau de fournisseurs. « Nous avons maintenu tout au long de la période, et toujours maintenant pour la remontée en puissance, des contacts extrêmement étroits avec nos partenaires. Il y a eu un suivi individualisé des sous-traitants et nous avons été amenés à faire des avances de trésorerie, des avances sur commandes, pour aider certains à passer la crise. Cela, en lien avec la DGA, qui était très attentive sur ce sujet, mais aussi Bpifrance et au niveau de la filière avec le GICAN. A ce jour, aucun des fournisseurs avec lesquels nous sommes en contact n’a eu de défaillance. C’est primordial car notre remontée en puissance ne peut se faire qu’avec eux ».

Maintien des efforts en faveur de la formation et de l’embauche des jeunes. Malgré les incertitudes qui pèsent actuellement dans tous les secteurs en raison de la crise économique provoquée par le Covid-19, Naval group veut maintenir ses objectifs dans ce domaine. « C’est le moment où nous devons avoir un regard particulier sur la jeunesse. 4500 personnes ont rejoint Naval Group ces trois dernières années. La transmission des compétences entre générations est essentielle et nous allons par conséquent poursuivre une politique ambitieuse, notamment en matière d’apprentissage. Nous avions prévu 400 apprentis cette année et nous avons évidemment pris du retard mais nous allons justement redoubler d’effort pour atteindre cet objectif». Ce niveau, équivalent à 2018 et 2019, sera également maintenu pour 2021. Quant au volume de recrutements, sera-t-il maintenu ? « Le sujet du recrutement est lié à la situation future, que nous pourrons mieux apprécier vers l’automne, notamment sur le maintien des investissements en France », explique le président de Naval Group, qui se montre plutôt optimiste quant au respect des objectifs navals fixés par l’actuelle loi de programmation militaire : « J’ai le sentiment que tous les grands programmes sur lesquels nous sommes engagés seront maintenus mais ce sera évidemment au gouvernement de se prononcer ».

« Pour l’instant nous n’avons perdu aucun client ni aucun programme ». Comme toutes les entreprises, Naval Group va inévitablement voir ses résultats de l’année impactés, mais il est pour Pierre-Eric Pommellet encore « trop tôt » pour chiffrer cet impact. « Nous aurons plus de visibilité cet été ». Au-delà, la grande question est de savoir quelles conséquences aura la crise économique qui débute et qui s’annonce violente sur le marché du naval militaire et les capacités budgétaires des Etats. « Pour l’instant nous n’avons perdu aucun client ni aucun programme. En matière de prospects, les discussions se poursuivent », par exemple aux Pays-Bas (sous-marins), en Grèce (frégates) ou encore en Roumanie (corvettes) et au Moyen-Orient. « Globalement, l’environnement politique mondial renforce le besoin. Après, il y aura la crise économique et nous verrons dans les semaines et mois qui viennent quelles seront les conséquences budgétaires et comment seront ou non rééchelonnés les besoins de défense ».

« Le navire est extrêmement solide ». Deux mois après avoir pris la barre de Naval Group, et fait ces dernières semaines la tournée des différents sites, celui qui se présente comme « un homme d’usine » dit avoir découvert des établissements et rencontré des collaborateurs « passionnants ». Lui qui avait commencé sa carrière dans l’ancienne DCN, et a évolué ces dernières années chez Thales, se montre enthousiaste et confiant dans la résilience de l’entreprise : « Après avoir passé deux mois en pleine tempête, je peux dire que le navire est extrêmement solide. Nous sommes encore dans le gros temps et une crise économique se profile, mais je constate que l’équipage est compétent et performant. L’avenir de Naval Group est entre ses mains et je pense qu’on a tout pour réussir ».

Thales, un partenaire « indispensable ». Au cours de ce premier échange avec la presse, Pierre-Eric Pommellet a également été interrogé par Mer et Marine sur les relations entre Naval Group et Thales, qui en est actionnaire à 35%. Des relations qui n’ont pas toujours été simples, voire problématiques ces dernières années. « On peut parler des rivalités entre Naval Group et Thales, et de leur côté positif, celui que j’ai le plus souvent vécu. Thales est un partenaire indispensable de Naval Group et réciproquement. Ce que nous faisons ensemble est unique. Nous avons par exemple un partenariat exceptionnel dans le domaine de la lutte anti-sous-marine ou encore sur les frégates de défense et d’intervention. Il peut y avoir des situations concurrentielles mais souvent Thales peut être équipementier de part et d’autre. Pour que ça marche bien, il faut se parler et avoir des relations transparentes et de confiance ».

Poursuite du développement de l’alliance franco-italienne. Nous avons également interrogé le nouveau président de Naval Group sur l’alliance nouée par son prédécesseur Hervé Guillou avec Fincantieri, qui a donné naissance à une société commune, Naviris. « Nous devons renforcer la coopération européenne et je souscris complètement au projet de coopération franco-italienne dans la défense. L’Italie est d’ailleurs le seul pays avec lequel nous avons réalisé des coopérations dans le naval, avec d’abord les frégates Horizon puis les FREMM. Aujourd’hui, Naviris est organisée et démarre. J’espère qu’elle pourra bientôt signer ses premiers contrats, notamment de la R&D avec l’Europe ». Quant à la question de savoir, pour de futurs bâtiments franco-italiens, comment se gèrera la question du choix entre Thales et Leonardo pour les équipements électroniques, notamment les radars, Pierre-Eric Pommellet se veut très pragmatique : « la responsabilité du maître d’œuvre sur les équipements se fera en fonction de la situation, des aspects concurrentiels et des besoins des clients ».

« Jouer sur tous les terrains de jeu ». Globalement, le nouveau patron de Naval Group estime que l’entreprise doit se développer par des projets purement nationaux et dans le même temps via des coopérations : « La FDI est typiquement un objet de l’équipe de France et, dans le même temps, il nous faut la capacité d’avoir une équipe européenne, on peut ainsi jouer sur tous les terrains de jeu en fonction des situations ».

Propos recueillis par Vincent Groizeleau

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Naval Group (ex-DCNS)