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Naval Group : Première Gowind livrée

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Mois de 28 mois après la découpe de sa première tôle, l’Elfateh, toute première corvette du type Gowind 2500 construite par Naval Group, a fait ses adieux à Lorient ce week-end. Entre les mains de son équipage égyptien, le bâtiment fait maintenant route vers la Méditerranée, où il va rejoindre la base navale d’Alexandrie.

Tête de série d’un programme allant compter au moins quatre unités, les trois suivantes étant produites en transfert de technologie par les chantiers égyptiens, l’Elfateh a été conçue et réalisée en « un temps record », souligne Hervé Guillou, président de Naval Group. Il ne s’est en effet écoulé que trois ans entre la commande, à l’été 2014, et la réception - dans les temps impartis par le contrat - de la corvette par la marine égyptienne. Un beau défi pour un prototype, qui plus est une plateforme de combat, aux normes militaires afin d’offrir un niveau maximal de survivabilité, mais aussi très équipée et lourdement armée, avec des capacités offensives et défensives dans tous les domaines de lutte.  

 

L'Elfateh réceptionnée par la marine égyptienne lors d'une cérémonie le 22 septembre (© NAVAL GROUP)

 

 

Lors de la cérémonie de livraison du 22 septembre à Lorient (© NAVAL GROUP)

 

 

La corvette Elfateh sur le site Naval Group de Lorient (© NAVAL GROUP)

 

Partenariat stratégique

La rapidité avec laquelle le bâtiment a été construit et pris en main par son équipage tient notamment au fait que l’Egypte, comme l’ont déjà souligné à plusieurs reprises les dirigeants de Naval Group comme les officiers généraux de la marine française, est historiquement un grand pays maritime. Sa flotte, la plus puissante du sud du bassin méditerranéen et la plus importante du Proche et du Moyen-Orient, est très active et servie par des marins au savoir-faire reconnu. Alors que l’Egypte est en première ligne face au terrorisme dans cette partie du monde, le pays, depuis l’accession au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi en 2014, est redevenu un allié de poids et un partenaire économique et militaire privilégié de la France. Celle-ci participe d’ailleurs fortement à la modernisation des forces armées égyptiennes.

 

 

C’est le cas dans le domaine aérien, avec la vente par Dassault Aviation de 24 Rafale, et de manière encore plus notable dans le segment naval. Avant les quatre Gowind, autour desquelles des discussions se poursuivent pour la réalisation d’unités supplémentaires, Naval Group a déjà livré en 2015 une frégate lourde du type FREMM, la Tahya Misr, puis en 2016 les deux bâtiments de projection et de commandement du type Mistral initialement construits pour la Russie et devenus Gamal Abdel Nasser et Anwar el-Sadat. Des programmes qui ont permis au groupe de s’implanter dans le pays et d’y développer une activité croissante, à la fois pour assurer la maintenance des unités livrées, mais aussi pour aider les chantiers d’Alexandrie à produire les prochaines Gowind.

 

Lancement de la production des Gowind à Alexandrie en avril 2016 (© NAVAL GROUP)

 

L’heure est donc désormais aux corvettes, qui vont elles-aussi permettre à la flotte égyptienne d’accroître significativement ses capacités de surveillance, de renseignement, d’intervention et de protection de son espace maritime et de ses intérêts stratégiques. Avec notamment, en ligne de mire, le sud de la Méditerranée orientale, mais aussi la mer Rouge, la marine égyptienne intervenant jusqu’à l’ouvert de l’océan Indien, afin de participer à la sécurisation de la grande route maritime reliant l’Asie, l’Inde, le Moyen-Orient, la Méditerranée et l’Europe. Une zone où les navires sont, depuis 2016, sous la menace d’attaques menées depuis la côte yéménite, en marge de la guerre civile qui secoue le pays, devenu un lieu d’affrontement interposé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.  

 

La corvette Elfateh pendant ses essais (© NAVAL GROUP)

 

Des unités de combat de 2600 tonnes

Pouvant être considérées comme des frégates compactes, les nouvelles Gowind égyptiennes mesurent 102 mètres de long pour une largeur de 16 mètres et un déplacement de 2600 tonnes en charge. Equipées d’une propulsion diesel-électrique, avec une puissance de 10 MW, ces corvettes affichent une vitesse maximale de 25 nœuds, l’autonomie étant de 3700 milles à 15 nœuds. Armées par un équipage de 65 marins, elles offrent des logements pour 15 personnels supplémentaires, pouvant constituer le détachement aérien. Les Gowind sont en effet conçues pour pouvoir embarquer un hélicoptère de 10 tonnes, complétant les moyens de lutte antinavire et anti-sous-marine.

L’Elfateh et ses sisterships mettront en œuvre un système surface-air VL Mica (16 missiles), 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block 3, une tourelle de 76mm, deux canons de 20mm et des tubes lance-torpilles. Elles disposent d’un sonar de coque de la famille Kingklip, ainsi qu’un sonar remorqué Captas 2.

 

Le PSIM de la corvette Elfateh (© MER ET MARINE - NAVAL GROUP)

 

Un mât intégré sous forme de module indépendant

Les Gowind sont équipées du système de combat SETIS, développé par Naval Group et qui gère l’ensemble de l’armement et des senseurs. En matière d’électronique, ce sont les premiers bâtiments conçus par l’industriel français à disposer de son nouveau concept de mât intégré modulaire. Il s’agit du Panoramic Sensors and Intelligence Module (PSIM), ensemble réalisé d’un bloc regroupant la mâture avec l’essentiel des senseurs et moyens de communication, le Central Operation ainsi que les locaux techniques associés. Le radome du PSIM abrite un radar de veille SMART-S, ainsi qu’une suite de guerre électronique. Les PSIM sont fabriqués, équipés et testés indépendamment des coques, permettant de mener l’intégration, les essais et la mise au point des systèmes critiques avant l'installation sur les bâtiments.

 

A la passerelle de la corvette Elfateh (© NAVAL GROUP)

 

Le « sea proven » devrait favoriser de nouvelles ventes  

Pour Naval Group, la livraison de l’Elfateh est un évènement très important car il concrétise son retour sur le marché actuellement très porteur des corvettes, d’où il était absent depuis de nombreuses années. L’industriel est parvenu à percer sur ce segment très concurrentiel avec un design imaginé exclusivement pour l’export, ne bénéficiant donc pas comme c’est le cas habituellement du support des programmes de la marine française. Naval Group, qui dispose désormais d’un produit fini et opérationnel, espère que le label « Sea Proven » de la Gowind favorisera de nouvelles ventes. D’autant qu’il n’y a pas qu’avec l’Egypte que ce modèle devient réalité. Il a également été sélectionné en 2011 par la Malaisie, dans une version un peu plus grande, avec la construction en transfert de technologie de six unités au chantier Boustead de Lumut. Ce dernier a mis à l’eau la tête de série à la fin de cet été, offrant une nouvelle référence à la corvette française.

Fort de ces premiers succès commerciaux, avec en tout 10 corvettes de nouvelle génération vendues pour le moment, Naval Group propose la Gowind à de nombreux pays, de l’Amérique latine au Moyen-Orient, en passant par l’Europe de l’est et l’Asie du sud-est.

 

La première corvette malaisienne a été mise à l'eau fin août (© MARINE MALAISIENNE)

Naval Group (ex-DCNS)