Disp POPIN non abonne!
Défense
Naval Group / Piriou : Le contrat des OPV argentins entre en vigueur

Actualité

Naval Group / Piriou : Le contrat des OPV argentins entre en vigueur

Défense

Signé en novembre à Buenos Aires, le contrat portant sur la livraison par la France de quatre patrouilleurs hauturiers destinés à la marine argentine est entré en vigueur jeudi 14 février. D’une valeur de 300 millions d’euros, ce marché porte sur la livraison de L’Adroit, mis en service fin 2011 et opéré par la flotte française jusqu’à l'été 2018, ainsi que la construction de trois nouvelles unités du même modèle (type OPV 87).

Réalisation entre Concarneau et Lorient

Titulaire du contrat, Naval Group assurera la direction du programme, les travaux de conception et de design, ainsi que l’intégration du système de lutte Polaris. L’industriel mènera également à bien l’adaptation de L’Adroit avant son transfert en Argentine. Pour ce qui est des trois patrouilleurs neufs, « la réalisation des plateformes sera prise en charge par Kership », explique-t-on chez Naval Group. Kership, c'est sa société commune avec Piriou. Le chantier de ce dernier à Concarneau sera mobilisé. Par ailleurs, « le management de Kership envisage comme une des solutions possibles la réalisation d’éléments des coques des trois navires sur le chantier du Rohu à Lanester ». La reprise d’activité dans ce site racheté par Kership aux Chantiers de l’Atlantique en 2016, puis mis sous cocon faute de commandes depuis plus d’un an, n’est donc pas encore actée.

Un montage industriel qui dépendra d’autres contrats

Elle dépendra probablement de l’évolution de la charge de travail à Concarneau et dans l’établissement lorientais de Naval Group. En attendant la conclusion d’autres affaires, les OPV argentins constituent pour le premier une bonne nouvelle alors que se terminent les programmes de bâtiments de soutien (BSAOM, ex-B2M et BSAM, ex-BSAH) de la Marine nationale et qu’il ne reste plus en construction dans les hangars concarnois que la coque du voilier Bel Espoir et un chalutier de 16 mètres (que Piriou n’a pas produit à Lorient faute de place dans ce site, occupé avec un bateau de 22 mètres). Quant à Naval Group Lorient, il est actuellement en sous-charge faute d'avoir encore vu aboutir certains contrats, à commencer par le projet de vente de corvettes supplémentaires à l’Egypte et celle d’une série voisine de Gowind pour les Emirats Arabes Unis.

 

L'Adroit 

L'Adroit (© EU-NAVFOR)

 

Livraisons entre 2020 et 2022

En attendant, les travaux vont pouvoir débuter sur les OPV argentins, avec une cadence assez rapide puisque la durée du contrat n’est que de 38 mois. Les livraisons s'échelonneront entre janvier 2020 et la fin du premier trimestre 2022. La formation des futurs équipages sera assurée par Kership. 

Le premier à rejoindre la marine argentine sera L’Adroit, qui changera évidemment de nom avant son transfert prévu dans un an. Propriété de Naval Group, il a été restitué par la Marine nationale au terme de sa dernière convention de mise à disposition, qui courait jusqu’au 31 août 2018. Le bâtiment est depuis en attente à Toulon, où il va pouvoir entrer en arrêt technique. « Les équipes de Naval Group vont procéder à la révision complète du navire et à des modernisations d’équipements afin de garantir le maximum des potentialités de l’Adroit à la marine argentine, tout en intégrant ses besoins spécifiques ». Les travaux devraient notamment comprendre le changement des lignes d’arbres et du réducteur, l’accroissement de l’autonomie via une augmentation de la capacité de production d’eau douce, le carénage de la coque et la mise en place d’équipements et systèmes employés par les Argentins. En matière d’armement, le patrouilleur verra l’intégration en lieu et place de son ancien affût manuel de 20mm d’un canon télé-opéré de 30mm, système allant également équiper les trois patrouilleurs neufs.

Par rapport à leur aîné, ces derniers seront adaptés à la navigation dans les eaux froides de l’océan Austral, via un renforcement de leur structure.

 

L'Adroit 

L'Adroit (© MARINE NATIONALE)

 

Des bâtiments polyvalents de 87 mètres

Les OPV 87 neufs seront comme L’Adroit des bâtiments de 87 mètres de long pour 14 mètres de large et 1650 tonnes de déplacement en charge. Ils présenteront les mêmes grands choix architecturaux : une passerelle panoramique avec vue à 360 degrés surmontée d’une mâture unique avec un radar de surveillance Terma, deux rampes à l’arrière pour la mise en œuvre de grandes embarcations rapides d’au moins 9 mètres, ainsi qu’un abri pour un hélicoptère de 5 tonnes et une plateforme pour une machine de 10 tonnes. Les senseurs et l’armement seront gérés par le système de lutte Polaris.

Capables d’atteindre 20 nœuds, les futurs OPV argentins pourront franchir 7000 milles à vitesse économique, avec une autonomie de trois semaines en haute mer. L’équipage comprendra 40 marins, avec la capacité d’accueillir une trentaine de personnes supplémentaires.

Le programme constitue le premier succès à l’export pour ce type d’OPV, que Naval Group propose à d’autres pays, dont l'Azerbaïdjan.

Quatre bâtiments de construction française déjà en service en Argentine

Cette commande de quatre patrouilleurs relance des relations anciennes entre la France et le Brésil dans le domaine naval. La flotte de ce pays opère déjà quatre bâtiments construits par Naval Group, du temps où l’entreprise faisait encore partie des arsenaux de la marine. Il y a d’abord eu trois avisos du type A69, les Drummond, Guerrico et Granville, réalisés à Lorient.

 

La corvette Guerrico 

La corvette Guerrico (© MARINE ARGENTINE)

 

Mis en service en 1978, les deux premiers avaient été initialement commandés par l’Afrique du sud mais furent placés sous embargo en 1977 et rachetés l’année suivante par l’Argentine. Celle-ci a complété la série avec la troisième unité, entrée en flotte en 1981. Ces bâtiments sont classés comme corvettes en Argentine. 

La marine argentine aligne par ailleurs l’ancien pétrolier-ravitailleur Durance, qui navigue aujourd’hui sous le nom de Patagonia. Opérationnel depuis 1977, il a été cédé en 1999 par la France.

 

Le Patagonia, ex-Durance de la marine française 

Le Patagonia, ex-Durance de la marine française (© US NAVY)

 

Et des Super Entendard

Enfin, mais si elle n’a plus de porte-avions depuis le désarmement du Veinticinco de Mayo en 1997 (il n’était plus opérationnel depuis 1990) l’aéronavale argentine possède toujours quelques Super Etendard sur les 14 livrés par la France à la fin des années 70 et dont une patrouille s’était illustrée en provoquant la perte du destroyer britannique Sheffield, touché par un missile Exocet AM39. Afin de maintenir un noyau d’avions opérationnels, l’Argentine a acquis l’an dernier pour 12 millions d'euros 5 Super Etendard Modernisés (SEM) retirés du service dans la marine française en 2016, ainsi que 8 moteurs Atar 8K50.

 

Un ancien SEM français sur le Charles de Gaulle 

Un ancien SEM français sur le Charles de Gaulle (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Naval Group (ex-DCNS) Piriou