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Naval Group se relance dans le nucléaire civil

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Naval Group se relance dans le nucléaire civil

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De petites centrales nucléaires modulaires de 300 à 400 MW pouvant être couplées selon les besoins des clients. C’est le concept Smart Modular Reactor (SMR) développé par le CEA, EDF, Naval Group et TechnicAtome dans le cadre du projet NUWARD. Il « bénéficiera des meilleures technologies françaises, issues d’un savoir-faire de plus de 50 ans dans la conception, le développement et la construction de réacteurs à eau pressurisée et d’une expérience dans leur exploitation équivalente à près de 2000 années-réacteurs. Basée sur cette technologie éprouvée, NUWARD sera une solution modulaire qui intégrera plusieurs innovations majeures, au bénéfice de l’exploitant et de la compétitivité du produit : simplicité et compacité d’un design intégré, flexibilité en phase de construction et d’exploitation, approche innovante en matière de sûreté conforme aux meilleurs standards mondiaux. Le savoir-faire du CEA en matière de recherche et de qualification de nouvelles technologies, l’expérience d’architecte-ensemblier et d’exploitant d’EDF, celle de Naval Group en matière de structures modulaires, ainsi que l'expertise en matière de conception de réacteurs compacts de TechnicAtome sont fortement mobilisés pour atteindre ces objectifs », expliquent les partenaires.

Ceux-ci veulent avec NUWARD proposer à la fin de la prochaine décennie un produit concurrentiel sur le marché mondial et se disent ouverts à la coopération internationale « afin de favoriser l'harmonisation des réglementations, la standardisation du design et son optimisation ». Dans cette perspective, le CEA et EDF ont déjà entamé des discussions avec la société américaine Westinghouse Electric Company (rachetée en 2018 par un fonds d’investissement canadien après sa mise en faillite) pour étudier une coopération en matière de développement de petits réacteurs modulaires.

 

Le projet de SMR (© DR)

Le projet de SMR (© DR)

 

Ces SMR sont présentés comme complémentaires de l’offre française existante en matière de réacteurs nucléaires civils, qui se concentre aujourd’hui sur des centrales de forte puissante (1000 à 1700 MW par unité de production). Estimé à 20 GW à l’horizon 2035/2040, le marché visé est celui des pays contraints par la taille de leur réseau électrique, leur géographie ou leur économie ainsi que des pays dotés de sources intermittentes. « La France, à travers le SMR, devrait en capter rapidement entre 3 et 4 GWe. Au-delà de 2040, le marché des SMR devrait croître significativement, porté par plusieurs tendances structurelles du mix électrique mondial : décarbonation, croissance démographique... », précise-t-on chez l'un des industriels impliqués.

L’Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) recense actuellement 48 modèles de SMR à travers le monde, avec des degrés de maturité et des technologies proposées très divers. Pour ce qui est des petits réacteurs, certains sont en construction, essentiellement des équipements embarqués russes et chinois et un petit démonstrateur argentin, à usage domestique pour l’heure. D’autres sont en développement, preuve que ce marché s’annonce dynamique, pour peu que le coût du kWh produit soit à un niveau « raisonnable », ce qui constitue l’un des enjeux majeurs pour les futurs équipements de ce type.

De prime abord, l'implication dans ce projet de Naval Group, par ailleurs actionnaire à hauteur de 26.8% de TechnicAtome, peut paraitre surprenant. Car, en dehors du concept Flexblue de centrale immergée dévoilé en 2011 et qui n'a jamais vu le jour, le leader européen du naval militaire, qui produit depuis près d’un demi-siècle les chaufferies embarquées des bâtiments à propulsion nucléaire de la Marine nationale, a connu dans l’histoire récente d’importantes déconvenues dans le domaine civil. A la fin des années 2000, face au manque d’activité dans le militaire et dans une volonté de diversification vers des secteurs proches de ses savoir-faire, tout en permettant de maintenir des compétences critiques, l’industriel avait pris des contrats pour le nucléaire civil : il y a par exemple eu la production d’équipements internes de la cuve de l’EPR de Flamanville, des échangeurs pour des centrales chinoises ou encore des éléments destinés au réacteur de recherche Jules Horowitz du CEA. Mais Naval Group a rencontré d’importantes difficultés et des surcoûts considérables, en particulier à partir de 2013, qui ont largement contribué à plomber ses comptes à l’époque. Les commandes du CEA pour le réacteur de recherche Jules Horowitz furent les pires, ce projet pesant en 2014 pour 4/5èmes des pertes du groupe dans le nucléaire civil.

Alors pourquoi l’entreprise prend-elle le risque de s’embarquer dans une nouvelle galère potentielle ? « Depuis plus de 40 ans, Naval Group construit des sous-marins nucléaires et porte-avions dont la propulsion est réalisée au moyen de petites unités de production d'énergie nucléaire. Naval Group est ainsi engagé dans les plus hauts standards de sécurité, de compétitivité et d'innovation dans le domaine nucléaire. Cette coopération est une belle opportunité et offre d'intéressantes synergies avec notre coeur de métier dans la propulsion nucléaire », dit Hervé Guillou, président de Naval Group.

Concrètement, il s’agit toujours de compléter les programmes cycliques et peu volumineux de la Marine nationale en matière de bâtiments à propulsion nucléaire. Entre deux générations, Naval Group doit maintenir ses compétences très spécifiques et pointues, tant en conception qu’en production. Cela a un prix, qu'il faut parfois consentir, pour éviter qu'il soit encore plus coûteux en cas de perte de savoir-faire. Bien sûr, l'objectif n'est pas de perdre de l'argent et Naval Group entend bien tirer les leçons des déboires rencontrés avec les précédents projets civils. Au sein de l’entreprise, on parle d’une « diversification maîtrisée dans le domaine du nucléaire civil et des services associés avec à moyen et long terme un apport de charge à ses ateliers spécialisés dans la propulsion nucléaire ». Il s’agit aussi pour l’industriel, avec NUWARD, de contribuer au développement et de s’approprier des technologies innovantes potentiellement communes au SMR français et à d’autres projets liés à la propulsion nucléaire. Naval Group voit aussi dans ce projet l’occasion de parfaire sa connaissance et sa pratique des exigences des autorités de sûreté et des clients dans le domaine du nucléaire civil pour anticiper celles qui s’appliqueront de facto, un jour, au domaine militaire, y compris en matière de cyber sécurité.

Et puis, dans un contexte actuellement très difficile pour le nucléaire tricolore, il y a probablement nécessité, pour l’ensemble de ses acteurs nationaux, de faire corps autour de nouveaux projets afin de redresser le secteur et garantir la pérennité d’un écosystème stratégique pour le pays. NUWARD doit ainsi contribuer à relancer la filière nucléaire française, actuellement plombée par les déboires des EPR, à l’exception des réacteurs construits en Chine.  

 

Naval Group (ex-DCNS)