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Navaleo va déconstruire à Brest les anciens sous-marins du type Agosta

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Navaleo va déconstruire à Brest les anciens sous-marins du type Agosta

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Le marché de déconstruction des anciens sous-marins français Agosta, Bévéziers et La Praya a finalement été attribué en juillet à Navaleo, filiale du groupe Les Recycleurs Bretons. L’entreprise, qui s’est imposée dans la dernière ligne droite face à Naval Group, démantèlera les trois vieilles coques de la Marine nationale à Brest d’ici 2022. Les ex-Bévéziers (1977-1998) et La Praya (1978-2000), qui sont en attente dans l’ancienne base sous-marine suite à leur désarmement, seront mis en cale sèche en octobre dans la forme 1 du port de commerce de Brest, où ils seront déconstruits simultanément. Quant à l’Agosta (1977-1997), il se trouve à Toulon où il a servi il y a quelques années au profit de la DGA de « caisson de choc » afin de mesurer l’impact des explosions sous-marines. La vieille coque doit être transférée vers la pointe Bretagne l’année prochaine, en vue de passer à son tour dans la forme 1 au mois d’août 2021. Compte tenu de son état, il n’est pas question de la remorquer. L’ex-Agosta sera donc convoyé par barge ou sur le pont d’un cargo, les modalités étant encore à l’étude.

« Navaleo et ses équipes auront trois ans pour mener à bien leur mission, forts de leur expertise de la déconstruction, de la dépollution, du dégazage et du désamiantage de navires. Leur engagement MASE garantira la réalisation de ce chantier dans le respect des normes de sécurité, de santé et d’environnement nécessaires. Ils seront épaulés par Les Recycleurs Bretons sur la collecte, la valorisation des déchets et le recyclage des métaux ferreux et non ferreux », explique le titulaire du marché, qui emploie 30 personnes et va, avec ce nouveau contrat, créer une dizaine d’emplois et poursuivre le développement de son activité navale à Brest.

Un premier contrat avec la marine qui ouvre des perspectives

Pour l’entreprise, qui a notamment déconstruit l’an dernier, dans la forme 1, les anciens cargos Carib Palm et Ocean Jasper, et l’année précédente les ex-VN Partisan (SeaOwl) et André Colin (Penn ar Bed), le contrat des anciens Agosta est très important. Pas vraiment sur le plan technique, car par rapport à un navire traditionnel, si « la partie démontage est plus importante, pour le reste (déconstruire une coque de sous-marin) ce n’est pas plus compliqué », assure à Mer et Marine Olivier Lebosquain, directeur de Navaleo. Ce qui est crucial pour la société, c’est qu’elle réalise là sa première percée sur le marché des vieilles coques militaires. Et cela lui ouvre des perspectives, y compris dans la future compétition pour l’élimination des six sous-marins nucléaires d’attaque du type Rubis qui vont tous être désarmés au cours de cette décennie (un premier, le Saphir, l’a été en 2019). Comme pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de première génération, il faudra d’abord pour chaque SNA assurer à Cherbourg, sous la houlette de la Direction Générale pour l’Armement (DGA), le démantèlement de la tranche nucléaire, c’est-à-dire la partie du bateau abritant la chaufferie. Dans un second temps, les coques amputées de cette section et ressoudées, feront l’objet d’un appel d’offres pour être déconstruites. Un marché confié pour les SNLE à Naval Group mais auquel Navaleo peut désormais aussi prétendre pour les SNA. « Nous considérons que le marché des sous-marins est clairement atteignable et nous serons candidats pour la déconstruction des coques des SNA, hors partie nucléaire. Nous avons la forme 1, une ICPE (certification d’Installation Classée pour la Protection de l'Environnement), l’outil industriel et les compétences qu’il faut, d’autant que nous allons acquérir de l’expérience avec les Agosta ». Et Navaleo s’intéresse aussi, bien entendu, au marché des anciens bâtiments de surface de la Marine nationale. Ces dernières années, la plupart des grosses coques désarmées ont été envoyées à la démolition chez le chantier Galloo de Gand, en Belgique. Mais l’industriel brestois ne désarme pas. « Il y a une problématique de coûts sur l’amiante. La Belgique, par exemple, applique stricto sensu la règlementation européenne dans le domaine alors qu’en France, on ajoute des contraintes aux industriels, ce qui renchérit le traitement de l’amiante. Mais, même si nous ne sommes pas forcément toujours compétitifs sur l’amiante, nous avons d’autres atouts à faire valoir. Et nous continuons donc de nous positionner sur les nouveaux appels d’offres de la marine ».

Marché français et international, peut-être des opportunités dans la croisière

La filiale des Recycleurs Bretons lorgne aussi sur les vieux navires civils, en France, et au-delà. « Nous répondons à toutes les sollicitations, qu’elles soient françaises ou internationales ». Avec, dit Olivier Lebosquain, « des choses dans les tuyaux ». Navaleo regarde également avec attention le marché de la croisière, qui s’est effondré suite à la pandémie, poussant les armateurs à désarmer prématurément leurs paquebots les plus anciens pour réduire les coûts. « Il y a des rationalisations dans les flottes et même des compagnies qui ferment, avec des bateaux qui partent ou vont partir à la déconstruction ». Se pose évidemment là aussi une question de compétitivité par rapport aux grands chantiers internationaux qui accueillent habituellement les vieux paquebots, comme Aliaga en Turquie ou Alang en Inde. Mais compte tenu du nombre important de navires qui pourraient être envoyés à la casse, et cela rapidement, Navaleo estime avoir peut-être une carte à jouer. En matière de capacités, la forme 1 peut, en théorie, recevoir des bateaux d’une longueur maximale de 225 mètres. Toutefois, « on pourrait aussi imaginer d’utiliser les grandes formes de Damen, nous pourrions nous arranger ». Et pour éviter de bloquer trop longtemps les grandes cales sèches du port de commerce, qui servent d’abord aux arrêts techniques de navires en service, il serait possible de déconstruire des coques de fort gabarit en les découpant en sections, qui seraient alors traitées les unes après les autres dans la forme 1.

Pour le moment, en tous cas, Navaleo ne peut vivre uniquement avec le secteur de la déconstruction navale. « Nous devons aujourd’hui la coupler avec d’autres activités, notamment la déconstruction industrielle ou encore des prestations de dégazage afin de maintenir notre savoir-faire. Mais il est clair que nous espérons bien développer notre activité de déconstruction navale à Brest ». Ce que le contrat des sous-marins va contribuer à faire.

 

Le Bévéziers en 1979 (© JEAN-LOUIS VENNE)

Le Bévéziers en 1979 (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Les derniers sous-marins classiques de la Marine nationale

Ultimes sous-marins français à propulsion classique, les Agosta ont été construits à quatre exemplaires par l’ancien arsenal de Cherbourg (aujourd’hui Naval Group). En dehors des trois unités qui vont être déconstruites à Brest, la série comprenait un quatrième bâtiment, l’Ouessant, qui a servi de 1978 à 2001 dans la flotte française. Remis en service en 2005 pour former les premiers sous-mariniers malaisiens dans le cadre de la vente de deux Scorpène, l’Ouessant a été offert à la Malaisie où il a été transporté en cargo fin 2011 pour servir de musée.

 

 

L'ancien Ouessant dans les années 2000 (© MICHEL FLOCH)

L'ancien Ouessant dans les années 2000 (© MICHEL FLOCH)

 

Les Agosta mesurent 67.6 mètres de long pour 6.8 mètres de diamètre. Leur déplacement en surface était de 1450 tonnes et atteignait 1725 tonnes en plongée. Aboutissement de plusieurs générations de sous-marins diesels français, ces bateaux étaient armés par un équipage de 54 marins et pouvaient embarquer 20 torpilles et missiles antinavire Exocet SM39. Ces armes étaient mises en œuvre au moyen de quatre tubes de 550mm situés à l’avant. Une disposition qui avait constitué à l’époque de leur sortie une nouveauté pour la Marine nationale, dont les sous-marins d’attaque océaniques, jusqu’aux Daphné, disposaient aussi de tubes à l’arrière. Un héritage de leurs ancêtres d’avant-guerre qui avait perduré sur les unités des types Aurore et Narval notamment.

Avec les deux ultimes Daphné, les Psyché (1969-1997) et Sirène (1970-1998), les Agosta, Bévéziers, La Praya et Ouessant ont constitué la dernière escadrille des sous-marins de l’Atlantique (ESMAT) affectée à la base sous-marine de Keroman, à Lorient, fermée par la Marine nationale en 1997.

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