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Construction Navale

Focus

Navalu mise sur les navires innovants

Construction Navale

Le chantier Navalu basé au Port du Bec, sur la commune de Bouin en Vendée, existe depuis 32 ans. À l’origine, il portait le nom d’Etablissements Garreau et était spécialisé dans la construction de matériel ostréicole et mytilicole. En 2002, il est racheté par Bernard Minguet, l’actuel directeur. L’entreprise prend alors le nom de MPH Constructions et s’oriente vers la construction navale en aluminium. Si bien qu’en 2008, elle se renomme Navalu (contraction de naval et aluminium).

Aujourd’hui, la société est toujours spécialisée dans l'aluminium, avec un projet industriel qui se veut basé autour de l’innovation. La présence d’un architecte naval en interne lui permet d’être force de proposition lors de la rédaction des cahiers des charges avec ses clients, mais aussi de développer de nouvelles technologies. « Nous misons beaucoup sur l’innovation pour nous démarquer. C’est pour moi une philosophie qui me suit depuis longtemps. Pour nous c'est une réelle plus-value », explique Bernard Minguet. L'entreprise mise aussi sur une diversification: navires de service offshore, navettes fluviales, engins amphibies, etc.

Des bateaux jusqu’à 35 mètres

D’un point de vue industriel, la société dispose de deux ateliers de construction de 1000 m2 chacun. Le premier peut accueillir des embarcations atteignant 20 mètres, quand le second peut construire jusqu’à 35 mètres. Dans le même temps, le chantier utilise deux cales de lancement. En tout, 15 salariés sont employés dans la partie production, sur les 18 que compte la société.

 

Les ateliers de Navalu, pendant la construction du Sea Fox ( © NAVALU)

Les ateliers de Navalu, pendant la construction du Sea Fox ( © NAVALU)

 

Pour les engins construits, on peut les scinder en deux groupes. D’abord, on trouve les unités traditionnelles (barges et chalands), ensuite, il y a une section qui regroupe tous les navires innovants qui sont réalisés et conçus entièrement ou partiellement par Navalu.

Des catamarans pour l’éolien offshore 

Ainsi, l’entreprise a réalisé en 2013 un navire de service pour l’éolien offshore sur un design catamaran étudié en interne. Selon Navalu, il s'agit du premier de ce type en France. Issu d’une volonté de diversification de l’entreprise, le Sea Fox a été commandé par l’armement britannique Enviro-Serve. Le modèle désigné NxS24, mesure 24 mètres de long pour 10 mètres de large et possède des couchages pour 12 passagers. Sa capacité cargo s’élève à 15 tonnes. Avec quatre moteurs Doosan 4V158TIM de 600 cv entraînant chacun une hélice, le Sea Fox peut atteindre 24 nœuds. Un choix fait pour garantir la disponibilité du navire.

 

Le catamaran Sea Fox ( © NAVALU)

Le catamaran Sea Fox ( © NAVALU)

Le catamaran sert de crew-boat ( © NAVALU)

Le catamaran sert de crew-boat ( © NAVALU)

 

Le Navibus a hydrogène Jules Verne 2

Navalu fait partie d’un consortium de 7 entreprises et organismes participant au projet de nouvelle navette fluviale à propulsion hydrogène du service nantais Navibus. Le Jules Verne 2 est un catamaran de 10.4 mètres de long pour 3.8 mètres de large et 0.53 mètre de tirant d’eau. Doté d’une coque catamaran en aluminium, ce Navibus, accessible aux personnes à mobilité réduite, peut transporter jusqu’à 25 passagers et dispose de 10 emplacements pour des vélos. Sa vitesse commerciale est de 8 km/h. Il tire son énergie de deux piles à combustible hybridées avec des batteries électrochimiques.

 

Le Jules Verne 2 sur l'Erdre ( © PIERRE-FRANCOIS GERARD)

Le Jules Verne 2 sur l'Erdre ( © PIERRE-FRANCOIS GERARD)

 

Son design est l’œuvre du bureau d’architecture Ship-ST de Nantes. Pour Navalu, cela a représenté un travail complexe et nouveau. Notamment en termes d’intégration, puisqu'il en était le responsable. Le chantier vendéen a dû acquérir les compétences liées à l’hydrogène. Le projet a aussi été difficile du point de vue des réglementations : « Nous avions ce rôle en partenariat avec Bureau Veritas. Pour homologuer le bateau sur de la navigation fluviale, c’était très difficile », détaille Bernard Minguet. Le Jules Verne 2 est un peu un pionnier dans ce domaine. « Il existe déjà des voitures qui fonctionnent à l’hydrogène, ce sont des choses connues. Mais, dans le fluvial, tout restait à faire. »

 

La navette lors de sa construction ( © PIERRE-FRANCOIS GERARD)

La navette lors de sa construction ( © PIERRE-FRANCOIS GERARD)

 

La nouvelle navette nantaise est en service commercial depuis le 23 avril dernier sur l’Erdre, entre la station Petit-Port Facultés et le quartier de Port-Boyer. Le Jules Verne 2 est dans un premier temps opéré les après-midis, du lundi au vendredi. Une exploitation à « mi-temps » en attendant la mise en place à Port-Boyer de la station d’avitaillement définitive en hydrogène, qui sera opérationnelle à la fin de l’année. D'ici là, le bateau est en effet approvisionné par équilibrage (sans compression), ce qui correspond à un remplissage d’environ 50% de sa capacité. La future station permettra de compresser l’hydrogène et, ainsi, d’offrir une autonomie nominale au Jules Verne 2, qui pourra naviguer tous les jours avec un seul avitaillement hebdomadaire, grâce à ses piles à combustible ainsi que ses batteries (rechargées la nuit et qui offrent à elles seules une autonomie de 2h/2h30).

 

Le Jules Verne 2 quittant Port Boyer ( © PIERRE-FRANCOIS GERARD)

Le Jules Verne 2 quittant Port Boyer ( © PIERRE-FRANCOIS GERARD)

 

La construction d'engins amphibies

Navalu se développe aussi dans le domaine des engins amphibies après avoir réalisé de nombreux chalands à roues. Cette fois-ci, ce sont des embarcations pour fret et passagers qui sont dotées d’un ensemble de roues rétractables à transmission hydraulique, leur permettant de passer de la mer à la terre sans assistance. Ces engins à fond plat sont maniables et disposent d’un faible tirant d’eau en mer. Une fois à terre, ils se déploient en hauteur (jusqu’à 2 mètres) et peuvent se mouvoir dans des endroits comme des bancs de sable par exemple. En en 2014, la société a consruit le Stereden qui a été livré à un ostréiculteur de la région de Paimpol.

On peut noter l’amphibie La Bohême qui a vu le jour en 2015 pour les vedettes La Bohème du Verdon-sur-Mer. Le bateau, d'une longueur de 11 mètres de long, transporte 34 passagers pour les visites du phare de Cordouan. L’engin est un tricycle (deux roues à l’avant, une à l’arrière).

Par ailleurs, le chantier naval a livré en avril 2018 un chaland amphibie à La Sirène Dupuy, une exploitation mytilicultrice du Vivier-sur-Mer. Nommé Eurêka, l’engin mesure 11.46 mètres par 3.30 mètres et dispose de quatre roues.

 

L'amphibie Eurêka en mer ( © NAVALU)

L'amphibie Eurêka en mer ( © NAVALU)

Les roues se déploient pour la conduite sur terre ( © NAVALU)

Les roues se déploient pour la conduite sur terre ( © NAVALU)

 

En plus de ces différents produits, la société travaille également sur d’autres navires à passager, aux designs innovants et prévus pour la fin de l’année 2018 et le début de l’année 2019 pour lesquels elle ne souhaite pas encore communiquer dans le détail.

Encore quelques postes à pourvoir

Pour son effectif, le directeur de la société recherche toujours certains profils pour préparer l’avenir. Ainsi, l’objectif est de recruter à terme un deuxième architecte naval. De même, les monteurs-soudeurs sont toujours des profils qui intéressent. « Nous travaillons beaucoup avec des apprentis que nous formons. Cela fait partie de notre philosophie, tout comme l’innovation. Chaque année, on accueille en général un apprenti. Jusqu’ici, la plupart sont restés dans l’entreprise ».

 

Chantiers Navals 2018