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Reportage

Navexpo : Retour sur la seconde édition du salon à flot lorientais

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Pendant trois jours, du 10 au 12 mai, le port de Lorient La Base a vécu au rythme de Navexpo International. Lancé en 2016, ce nouveau salon maritime professionnel, le premier en France et l’un des rares dans le monde comprenant une exposition à flot, en était donc à sa seconde édition. Selon les organisateurs, l’évènement a accueilli en trois jours quelques 3300 visiteurs, soit environ 10% de plus que l’année dernière. Il y avait là des professionnels du secteur maritime français, y compris d’Outre-mer, mais aussi des visiteurs venant d’autres pays : Belgique, Finlande, Danemark, Jersey, Grèce, Espagne, Portugal, Italie, Pologne, Pays-Bas, Suède, Tunisie, Turquie, Irak ou encore Etats-Unis.

 

Le salon (© DELPHINE ALEXANDRE)

 

Un spectre maritime plus large

Si le premier jour du salon fut plutôt calme, le jeudi a, malgré une météo maussade, concentré le gros de l’affluence, les échanges se parachevant vendredi. Réunissant une centaine d’exposants, dont une quinzaine de chantiers et d’architectes navals, ainsi que de nombreux équipementiers, Navexpo était comme en 2016 ouvert sur les secteurs de la pêche, du transport, de la servitude portuaire, de l’offshore, ainsi que des travaux sous-marins et maritimes. Avec en plus, pour cette seconde édition, l’ajout des énergies marines renouvelables, symbolisées par la présence d’Eolfi. Ce dernier, qui porte le projet de parc d’éoliennes flottantes au large de Groix, a profité du salon pour annoncer l’arrivée de nouveaux investisseurs par la voix du responsable de l’énergéticien chinois CGN (qui pilote le consortium Eolfi), venu spécialement à cet effet. Le domaine de la sécurité a également fait officiellement son entrée à Navexpo, grâce notamment à un partenariat avec l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN), un certain nombre d’exposants spécialisés dans les bateaux et équipements pour forces spéciales et de sécurité, ainsi que la visite de militaires et responsables des administrations concernées.

 

Conférence organisée par l'IHEDN (© DELPHINE ALEXANDRE)

Innovation, conférences et annonces

L’innovation fut également à l’honneur avec le très beau stand du CEA Tech, qui a permis de présenter différentes technologies pouvant accentuer la compétitivité de la filière, par exemple dans les domaines de la communication (LiFi, utilisation du spectre de la TV numérique pour développer un Internet côtier haut débit), de l’énergie (hydrogène, solaire) ou encore de la construction et de la réparation navale (réalité augmentée, contrôles non destructifs). Comme l’IHEDN, le CE Tech a proposé une conférence aux participants de Navexpo et a aussi profité de l’évènement pour signer avec Brittany Ferries un partenariat de longue durée, son premier avec un armateur. « Les annonces faites par Eolfi, le CEA Tech et Brittany Ferries montrent l’importance du salon alors que les conférences, qui étaient une nouveauté cette année, donnent du crédit à l’évènement et ont permis de mettre l’innovation et les questions de sécurité maritime au cœur de Navexpo », estime Gildas Bernard, organisateur de Navexpo.  

 

Signature du partenariat entre Brittany Ferries et CEA Tech (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le consortium Eolfi avec ses nouveaux partenaires et les élus bretons (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les bateaux présentés

Côté bateaux, l’exposition à flot a permis de découvrir des unités très différentes. Il y avait notamment le Milo, remorqueur multifonctions de 20 mètres exploité depuis la fin 2015 par le groupe Lamanage Huchet Desmars (LHD), qui a pu présenter le navire et les services proposés dans le domaine des travaux maritimes et portuaires.

 

L'exposition à flot avec au premier plan le Milo de LHD (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Non loin se trouvait la barge incendie Lestr an Tan, du SDIS 56, qui a actionné ses pompes capables de délivrer 2600 m3 d’eau par heure. Alors que la SNSM a également fait un passage avec l’une de ses vedettes, la Marine nationale a fait venir jeudi Jules, sa nouvelle embarcation d’instruction à l’hélitreuillage en aluminium, livrée l’an dernier par Gléhen. Le chantier finistérien a pu faire visiter le bateau et présenter son savoir-faire, alors que les marins ont aussi proposé une démonstration de sauvetage.

 

L'EIH Jules de la Marine nationale (© DELPHINE ALEXANDRE)

 

 

Démonstration de sauvetage avec le Jules et la SNSM (© DELPHINE ALEXANDRE)

Démonstration de sauvetage avec le Jules et la SNSM (© DELPHINE ALEXANDRE)

 

Vendredi, c’est le tout nouveau fileyeur-caseyeur de 12 mètres du pêcheur lorientais Yann Didelot, conçu par Pantocarène et achevé par Chantier Bernard, qui a rejoint Navexpo et a été ouvert aux visiteurs. Ceux-ci ont également pu découvrir des bateaux au sec devant les pontons, comme un Pixsea 800 flambant neuf du chantier Bord à Bord destiné à une entreprise de travaux sous-marins de Mayotte, ou encore le timonier en aluminium Labrax 7 conçu par Pierre Delion.

 

Le nouveau fileyeur-caseyeur de 12 mètres dessiné par Pantocarène (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le Pixsea 800 réalisé par Bord à Bord pour Mayotte (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Labrax 7 conçu par Pierre Delion (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'exposition accueillait également un puissant semi-rigide de 7 mètres développé par Ufast pour les forces spéciales et dont plusieurs exemplaires ont déjà été livrés. Au niveau des stands, on pouvait aussi observer différentes embarcations, comme le nouveau bateau à porte basculante d’Etelium ou encore des kayaks pour commandos commercialisés par Nautiraid.

 

Le semi-rigide pour forces spéciales RIB 7.00 d'Ufast (© DELPHINE ALEXANDRE)

Comment développer l’exposition à flot ?

Il y avait donc plus de bateaux que l’an passé mais il faut bien reconnaitre que la flottille reste encore clairsemée pour un salon dont l’une des grandes forces doit, précisément, résider dans son exposition à flot. Gildas Bernard en a bien conscience et travaille en ce sens avec les exposants. « Le salon britannique Seawork, qui est la référence du domaine, a eu le même problème à ses débuts. Pour les bateaux neufs, ce n’est pas simple de faire coïncider les calendriers. Il faut se coordonner pour que la mise à disposition des bateaux soit anticipée dans le planning de production. Nous avons eu à ce sujet beaucoup de discussions avec les architectes, chantiers et équipementiers. Tout le monde a bien conscience qu’il faut essayer de planifier autant que possible, en lien avec les clients, la présence des nouveaux navires au salon. C’est une alchimie à trouver afin que tout le monde puisse bénéficier de cette occasion et de la fenêtre médiatique ouverte pour mettre en valeur le savoir-faire de ceux qui conçoivent, construisent et équipent les navires, et des armateurs qui peuvent ainsi montrer leur nouvel outil de travail. Nous travaillons en ce sens pour avoir plus de bateaux l’an prochain ».

 

Le salon implanté au coeur du site de Lorient La Base (© DELPHINE ALEXANDRE)

Des exposants plutôt satisfaits

Du côté des exposants, les retours sont plutôt bons. Des échos que nous avons pu recueillir sur place, tout le monde s’accorde à dire que le salon est bien organisé, qu’il présente bien et que le site est idéal, avec une exposition couverte située sur le quai, à deux pas des pontons accueillant les bateaux, juste à côté de la très belle Cité de la Voile et au pied de l’ancienne base des sous-marins de Keroman, dont les alvéoles accueillent aujourd’hui de nombreuses entreprises liées à la navale. Deux exposants, rencontrés au matin du second jour, regrettaient la faible fréquentation de la veille mais, retrouvés vendredi, se disaient finalement satisfaits des rencontres qu’ils avaient eu entretemps. « C’est vrai qu’il n’y a pas une foule énorme, comme dans certains salons, mais le visitorat est très qualitatif et le fait justement qu’on ne se marche pas dessus permet de prendre le temps de bien discuter avec nos clients et prospects dans une ambiance très conviviale », expliquait-on sur le stand d’un constructeur. Du côté des équipementiers, on semblait généralement assez ravis, ce type d’évènement constituant, selon l’un d’eux, « une vraie occasion de voir et d’échanger sur un même lieu avec nos clients, ce qui est finalement assez rare ». Gros avantage aussi, pour certains : l’absence de défilé des pointures politiques nationales qui ont pris l’habitude de se ruer au moindre évènement professionnel parisien, souvent entourés d’une nuée d’accompagnants et de media saturant les allées au fil de leur progression, ce qui ne manque pas d’agacer une partie des visiteurs et même parfois des exposants...

 

(© DELPHINE ALEXANDRE)

« Un rendez-vous incontournable »

A Navexpo, on est de ce côté-là tranquille, seuls les élus locaux et régionaux venant logiquement visiter le salon et s’enquérir sur place, et sans tout le cérémonial parisien, de l’évolution d’une filière maritime qui pèse très lourd dans l'Ouest et en particulier en Bretagne, tant sur le plan économique qu’en termes d’emplois. La création et le développement de Navexpo, situé au cœur d’un grand bassin allant de Brest à Saint-Nazaire et regroupant des centaines d’acteurs du maritime sont donc vues d’un bon œil. A l’occasion de la grande soirée du salon, organisée jeudi soir à la Cité de la Voile Eric Tabarly, Norbert Métairie, maire de Lorient, s’est notamment félicité de la pérennisation de Navexpo, qu’il considère comme « un rendez-vous incontournable ».

Une prise de position vivement appréciée par l’organisation du salon, tout comme les retours très positifs de grands partenaires. « Un salon à quai dans un port est mieux adapté pour présenter des technologies et innovations maritimes », a notamment estimé le patron chinois de CGN en France. « C’est nécessaire de disposer d’évènements permettant de montrer notre savoir-faire et le potentiel du maritime, tout en créant du lien au sein de la filière », a pour sa part insisté Bruno Pivain, président de Bretagne Pôle Naval, qui avait cette année ouvert son stand à son organisation ligérienne sœur, Neopolia, montrant ainsi que la collaboration transrégionale existe. Frédéric Pouget, directeur du pôle armement de Brittany Ferries, a quant à lui estimé que Navexpo est un « salon international révélateur de la forte dynamique et du leadership de la région en France sur le domaine maritime ». Pour l'amiral Gérard Valin, de l'IHEDN, « Il y a une réelle prise de conscience et une montée en puissance du fait maritime au plus haut niveau de l'Etat. La nouvelle session maritime que nous avons créée l'an dernier pour former les cadres dirigeants du pays à ces enjeux en témoigne. Notre partenariat avec Navexpo est une illustration de cette montée en puissance, qui s'inscrit dans une approche globale avec toutes les filières maritimes ». 

L’international dans le viseur

C’est sur une base territoriale solide que Navexpo entend poursuivre son développement, notamment à l’international. « Nous sommes dans une région qui regroupe des acteurs maritimes de toutes les filières et cela constitue une richesse formidable. Mais Navexpo n’a pas pour ambition d’être un salon régional, ni même national. L’objectif est d’aller au-delà des frontières et d’attirer plus de visiteurs internationaux, ce qui est essentiel aussi pour les acteurs français qui ont besoin d’exporter », souligne Gildas Bernard, qui est en train de réussir un pari il faut bien le reconnaitre très ambitieux, celui initié en 2015 de créer à Lorient le premier salon à flot du pays et de renouveler l’opération chaque année. « Ce rendez-vous est conçu pour être convivial, novateur et démonstratif avec la présence de matériels à quai et à flot. La volonté est de se développer de manière pérenne et de s’inscrire durablement dans le paysage professionnel en devenant un évènement incontournable du monde maritime ».

 

Gildas Bernard (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Du temps pour prendre son envol

Un travail de longue haleine, qui nécessite évidemment du temps pour monter en puissance. Mais Navexpo constitue de l’avis de nombreux professionnels rencontrés une excellente idée, répondant à un besoin et qu’il faut continuer de soutenir pour lui permettre durant ses premières années, toujours les plus délicates, de réussir son lancement et de prendre son envol. Car il y a derrière un vrai enjeu et un intérêt évident pour toute la filière à voir se développer et rayonner un évènement de ce type. 

Evidemment, il y a toujours des choses à améliorer, certains se posent des questions autour de l’alliance possible avec d’autres évènements pour permettre aux exposants de mutualiser leurs investissements, on peut espérer plus de visiteurs à l’avenir, une accentuation de l'internationalisation de même que la participation de certains grands industriels régionaux, qui pourraient rallier le salon l’année prochaine. « Nous y travaillons afin de répondre encore mieux aux attentes du milieu maritime », assure Gildas Bernard. 

Cap sur l’édition 2018

En attendant, ce dernier dresse un bilan « très positif de cette seconde édition, avec de nombreux exposants ayant eu d’excellents contacts ». Fort du retour d’expérience des deux premières années, l’organisation est déjà sur le pont pour l’édition 2018 : « Ce devrait être un grand cru », promet Gildas Bernard, qui dit avoir déjà « beaucoup d’échos laissant présager la présence d’un nombre plus important de bateaux », notamment des unités neuves dans le cadre des discussions engagées avec les chantiers, architectes armateurs. « Alors que 2018 sera une année plus légère en termes de salons, ce qui devrait nous favoriser, nous travaillons en parallèle sur de nouveaux partenariats et comptons développer les visites d’entreprises locales ». Bref, continuer d’enrichir le contenu pour attirer encore plus de visiteurs et installer définitivement le salon comme l’un des grands moments de l’agenda annuel des professionnels du maritime. Les dates de Navexpo International 2018 ne sont pas encore fixées mais, comme les années précédentes, ce sera aux alentours de la mi-mai.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)