Marine Marchande
Navigation commerciale polaire : où en est-on réellement? Le point avec Mikaa Mered

Rencontre

Navigation commerciale polaire : où en est-on réellement? Le point avec Mikaa Mered

Marine Marchande

Depuis quelques mois, les déclarations de bonnes intentions se multiplient au sujet du futur de la navigation commerciale dans les zones polaires. Mais qu'en est-il réellement? Les routes arctiques sont-elles vraiment des options pour les navires transportant des marchandises? Si elles ne le sont pas encore, le seront-elles un jour en raison, bien malheureusement, de la fonte des glaces et du réchauffement climatique? Comment les pays riverains se positionnent-ils dans ce qui pourrait devenir un axe géostratégique majeur? 

Pour faire le point, nous avons rencontré Mikaa Mered, professeur de géopolitique des pôles à l'ILERI et expert référent arctique de la Fondation SEFACIL. Grand spécialiste des questions polaires, il vient de publier un ouvrage de référence, Les Mondes Polaires, aux Presses Universitaires de France.

 

Mikaa Mered (DROITS RESERVES)

Mikaa Mered (DROITS RESERVES)

 

MER ET MARINE : Depuis quelques semaines, les déclarations se multiplient de la part des armateurs et chargeurs qui annoncent renoncer à emprunter les routes maritimes du Nord. Quelle est la valeur de ces promesses ? Est-ce un affichage écologique ou un réel engagement basé sur une réalité économique d’évolution de marché ?

MIKAA MERED : Dans les nombreuses déclarations auxquelles nous assistons, il faut distinguer plusieurs groupes. D’un côté, il y a les armateurs qui font des déclarations en ce sens alors qu’ils n’ont aucun navire brise-glace, ni en flotte ni en commande, et donc aucune capacité d’emprunter les routes du Nord. C’est par exemple le cas de CMA CGM ou d’Evergreen, qui globalement nous disent « on ne va pas faire ce qu’on n’avait de toute façon pas prévu de faire ».

Un autre groupe, ce sont ceux qui nous disent qu’ils n’envoient pas de porte-conteneurs en Arctique mais qui y positionnent déjà d’autres navires. C’est le cas de MSC qui fait escaler depuis plusieurs années des gros paquebots en zone polaire, notamment au Svalbard.

Et après il y a un armement comme Hapag-Lloyd qui annonce qu’il ne fera pas naviguer ses porte-conteneurs via l'Arctique tant que la manière d’y naviguer « n’est pas propre ». Tout cela est très vague et la formulation même de leur déclaration laisse ouvertement la possibilité de renoncer à cet engagement.

En ce qui concerne les chargeurs, notamment, ceux qui ont rejoint l’Arctic Shipping Corporate Pledge (Nike, H&M, Gap, Columbia, Kéring…) de l’ONG Ocean Conservancy, leurs marchandises ne transiteraient de toute façon pas par la route du Nord. Ce sont majoritairement des industriels du textile dont les usines sont en Chine du Sud, en Indonésie, aux Philippines, au Vietnam ou carrément en Afrique. Le marché émergent des routes arctiques est vu comme attractif par et pour l'Asie du Nord-Est, c'est-à-dire le Japon, la Corée du Sud, l'Extrême-Orient russe et la Chine de Ningbo et Shanghai jusqu'à Dalian. Or, aucun des chargeurs qui se sont engagés n'ont d'appareil productif dans ces régions. Ils ne seraient donc pas concernés directement par le développement de l'Arctique. De plus, les produits ciblés sont

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