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Navire : Le croiseur Colbert

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Navire : Le croiseur Colbert

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A la fin du second conflit mondial, la stratégie navale est totalement bouleversée. Aviation embarquée, systèmes de détection, sous-marin performants... En cinq ans, les technologies ont progressé de façon considérable. Les cuirassés, qui constituaient depuis la fin du XIXème siècle la clé de voute des marine sont totalement supplantés par les porte-avions, qui ont démontré leur redoutable efficacité. Quelques batailles retentissantes viendront sceller le sort des géants aux canons de 280, 330, 380, 406 et même 457 mm. On retiendra la destruction des HMS Prince of Wales et Repulse, en Asie, l'attaque de Pearl Harbor ou encore celle de Midway, sans oublier le coup fatal porté par un antique avion torpilleur Swordfish au Bismarck, en 1941. Quatrième flotte mondiale en 1939, la Marine nationale n'est plus que l'ombre d'elle-même à la fin de la guerre. Le vénérable Béarn, déjà dépassé au début du conflit, ne sert que de transport d'aviation. L'aéronavale française se reconstituera grâce aux prêts de bâtiments alliés, en l'occurrence les La Fayette, Bois Belleau et Arromanches. Dans le domaine des grands navires de surface, la Royale ne dispose plus que d'un cuirassé digne de ce nom, le Richelieu, et de son sistership, le Jean Bart, gravement endommagé par les tirs américains à Casablanca, en 1942. Du côté des croiseurs, la situation est loin d'être brillante. Seuls les Georges Leygues, Gloire, Montcalm et Emile Bertin sont relativement récents. Datant des années 20 et usés par les années de guerre, les Duquesne, Suffren, Tourville et Duguay Trouin sont déjà très fatigués. Les trois premiers seront d'ailleurs rapidement désarmés.

Deux ultimes croiseurs entrent en service

Dès la fin des hostilités, l'achèvement du Jean Bart est décidé. Fini à seulement 70%, le cuirassé était arrivé à Casablanca en juin 1940, suite à son évasion de Saint-Nazaire sous les bombes allemandes. L'achèvement du dernier cuirassé français, qui n'entrera en service qu'en 1955, permettra de relancer l'activité de l'arsenal de Brest. Alors que le plan Marshall, en 1947, permet de financer le lancement d'une série d'escorteurs d'escadre, la question de l'acquisition de nouveaux croiseurs se pose. Mis sur cale en 1937 à Lorient, le De Grasse, premier d'une série de trois bâtiments de 8000 tonnes, est resté à l'état de coque. Les travaux reprendront finalement en 1951 et le navire, qui devait initialement porter trois tourelles triples de 152 mm, sera transformé en croiseur antiaérien (8 tourelles doubles de 127 mm et 10 tourelles doubles de 57 mm). En 1953, le gouvernement décide de réaliser un second navire. Le Colbert, dont la coque est dérivée du De Grasse, mais en un peu plus courte, est mis sur cale à Brest un an plus tard.

L'ère du missile

Admis au service actif en 1959, le Colbert est un bâtiment impressionnant, capable de dépasser les 31 noeuds grâce à un système propulsif développant de 86.000 cv. Long de 180.8 mètres pour un déplacement de 11.000 tonnes en charge, le croiseur est hérissé, comme son aîné, d'une multitude de canons. Il dispose de 18 tourelles doubles, soit 16 pièces de 127 mm et 20 pièces de 57 mm. Le C 611 ne restera, toutefois, que 10 ans dans cette configuration. La mode du « tout canon » est en effet révolue et une arme redoutable fait une entrée fracassante dans le combat naval : le missile. La refonte est décidée à la fin des années 60 et durera deux ans et demi, entre avril 1970 et octobre 1972. L'électronique et les équipements de détection sont totalement revus, alors que l'ensemble de l'artillerie est débarquée, à l'exception de 12 pièces de 57 mm sur les flancs (initialement des tourelles de 100 mm devaient les remplacer). Le navire est transformé en croiseur surface-air, avec comme système d'armes principal le Masurca. Cette rampe double porte deux très longs missiles d'une longueur de 8.6 mètres et d'une portée de 55 kilomètres. Le missile en lui-même, long de 5.4 mètres, est propulsé en quelques instants à Mach 3 par un accélérateur à poudre. Au total, le Colbert embarque 48 missiles en soute. Le reste de l'armement est constitué de deux canons de 100 mm puis, à partir de 1980, de quatre missiles antinavires Exocet MM 38. On retiendra, au sujet du Masurca, que la Jeanne d'Arc, mise en service en 1964 et alors appelée croiseur porte-hélicoptères, devait initialement être équipée de ce système, sous son bloc passerelle. La coque du navire école de la marine est d'ailleurs directement inspirée de celle du Colbert, dont il partage notamment la proue.

Navire amiral devenu musée

A sa livraison, le Colbert est basé à Toulon, où il devient le bâtiment amiral de l'escadre de l'Atlantique. L'évolution du contexte stratégique incite la marine à décider, en 1975, de repositionner ses principales unités en Méditerranée. Le porte-avions Clemenceau quittera Brest pour gagner Toulon en 1975, tout comme les Foch et Colbert l'année suivante. Le croiseur devient navire amiral de l'escadre de la Méditerranée, fonction qu'il conservera jusqu'à son désarmement, en 1991. Participant à de très nombreuses missions, le bâtiment se rendra plusieurs fois en Amérique du nord. Son escale la plus célèbre restera, bien évidemment, celle de juin 1967. Le général de Gaulle, qui a traversé l'Atlantique à bord, proclamera à cette occasion son célèbre « vive le Québec libre ! ». La guerre du Golfe sera la dernière mission du Colbert, qui sera chargé d'escorter un autre vétéran de la marine, le Clemenceau. Faute de mieux, le porte-avions se transformera à cette occasion en transport d'hélicoptères et de matériels au profit de l'armée de terre. De retour à Toulon, il est désarmé au printemps 1991. Compte tenu de sa valeur historique, le navire n'est pas démantelé mais transformé en musée à Bordeaux. Ouvert au public en 1993, il restera 14 ans amarré quai des Chartrons. Très coûteux à entretenir, il devient indésirable et son départ de Bordeaux est décidé fin 2006. Dans quelques semaines, le Colbert retrouvera Brest et sera amarré près d'un autre fleuron des années 60, le vieux Clemenceau (*). Au cours de l'été, le croiseur sera ensuite remorqué au cimetière de bateaux de Landevennec, où il attendra d'entrer dans la filière de déconstruction. Le C 611 aura alors vécu et ne sera plus, malgré le poids de son histoire, qu'un numéro de coque, le Q 683.
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(*) Voir notre article sur les détails du remorquage vers Brest

- Voir la fiche technique du Colbert


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