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Navires : Les frégates antiaériennes du type Cassard

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Navires : Les frégates antiaériennes du type Cassard

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En 1980, la composante antiaérienne de la Marine nationale est assez imposante, avec le croiseur Colbert, les frégates lance-missiles Suffren et Duquesne, ainsi que sur les escorteurs d'escadre Bouvet, Kersaint, Dupetit-Thouars et Du Chayla. A l'exception des frégates, relativement récentes puisque livrées en 1967 et 1970, cette flotte est vieillissante. Le Colbert, admis au service en 1959 et refondu en croiseur surface-air entre 1970 et 1972, ne naviguera guère plus d'une décennie supplémentaire. La situation est encore plus précaire pour les escorteurs d'escadre, du type T47, livrés en 1956 et 1957. Bien que transformés en bâtiments lance-missiles au début des années 60, ces unités accusent leur âge, alors que les performances des avions et l'avènement des missiles antinavires bouleversent le combat naval. Ils seront désarmés en 1982, 1983, 1987 et 1991. Dans les années 70, la marine étudie donc leur remplacement par une nouvelle classe de bateaux de 4300 tonnes en charge (contre 3800 pour les T47 AA). Le terme de frégate ayant été attribué aux deux Suffren et trois Tourville (d'un déplacement de 6000 et 5800 tonnes en charge), la rue Royale décide de reprendre le terme corvette pour désigner ces bâtiments de moyen tonnage. Afin de réduire les coûts, elles seront dérivées des corvettes anti-sous-marines du type Georges Leygues, dont la mise sur cale de la première unité est intervenue à Brest en 1974.

D'abord classé comme corvette

Cette nouvelle génération se scindera donc en deux séries, les C 70 ASM et les C 70 AA. Alors que la construction de la cinquième corvette anti-sous-marine, le Primauguet, a débuté un an plus tôt, le Cassard est mis sur cale à l'automne 1982 à DCN Lorient. Reprenant les formes de coque des bâtiments ASM, le Cassard mesure 139 mètres de long pour 14 mètres de large. Son système d'armes principal est constitué par le « Tartar » du Bouvet. Suite au désarmement de l'escorteur d'escadre, en 1982, ce système américain a été débarqué puis envoyé aux Etats-Unis pour modernisation. La rampe Mk 13, dotée de missiles SM-1 MR est installée, après rénovation, sur la nouvelle corvette. Il en sera de même pour le Tartar du Kersaint, cannibalisé au profit du Jean Bart. D'une portée de 25 nautiques, les missiles SM-1 MR assurent une excellente protection contre avions et missiles à moyenne portée. Par rapport à ses prédécesseurs, le Cassard dispose, en outre, d'un renforcement considérable de l'autoprotection. Les vieilles pièces doubles de 56 mm font place à une tourelle de 100 mm et deux lanceurs Sadral dotés chacun de 6 missiles à courte portée Mistral (plus 27 missiles en réserve). La corvette reçoit, de plus, toute une panoplie de lance-leurres (deux Dagaie et deux Sagaie) et de systèmes de guerre électronique (détecteur, brouilleur, intercepteur, veille infrarouge...) L'armement est complété par 8 missiles antinavires Exocet MM 40, deux canons de 20 mm et deux tubes lance-torpilles (10 torpilles L5). Initialement, une seconde tourelle de 100 mm était prévue sur la plage arrière, mais elle a finalement été remplacée par un hangar pour un hélicoptère (avec la plus petite plateforme embarquée de la marine sur frégate) et les deux systèmes Sadral.

Le bâtiment de surface le plus complexe après le Charles de Gaulle

Par rapport aux escorteurs d'escadre, le saut générationnel est conséquent. Truffé d'électronique, le Cassard fut le premier bâtiment de la marine à être doté d'un système de combat totalement intégré. Le SENIT 6 gère l'ensemble de l'armement et des senseurs du navire, particulièrement nombreux. Aux radars de navigation s'ajoutent le radar de veille air DRBV 26C, le radar de veille tridimensionnel DRBJ 11B (à l'origine un radar DRBV-15, le nouvel équipement n'étant pas encore disponible), les deux radars de conduite de tir SPG-51 C (pour les missiles SM-1 MR) et le DRBC-33 (pour le 100 mm), sans oublier le sonar de coque. L'ensemble de ces systèmes font du Cassard, à sa mise en service en 1988, le bâtiment de combat le plus compliqué jamais construit en France. Véritable tour de contrôle flottante, il peut suivre et reconnaître des centaines de pistes. Bien qu'âgé de 20 ans, le Cassard reste à ce jour un navire de pointe, ayant bénéficié de nombreuses évolutions, notamment sur son système de combat. Seul le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle demeure plus complexe. On notera également que ce bateau est le premier de la marine à avoir été doté d'un système numérisé de conduite de sa propulsion. Le navire se distingue d'ailleurs de ses cousins ASM par l'absence de turbine à gaz pour les allures rapides. Il ne dispose que de quatre moteurs diésels Pielstick, développant une puissance propulsive de 31.760 kW.

L'abandon des Courbet et Chevalier Paul

A l'été 1988, le Cassard est bon pour le service. Les architectes de DCN ont réalisé un navire élégant, bien qu'un peu chargé dans les hauts. Ainsi, au cours d'une sortie en mer, il semble que l'équipage se soit fait une petite frayeur lorsque le D 614, virant à pleine vitesse, a présenté une gîte impressionnante. Au début des années 2000, quelques 100 tonnes de béton sont coulées dans les fonds pour améliorer la stabilité. Par ailleurs, le Cassard verra, tout comme les bâtiments ASM, sa coque renforcée par l'adjonction d'un bulge de 60 mètres sur chaque bord, suite à la découverte de microfissures sur certaines C/F 70. Flambante neuve, la corvette est rebaptisée, un mois avant son entrée en service, frégate. Il s'agit pour la marine d'harmoniser les dénominations de ses bâtiments. Trois ans après son aîné, une seconde frégate antiaérienne du même type, le Jean Bart, entre en service, en septembre 1991. La série s'arrêtera là. De sept bâtiments initialement prévus, la classe C 70 puis F 70 AA est d'abord ramenée à quatre unités, avant que l'abandon des Courbet et Chevalier Paul soit finalement décidé pour cause de restrictions budgétaires. Après le désarmement du Colbert en 1991 puis des Suffren en 2004 et Duquesne en juin 2006, les Cassard et Jean Bart seront, pour un an, les seuls navires antiaériens de la marine. Ils seront rejoints l'an prochain par le Forbin, première frégate de défense aérienne de la classe Horizon. Nettement plus puissant, le navire de 7000 tonnes, armé d'Aster 30 et Aster 15, sera suivi en 2009 par son sistership, le Chevalier Paul. La réalisation de deux FDA supplémentaires a néanmoins été abandonnée, faute de crédits. De même, une modernisation des F 70 AA avec missiles Aster 30 fut un temps envisagée mais ne semble pas devoir aboutir. Deux frégates étant toutefois insuffisantes pour assurer la protection des porte-avions et grands bâtiments amphibies, la marine et DCNS travaillent actuellement sur une solution à moindre coût. Il s'agit d'adaptater deux des dix-sept frégates multi-missions du programme FREMM à la lutte antiaérienne. Ces deux FREMM AA, qui pourraient être commandées en 2011, devront remplacer les Cassard, dont le retrait du service actif est prévu en 2013 et 2015.
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- Voir notre reportage réalisé en Méditerranée à bord du Cassard
- Voir la fiche technique des Cassard et Jean Bart


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