Construction Navale
NCL : Nouvelle commande de paquebots géants chez Meyer Werft

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NCL : Nouvelle commande de paquebots géants chez Meyer Werft

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La compagnie américaine Norwegian Cruise Line a créé la surprise, hier, en annonçant une nouvelle commande de paquebots aux chantiers allemands Meyer Werft. En plus des Norwegian Breakaway et Norwegian Getaway (146.000 tonneaux, 4000 passagers), livrables en avril 2013 et janvier 2014, un navire encore plus gros sortira de Papenburg en octobre 2015. Version améliorée de ses aînés, ce « Breakaway Plus », comme on l’appelle chez NCL, verra sa jauge portée à 163.000 tonneaux et sa capacité à 4200 passagers. Ce navire sera le plus gros paquebot du monde après les Oasis et Allure of the Seas, deux unités hors normes de 225.000 tonneaux et 5400 passagers mises en service en 2009 et 2010.

D’un coût d’environ 700 millions d’euros, la commande de ce nouveau paquebot est assortie d’une option pour la réalisation d’un sistership, livrable au printemps 2017. « Norwegian Breakaway et Norwegian Getaway ont suscité une attention considérable sur le marché grâce à leur design novateur, leur vaste choix de cabines et leurs aménagements exceptionnels. Fort de cette dynamique, ainsi que de l’expertise et de l’efficacité de Meyer Werft en termes de design et de processus de construction, nous prolongeons l’enthousiasme et l’anticipation avec la nouvelle et plus grande Classe Breakaway Plus, afin de continuer à distinguer la marque Norwegian. Cette nouvelle commande renforce notre engagement envers l’innovation continue pour le confort de nos passagers, et intégrera également les progrès techniques et environnementaux », explique Kevin Sheehan, président de NCL.

 

Le Norwegian Breakaway en construction à Papenburg (© : MEYER WERFT)

Le Norwegian Breakaway en construction à Papenburg (© : MEYER WERFT)

 

Un nouveau coup de maître des Allemands

 

Du côté de Meyer Werft, on se frotte évidemment les mains. Car le chantier allemand, vraiment impressionnant pour la diversité de son portefeuille de clients et sa capacité à engranger des commandes même dans les moments les plus difficiles, est une nouvelle fois parvenu à damer le pion à ses concurrents en décrochant la seule grosse commande de paquebots de l’année. Cela alors que les investissements dans la croisière connaissent un violent coup de frein. Alors que le groupe Carnival a mis une partie de sa flotte en vente et décidé de repousser ses nouveaux projets dans l’attente d’une amélioration du contexte économique, Royal Caribbean semble dans l’incapacité, pour le moment, de lancer de nouvelles commandes, à l’image du nouveau prototype pour sa filiale Celebrity Cruises, qui a été apparemment renvoyé à des jours meilleurs. Quant à MSC Cruises, la compagnie italo-suisse a indiqué la semaine dernière qu’elle gelait pour le moment ses investissements.

Dans ces conditions, engranger une commande tient réellement, aujourd’hui, du tour de force et Meyer Werft fait, une nouvelle fois, l’éclatante démonstration de la performance du système allemand : un chantier au top de la modernité, un outil industriel optimisé, un puissant réseau de sous-traitants animé par un cluster très dynamique, des produits innovants et de qualité à des prix compétitifs, un soutien sans faille de l’Etat et des collectivités territoriales, des relations avec les clients saluées par les compagnies et, enfin, la présence en Allemagne d’un système bancaire proposant d’excellentes solutions de financement.  Ainsi, pour le projet Breakaway Plus, NCL a pu établir un montage financier grâce à un crédit à l’exportation mis en place et souscrit auprès de la banque allemande KFW-IPEX GmbH.

 

Le Norwegian Jade, livré en 2006 (© : MEYER WERFT)

Le Norwegian Jade, livré en 2006 (© : MEYER WERFT)

 

Une longue histoire entre NCL et Meyer Werft

 

L’aboutissement du projet tient également aux excellentes relations entretenues par la compagnie américaine et Meyer Werft, qui a réalisé la quasi-intégralité de sa flotte. « Nos sociétés ont une longue histoire en commun et nous apprécions que Norwegian Cruise Line maintienne sa confiance à Meyer Werft  », rappelle Bernard Meyer, patron du chantier allemand. Avant les Breakaway, sont en effet sortis de Papenburg le Norwegian Spirit (75.340 tonneaux, 2018 passagers) en 1999, puis les Norwegian Star et Norwegian Dawn (91.700 tonneaux, 2348 passagers) en 2001 et 2002, suivis des Norwegian Jewel, Norwegian Jade (ex-Pride of Hawaii), Norwegian Pearl et Norwegian Gem  (95.530 tonneaux, 2394 passagers), livrés entre 2005 et 2007. NCL avait certes fait des infidélités à Meyer Werft en 2006, lorsque les deux géants du projet Freestyle 3 (+ un navire en option) avaient été commandés à Saint-Nazaire. Mais ce contrat se passera finalement mal et, après avoir réduit le programme à un seul bateau, le Norwegian Epic (155.900 tonneaux, 4100 passagers), livré en juin 2010, la compagnie est retournée en Allemagne.

 

Le Norwegian Gem au chantier de Papenburg en 2007 (© : MEYER WERFT)

Le Norwegian Gem au chantier de Papenburg en 2007 (© : MEYER WERFT)

 

Une situation spécifique qui permet à NCL d’investir

 

Si, contrairement aux autres majors de la croisière, NCL est capable de commander aujourd’hui de nouveaux géants, c’est d’abord en raison de la croissance très raisonnée de la compagnie ces dernières années. Ses deux derniers navires ont, en effet, été livrés en 2007 et 2010, alors que le prochain sortira en 2013, soit trois ans d’écart entre chaque entrée en flotte, quand chez ses concurrents le rythme était d’une unité chaque année. Cette croissance très lente a été plus imposée que volontaire, puisque NCL, très endettée et déficitaire il y a quelques années, n’a pas pu suivre la grande euphorie de commandes qui prévalait ailleurs. Grâce à la reprise en main par Apollo Management, à l’été 2007, et à la réorganisation qui a suivi, Norwegian a, cependant, redressé progressivement la barre. De nouveau bénéficiaire, elle a pu relancer des commandes de navires et, au moment où les autres croisiéristes peinent à remplir leurs bateaux, qui sont arrivés trop nombreux sur un marché en croissance mais fragilisé par le contexte économique, la compagnie américaine bénéficie finalement du développement financièrement corseté qu’elle a connu ces dernières années. Elle peut, ainsi, mieux résister à la crise et repasser à l’offensive pour préparer l’avenir, au moment où ses concurrents doivent avant tout gérer des capacités existantes devenues trop volumineuses.

 

 

 

 

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