Croisières et Voyages
Neil Palomba : « Costa restera leader de la croisière en Europe »

Interview

Neil Palomba : « Costa restera leader de la croisière en Europe »

Croisières et Voyages

Alors que l’industrie de la croisière poursuit son essor, Costa Croisières a annoncé cet été le lancement d’un nouveau programme d’investissement qui va voir la compagnie italienne se doter, à partir de 2019, des plus gros paquebots de son histoire. Des navires innovants, les premiers du secteur à être dotés d’une propulsion au GNL, qui vont permettre à Costa de reprendre l’initiative cinq ans après la livraison de son dernier fleuron, le Costa Diadema, mis en service fin 2014. Avec le président de la compagnie, Neil Palomba, nous revenons sur les perspectives et le positionnement d’un acteur historique qui, bientôt 70 ans après ses débuts, poursuit sa croissance dans un marché qui a fortement évolué.

 

MER ET MARINE : Comment se porte actuellement le marché de la croisière et comment s’inscrit Costa dans son évolution ?

NEIL PALOMBA : Ce mode de vacances devient de plus en plus populaires. 6.4 millions d’Européens ont réalisé une croisière l’an dernier, soit une hausse de 44% depuis 2009. La contribution à l’économie européenne de l’industrie de la croisière est très importante puisqu’elle a représenté 40 milliards d’euros.

Costa est un acteur majeur de ce développement. Le groupe,  qui a débuté son activité dans la croisière il y a 67 ans, est un leader historique en Europe mais aussi dans d’autres régions du monde, comme la Chine, où nous avons été dès 2006 la première compagnie occidentale à opérer des navires. Le groupe compte deux marques : Costa et AIDA, avec les seuls paquebots arborant le pavillon italien. L’ensemble représente une flotte de 25 navires totalisant 68.000 lits. A elle seule, Costa exploite 15 navires pour plus de 45.000 lits et 19.000 employés.

L’histoire de la compagnie est aussi marquée par son caractère pionnier…

Costa est en effet, depuis ses débuts, une compagnie innovante. En 1959, nous avons été les premiers à dédier un navire à la croisière, en 1968 nous avons été pionniers en lançant les packages vols + croisière. Je parlais de la Chine mais nous avons également été les premiers à positionner un paquebot aux Emirats arabes en 2006. Et nous continuons d’innover, comme nous l’avons fait récemment avec la neoCollection, un nouveau concept de croisières où l’on prend le temps de voyager sur des navires intimistes et vers des destinations originales.

Les origines de Costa sont italiennes avec comme fondateur un armateur génois dont la compagnie porte le nom. Toutefois, depuis la fin des années 90, la société appartient au groupe américain Carnival et s’est largement internationalisée…

Nos clients viennent du monde entier puisque l’on trouve au sein de nos passagers plus de 200 nationalités différentes. Nous sommes donc une compagnie internationale mais avec de fortes racines italiennes. L’Italie est réputée dans le monde entier pour sa culture, son hospitalité et sa gastronomie. C’est cet art de vivre  que nous voulons offrir à nos passagers.

Notamment sur le plan culinaire…

Tout à fait et nous venons d’ailleurs de franchir une nouvelle étape en lançant cet été des menus originaux provenant de 14 régions italiennes. En tout, une centaine de nouveaux plats sont proposés sur nos navires. Et je rappelle que nous avons aussi travaillé avec l’Université gastronomique de Pollenzo pour développer les cartes de la neoCollection.

Les aspects environnementaux prennent de plus en plus d’importante. Quelle est votre approche en la matière ?

Nous faisons très attention à cette question, c’est une problématique fondamentale. L’impact de nos derniers navires, comme le Costa Diadema, a été significativement réduit grâce à des solutions innovantes qui augmentent l’efficience énergétique et environnementale. C’est le cas par exemple de l’emploi de LED pour les éclairages, de l’utilisation d’automates et de systèmes moins gourmands en énergie. En matière de rejets d’émissions polluantes, nous équipons nos navires de scrubbers, qui empêchent les rejets d’oxydes de soufre. Et nous irons encore plus loin avec nos futurs navires.

Ces futurs paquebots sont issus du projet Excellence, qui s’est traduit par la commande de deux unités, avec des options pour des bateaux supplémentaires. Il s’agira des premiers navires de croisière dotés d’une propulsion au gaz Naturel Liquéfié. Pourquoi avoir choisi cette technologie ?

Parce que justement, en matière d’environnement, ce type de propulsion est plus complet et durable, allant bien au-delà des systèmes de traitement des gaz d’échappement. C’est une vraie avancée environnementale puisqu’en plus d’éliminer les oxydes de soufre, elle réduit de 95% les rejets d’oxydes d’azote et d’environ 30% les émissions de dioxyde de carbone.

L’emploi du GNL comme carburant demeure toutefois relativement nouveau et n’a encore jamais été adopté dans la croisière…  

C’est le bon moment pour se lancer dans le GNL et nous sommes très fiers d’être les premiers à y recourir dans l’industrie de la croisière. La propulsion au GNL fonctionne depuis plusieurs années sur de nombreux navires dans d'autres secteurs et la flotte équipée grandit très rapidement. Il n’y a aucun risque avec cette technologie qui est fiable, très sûre et éprouvée à la mer. Le GNL c’est le futur !

Il y a quand même le problème de l’avitaillement des navires. Aucun port méditerranéen ne dispose aujourd’hui de l’infrastructure nécessaire pour remplir les soutes en GNL…

L’Europe du nord est en avance dans ce domaine et de nombreux ports sont déjà équipés. En Méditerranée, où le premier de nos nouveaux paquebots sera exploité, ce n’est pas encore le cas mais nous travaillons très étroitement avec un certain nombre de ports. Savone sera notamment au rendez-vous et nous discutons avec d’autres ports, comme Marseille et Barcelone.

Envisagez-vous d’adapter vos navires actuels à la propulsion au GNL ?

Non, nous ne le prévoyons pas car ce n’est techniquement pas possible. Nous allons donc continuer sur ces navires à introduire des systèmes d’économie d’énergie et diminuer leurs émissions.

Pour en revenir aux Excellence, vous avez une nouvelle fois fait le choix des très grands navires puisqu’ils feront partie des plus gros paquebots du monde…

Ces navires seront en effet de très grande taille, avec une jauge de plus de 180.000 GT et une capacité pouvant atteindre 6600 passagers. Ces dimensions nous permettront de proposer un nombre incroyable d’espaces publics et de divertissements. Cette nouvelle génération sera d’ailleurs extrêmement innovante, tant sur le plan technique qu’au niveau des activités proposées en journée et en soirée. Mais nous n’en dirons pas plus pour le moment.

La capacité maximale de vos futurs paquebots parait en tous cas énorme. Cela fait 400 passagers de plus que les Oasis of the Seas, dont la jauge atteint 227.000 GT. Ne risque-t-on pas d’être un peu plus à l’étroit à bord ?

En fait, pas du tout. Les espaces techniques ont été optimisés et, proportionnellement, il y a plus d’espace pour les passagers que sur nos précédents navires. Nous avons passé en revue les différents locaux et, au mètre carré près, nous savons que les surfaces sont au moins égales, ou supérieures, à ce que nous proposons aujourd’hui.

La neoCollection a été lancée en 2012 et regroupe les trois plus petits navires de la flotte. Envisagez-vous de faire construire de nouveaux bateaux de taille moyenne pour la neoCollection ?

Il n’y aura pas de constructions neuves pour la neoCollection. Les navires qui proposent ce produit suivent des itinéraires exclusifs que l’on ne peut pas exploiter avec de grands paquebots, sur lesquels portent nos investissements aujourd’hui.

Les navires, du moins pour deux d’entre eux, sont tout de même anciens malgré les rénovations et il faudra bien les remplacer dans les prochaines années. Pourrait-on voir des unités comme le Costa Mediterranea rejoindre un jour la neoCollection afin de moderniser sa flotte et offrir des navires disposant d’un nombre bien plus conséquent de cabines avec balcon ?

Nous étudions en effet le remplacement des navires actuels et concernant le Mediterranea, c'est une solution possible. L’arrivée de nouveaux paquebots dans notre flotte nous permettra en tous cas d’effectuer des transferts.

Avec les redéploiements vers la Chine, où vous disposerez l’an prochain d’un quatrième paquebot, Costa a récemment perdu sa position de leader européen au profit de MSC. C’est un évènement très symbolique et cette tendance devrait s’accentuer avec la mise en service, à partir de 2017, de nouveaux navires chez votre concurrent…

C’est vrai mais nous avons nous aussi notre plan de développement et les Excellence seront les plus gros paquebots jamais exploités par une compagnie européenne. Ils nous permettront de poursuivre notre essor et Costa restera leader de la croisière en Europe. Surtout que Costa constitue un groupe qui comprend également AIDA Cruises, positionnée sur le marché allemand. L’ensemble représente aujourd’hui 25 navires, et même 26 avec la livraison de l’AIDAprima cet hiver, ce qui en fait largement le n°1 européen de la croisière.   

Vous évoquez AIDA. Jusqu’ici, ses navires étaient différents de ceux de Costa. Le projet Excellence marque en cela un tournant puisque, pour la première fois, les futurs navires des deux compagnies adopteront le même design. Va-t-on vers un rapprochement des produits ?

Nous profitons évidemment des économies d’échelle, de la standardisation et d’études mutualisées mais il y a des différences sensibles entre les marques. Ce n’est pas parce que les bateaux se ressemblent à l’extérieur qu’ils proposent la même chose une fois que l’on est à bord. Chaque compagnie a son propre esprit, sa clientèle et ses spécificités, qui se traduiront par des aménagements, une décoration ou encore des animations et une gastronomie particuliers. Chacun continuera d’avoir sa propre identité.  

Propos recueillis par Vincent Groizeleau à Milan, cet été, suite à l'annonce de la commande des Excellence. 

Costa Croisières | Toute l'actualité des paquebots et de la croisière