Disp POPIN non abonne!
Défense
ABONNÉS

Reportage

NH90 : Le prototype franchit le cap des 1000 vols et demeure très actif

Défense

Le prototype du NH90 a franchi le cap des 1000 vols depuis ses débuts, en 2004. Stationné sur le site Airbus Helicopters de Marignane, l’appareil était initialement destiné à la Finlande. Mais dès ses débuts il a effectué de nombreux essais et, ayant accumulé pas mal d’heures de vol, il a finalement été acquis par le consortium NH Industries (Airbus, AugustaWestland, Fokker), en charge du programme NH90. Alors qu’une machine neuve l’a remplacé pour les forces finlandaises, il a tout de même conservé une trace de cette origine dans son nom, « TFIA01 ». Celui-ci est une sorte de carte d’identité puisque le « T » correspond à la configuration TTH (Tactical Transport Helicopter), « FI » au pays destinataire, ici la Finlande, « A » à armée de terre et 01 à son numéro de sortie d’usine.

Cette machine, la seule possédée par l’industriel, sert depuis 14 ans d’hélicoptère de développement. A ce titre, TFIA01, comme tout appareil d’essais, a bien évidemment été poussé dans ses retranchements. « On lui a fait subir quelques misères, qu’il s’agisse de pannes moteurs, de très faibles vitesses ou encore de vols avec des masses significativement supérieures à ce qui est normalement autorisé. Au-delà de disposer d'une machine en propre pour les développements, sachant qu'il a suivi au fil des années les évolutions NH90 et a par exemple des systèmes du NFH, cet hélicoptère est également intéressant pour surveiller le vieillissement, car il a subi beaucoup de choses », confie Dominique Fournier, ingénieur d’essais navigant, qui a largement participé au programme X3 et vole aujourd’hui sur le prototype du NH90.

 

Dominique Fournier (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Dominique Fournier (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Quatorze ans après son premier décollage, la carrière de cette machine n’est pas finie puisque le TFIA01, qui en est quasiment à 1500 heures de vol, demeure très actif. Il sert en effet toujours aux essais de nouvelles configurations et à l’ouverture de domaines. On sait pas exemple que, cette année, la machine a  testé une évolution de ses capacités cargo, avec une modification du sling pour pouvoir transporter sous élingue 4 tonnes de fret ou encore une grappe de commandos. Dans le cadre d’une demande de l’Australie, cliente du NH90, le TFIA01 a également permis de tester un nouveau système d’aéro-cordage et d’extraction pour les forces spéciales australiennes. Avec comme objectif de pouvoir extraire six hommes équipés, soit une masse totale de 600 kilos, à une vitesse de 60 nœuds.

Mercredi 30 mai, le TFIA01 a effectué son 1020ème vol, une sortie de démonstration à laquelle Mer et Marine a pu participer. Objectif : présenter les capacités du NH90, et notamment de son système de pilotage automatique, dans un scénario de mission Search and Rescue (SAR) au large de Marseille. D’abord en configuration de recherche, puis d’intervention fictive en vol stationnaire, comme pour effectuer un hélitreuillage. L’un des grands atouts de cet hélicoptère réside dans ses commandes de vol électrique et son pilote automatique 4 axes. « Point d’aboutissement, pente, altitude d’entrée… On entre les paramètres dans la machine qui fait ensuite tout, toute seule, ce qui permet des approches en sécurité et constitue un vrai avantage sur des théâtres d’opération que l’on ne connait pas ou sur lesquels la visibilité est très réduite », confie Didier Delsalle, pilote d’essais. Connu pour avoir réussi l’exploit de poser un Ecureuil au sommet de l’Everest, le 14 mai 2005, c’est lui qui est aujourd’hui aux commandes du TFIA01. Comme le reste de l'équipage, avec patience et bienveillance, il prend le temps d'expliquer à ses visiteurs les spécificités de cet appareil pas comme les autres. 

 

Didier Delsalle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Didier Delsalle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

A ses côtés, dans le cockpit, Christophe Skorlic, Dominique Fournier étant installé dans la cabine, qui a l’exception de la partie située sous les deux moteurs, n’est pas équipée de système d’insonorisation pour atténuer le bruit. Sans casque, le niveau sonore est à peine supportable. On est vraiment dans un appareil d’essais, avec de multiples instruments de mesure. Le câblage est apparent, facilitant les interventions et les ajouts en fonctions des besoins des campagnes. Sur sa console du poste opérateur, Dominique Fournier veille à de nombreux paramètres et montre non sans malice l’un de ses petits écrans vidéo, qui retransmet l’image impressionnante du mouvement des fixations de pales du rotor, qu’on n’imagine pas bouger autant. D’autres caméras retransmettent différents points de vue, par exemple sous l’appareil où, après le décollage, on voit les trains rentrer. La console restitue une multitude d’informations transmises par les multiples capteurs qui bardent l’appareil.

 

 

L'équipe technique au sol avec D. Fournier, C. Skorlic

L'équipe technique au sol avec D. Fournier, C. Skorlic et D. Delsalle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Très puissant, ce dernier se révèle aussi particulièrement stable et réagit avec son pilote automatique au doigt et à l’œil aux instructions qui lui sont confiées, comme on peut le constater lors de la démonstration au large de Marseille. 

A ce jour, sur 543 NH90 ont été commandés par 14 pays, 353 ont été livrés, les autres devant l'être d'ici 2025. Parmi eux, 20 en version NFH (Nato Frigate Helicopter) ont été réceptionnés par l’aéronautique navale française, qui recevra deux nouveaux appareils cette année. Cinq autres suivront d’ici 2021. 

 

Airbus Helicopters